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Et
puis je suis arrivé à Saint-Etienne...
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Jean RICHARD
(1908 - 1999 ) |
Jean naquit à Lyon, second d'une
famille de 10 enfants dont cinq des filles seront religieuses. Son
père travaillait dans une petite entreprise d'affinage de métaux
précieux. Peut-être puisa-t-il là son
attrait pour le travail technique, avec ses exigences et sa beauté.
Entré en 1927 il commence sa formation.
Après la "drôle de guerre" passée du côté d'Orange et un bref engagement
au front avec son unité de blindés, il est démobilisé et commence
sa théologie à Fourvière. Ordonné en 1943, il fera la 4eme année
de théologie à Paray-le-Monial, où il restera pour le Troisième
An avec le P. Verny.
50 ans plus tard, dans la chapelle
de la communauté à St-Etienne, à la messe anniversaire de son ordination,
Jean fait cette homélie : après le récit d'une anecdote de l'été
45, il ajoute à peu près textuellement : "Et
puis je suis arrivé à St-Etienne et je m'y suis installé."
Et sans un mot de plus, il retourne s'asseoir, sous les yeux ébahis
et amusés de l'assistance. Si on veut bien retirer du mot "installer"
toute connotation péjorative, cette finale abrupte est bien dans
son style : au Lycée technique du Marais, à la communauté,
à Larche, aux "jardins Volpette", il a travaillé pendant 50 ans
: pas de quoi en faire ... une homélie !
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Dès
son arrivée donc, Jean s'intègre à l'Ecole Ste-Thérèse, le Marais,
où il va tenir une place exceptionnelle et active dans tous les
domaines : intendance, pédagogie,
construction. Au début des années 60, l'école connaît
une extraordinaire expansion : le nombre des élèves passe de 250
à 400. C'est dire qu'il faut construire, et Jean est là pour suivre
les chantiers, en y mettant souvent lui-même la main. Mais une école
vit aussi au quotidien, et Jean était encore là comme intendant
pour fournir ce dont chacun avait besoin pour son enseignement.
Dans ces années, c'était le dénuement et la pauvreté : le dévouement
et l'ingéniosité de Jean arrivaient à en réduire les effets. Comme
les pieds à coulisse, par exemple, n'étaient pas à la portée de
toutes les bourses ouvrières, il trouvait mille astuces pour en
procurer aux élèves.
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Dans cette école qui fut d'abord
un centre d'apprentissage, Jean voyait plus profond et manifestait
un grand souci pédagogique.
Il devait parfois ramer à contre-courant d'une opinion dans la Compagnie
qui prétendait "qu'on n'était pas fait pour s'occuper d'enseignement
technique" ... Malgré ce manque d'encouragement, malgré la présence,
Jean était partout sur le terrain et, grâce à lui, l'école put passer
ce cap difficile.
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On
parlait de lui
comme du
"Père
qui sait tout faire".
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Malgré toutes ses
occupations et responsabilités, Jean maintenait des temps de service
pastoral : confessions hebdomadaires, aide aux paroisses. Sa
prédication était simple, directe, avec cette profondeur que lui
donnait son sens du prochain. Dans les fréquents
rapports qu'il avait avec des gens peu ou non-chrétiens, il pouvait
avoir une parole explicitement chrétienne qui passait bien.
Pour servir de lieu de vacances à sa communauté,
il mit tout son coeur à aménager le presbytère de Larche (Alpes
de Haute-Provence). Grâce à sa présence amicale et sacerdotale dans
le village, se développa au fil des ans une relation très chaleureuse
avec les habitants.
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En 1975 mourait à St-Etienne
le P. de Thoisy qui avait dirigé pendant 52 ans oeuvre des "jardins
ouvriers" ou "jardins
Volpette". A 68 ans et bien inséré depuis 30 ans
déjà dans le milieu ouvrier, le P. Richard était tout indiqué pour
lui succéder, ce qu'il fit pendant 20 ans, jusqu'à son départ pour
la Chauderaie.
Les contacts s'établirent tout
naturellement : il ne se contentait pas de parler avec les gens,
il aimait travailler avec eux. Ses compétences techniques lui permettaient
de participer aussi bien à la construction
des cabanes de jardin, qu'aux travaux d'adduction
d'eau, de terrassement ou de clôture. On parlait de lui comme du
"Père qui sait tout faire".
Des compagnons ont essayé de dire
ce qui rayonnait de cette personnalité attachante : "Le P. Richard
a été l'homme du "Marais". Par sa présence, il a donné une âme à
ces bâtiments. Il a porté sur les choses une vision qu'on pourrait
appeler franciscaine ou évangélique ; il a gardé sa capacité d'étonnement,
d'admiration ; toute matière, tout
outil fut pour lui symbole, signe d'une communauté humaine, d'un
don venu d'en haut". Son regard sur les hommes fut
tout de bonté ("trop bon", a-t-on dit de lui). Ce regard lui a permis
de pénétrer le coeur des autres, d'en pressentir les difficultés
et d'entrevoir l'aide à leur apporter."
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