![]() |
![]() |
||
|
|
Allocution du Père Pedro Arrupe Une des exigences de notre service du monde est l'insertion dans le monde. Celle-ci tend à faire disparaître la distance qui nous sépare des hommes de notre temps, distance qui résulte de notre manque de contact avec la vie culturelle, de la diversité des langues, des différences de problématique et d'un ensemble d'expériences si différentes qu'il nous devient très difficile de comprendre à fond la réalité de l'homme d'aujourd'hui avec ses problèmes, situations, exigences, aspirations et possibilités. […] Si nous demandions quel est le motif exact de cette insertion, la réponse n'est autre que l'évangélisation. Celle-ci possède un double aspect, passif et actif. L'évangélisation passive est une auto-évangélisation, l'évangélisation de l'Eglise elle-même : c'est nous qui sommes les évangélisés. Il nous faut apprendre à être questionnés par le monde qui subit l'injustice, et à recevoir des hommes ce qui ne s'apprend ni dans les livres ni dans les laboratoires : cette science évangélique qui ne s'acquiert qu'au contact et par l'expérience de la vie réelle de ceux qui souffrent. Car nous aussi nous participons à l'aveuglement et à l'injustice qui accablent le monde, et nous avons besoin d'être évangélisés, de rencontrer le Christ qui agit aujourd'hui avec le pouvoir de son Esprit. Les nécessités et les aspirations du monde sont un appel en direction de l'Evangile, dont l'annonce constitue notre mission. L'évangélisation active consiste à rendre l'Evangile intelligible aux hommes : cette activité par laquelle l'Evangile est proclamé et expliqué, grâce à laquelle s'éveille la foi vivante des non-chrétiens et s'alimente celle des chrétiens (prédication missionnaire, activité homilétique, etc.). L'insertion facilite tout cela, nous rendant intelligibles, dignes de crédibilité, possesseurs d'un nouveau langage, d'une vigueur nouvelle, de chemins nouveaux, qui nous permettent de parler du Christ de manière qu'il soit plus facilement compris et accepté. L'insertion par elle-même est déjà une annonce, un témoignage, la partie la plus efficace du dialogue avec les hommes : le langage de la vie partagée. C'est pourquoi nous devons nous demander directement et avec grande sincérité : sommes-nous disposés personnellement, par le discernement et par la grâce, à former des communautés apostoliques vivantes et à être des témoins de l'Evangile dans des situations difficiles où notre foi et notre espérance sont exposées à l'épreuve de l'incrédulité et de l'injustice ? Mais, par ailleurs, sommes-nous disposés à nous consacrer aux études austères et profondes qui s'imposent avec une urgence de plus en plus grande, pour nous rendre capables de comprendre et de résoudre les problèmes contemporains ? Ecrits pour évangéliser, Collection Christus n°59, DDB, 1985, p.339, 347-348.
|
> Des liens internet à l'occasion du centenaire de la naissance du Père Arrupe Quelques livres pour en savoir plus : > Pedro Arrupe, Ecrits pour évangéliser, Desclée de Brouwer - Bellarmin, Paris 1985 > Pedro Arrupe, L'espérance ne trompe pas, préface d'Henri Madelin, Le Centurion, Paris 1981 > Pedro Arrupe, Promouvoir la justice, Cerf, Paris 1985 > Jean-Yves Calvez, Le Père Arrupe : L'Eglise après le Concile, Cerf, Paris 1997 |
Jésuites : serviteurs
de la mission du Christ - © Compagnie de Jésus |