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"C'est moi qui vous ai choisis"

Allocution du Père Pedro Arrupe aux supérieurs majeurs d'Afrique du 25 mars 1972 à Douala

Le principe et fondement de notre vie consiste, selon saint Ignace, dans le quatrième voeu, à obéir au Vicaire de Jésus-Christ en ce qui concerne les "missions" ; en d'autres termes, notre vie se base sur la "mission", sur l'envoi de la part du Christ par l'intermédiaire du Pontife Romain et de la Compagnie pour travailler au service de l'Eglise. Nous entendons réellement le Christ nous envoyer quand il dit : "Allez et prêchez par toute la terre et jusqu'au bout du monde (1)." Chacun de nous a entendu souvent cette voix et il sait qu'en la suivant il réalise sa mission, et que, par là, sa vie, sous l'aspect humain et sous l'aspect divin, a acquis son sens le plus profond. Notre vie, de cette manière, est comme la prolongation du dialogue intime qui commença au sein de la Trinité entre le Père et le Verbe : "Voici que je viens faire, ô Dieu, ta volonté" (2) ; ce dialogue fut l'expression de l'expression de l'amour du Père pour l'humanité tombée : "alors que nous étions pécheurs" (3) ; et le Fils le manifesta en s'offrant comme victime jusqu'à la mort sur la croix. Ce même dialogue s'est prolongé dans le fond de nos âmes quand nous avons entendu la voix du Verbe incarné nous inviter à le suivre : "Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, c'est moi qui vous ai choisis" (4) , et nous avons répondu généreusement : J'offre toute ma personne au travail" (5), "Prenez, Seigneur, et recevez, toute ma liberté" (6).

Et ce même dialogue se prolonge maintenant entre nous personnellement et le monde non-chrétien auquel nous présentons la personne du Christ et que nous essayons de convaincre, par une initiative qui part de nous, sans avoir été appelés par notre interlocuteur. Celui-ci est tout homme, sans aucune distinction : "Là, il n'est plus question de Grec ou de Juif, de circoncision ou d'incirconcision, de barbare ou de Scythe, d'esclave ou d'homme libre ; il n'y a que le Christ, qui est tout et en tout (7)". ce dialogue, outre qu'il doit être universel, doit aussi s'établir sans aucune coercition : "Notre mission, bien qu'elle soit annonce de vérités indiscutables et d'un salut nécessaire, ne se présentera pas armée de la coercition extérieure, […] mais elle offrira son don de salut dans le respect de la liberté personnelle des hommes civilisés" (8).

Dans ce dialogue, nous avons à être patients, car "le dialogue du salut a connu normalement une marche progressive, des développements successifs, d'humbles débuts avant le plein succès (9) ; le nôtre aussi aura égard aux lenteurs de la maturation psychologique et historique et saura attendre l'heure où Dieu le rendra efficace" (10). ce dialogue se continue entre l'âme de l'infidèle et le Christ. C'est le point final où l'âme doit décider si elle acceptera ou non, sans conditions, la personne du Christ comme Dieu incarné. C'est le mystère de la conversion : action intime du Christ dans l'âme, et réponse personnelle de celui-ci au Christ.

(1) Mc 16,15, cf Mt 28, 19-20
(2) Hb 10, 9
(3) Rm 5, 8
(4) Jn 15, 16
(5) Exercices Spirituels de Saint Ignace, 26
(6) Exercices Spirituels de Saint Ignace, 243
(7) Col 3, 11
(8) Paul VI, Ecclesiam suam, 77
(9) MT 13, 31
(10) Paul VI, Ecclesiam suam, 79

Ecrits pour évangéliser, Collection Christus n°59, DDB, 1985, p.164-165.

 

> Des liens internet à l'occasion du centenaire de la naissance du Père Arrupe

Quelques livres pour en savoir plus :

> Pedro Arrupe, Ecrits pour évangéliser, Desclée de Brouwer - Bellarmin, Paris 1985

> Pedro Arrupe, L'espérance ne trompe pas, préface d'Henri Madelin, Le Centurion, Paris 1981

> Pedro Arrupe, Promouvoir la justice, Cerf, Paris 1985

> Jean-Yves Calvez, Le Père Arrupe : L'Eglise après le Concile, Cerf, Paris 1997