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La
mystique des tout-petits
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André RAVIER
(1905 - 1999) |
Le 17 octobre 1922, son bac de
philosophie en poche, Anndré Ravier entre au noviciat à Fourvière.
Après une licence de lettres à Grenoble, il suit une unique
année de philosophie à Jersey qui suffira pour que le P. André Brémond
lui donne le goût de la philosophie.
Durant son service militaire, il est affecté à Grenoble au 20ème
Régiment d'Artillerie. Il en profite pour suivre à l'Université
de Grenoble les cours de philo de Jacques Chevalier qui le distingue
déjà et ne sera pas étranger plus tard à la préparation de son doctorat.
Son service achevé, en mars 1930, il termine sa formation et passe
un DEA de philosophie à Grenoble, avec Jacques Chevalier toujours,
sur "Le Dieu réel de Lachelier".
Cet
homme mènera toute sa vie plusieurs chantiers de front.
Dans ses temps libres comme professeur de philosophie ou de français,
il réussit à suivre les cours de Dumas, de Wallon, de Marcel Poète
aux Hautes Etudes de Sorbonne. Dans ses temps libres encore, il
fonde avec Seillon et Tresca, pour les lycéens de Moulin, le Cercle
St-François-Xavier, le C.X., qui ne s'intéresse pas seulement à
leur progrès spirituel mais à l'épanouissement de tout l'homme.
Dans le temps qui lui reste, il entreprend enfin une thèse de doctorat
en philosophie sur "l'Emile" de J.-J. Rousseau. Mobilisé
durant la guerre, il continuera son travail et soutiendra sa thèse
fin 1940.
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En septembre
1941, il retrouve le collège de Lyon, d'abord comme Préfet Général
pendant huit ans, puis comme Recteur, deux ans. Ces années de collège
vont constituer le premier chapitre de sa vie apostolique.
Il aime les jeunes et ceux-ci le lui rendent. Mais en même temps,
il est compétent en pédagogie, celle de Rousseau
sans doute, mais aussi celle de la Compagnie, des Exercices.
"Je
lutte avec quelques Pères d'autres collèges pour le renouveau des
collèges jésuites. On croit ferme à la pédagogie traditionnelle
de la Compagnie." Il inaugure les sessions d'été
pour les collèges qui ne disparaîtront qu'en 1968.
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Ce travail se poursuit dans une
atmosphère qui n'est pas toujours sereine. On est en guerre. Il
fait partie de l'armée secrète. Le collège abrite
des hommes traqués par la police de Vichy ou par la Gestapo. En
1943, un événement inattendu s'ajoute à ces ennuis quotidiens. La
thèse de doctorat, l'Education de l'Homme
Nouveau, essai historique sur le livre de l'Émile de J.-J. Rousseau
(2 vol., 800 pp.), parue en 1941, est
retirée du commerce à la demande du Saint Office.
A partir de 1945, la paix revenue, le travail se poursuit avec plus
d'aisance jusqu'en 1951.
Suite à Humani Generis
et aux "affaires de Fourvière", le Provincial de Lyon est écarté.
Il faut lui trouver un successeur. Ce sera le Père Ravier. Cette
nomination surprend certains qui pensent qu'un homme de collège
n'est pas assez ouvert pour faire un bon provincial : ils devront
déchanter. Premier souci de l'arrivant : que Fourvière puisse ouvrir
à la rentrée. Pari tenu. Le P. Ravier, Provincial,
se révèle accueillant aux idées. Il est lui-même encore sous le
coup d'une condamnation romaine, il est proche du P. de Lubac et
de ses compagnons. Il sait faire revenir en France pour de courts
séjours le P. Teilhard. Il termine son provincialat avec un Visiteur
du P. Général qui découvre à son contact que le franc-comtois a
un caractère obstiné, mais qu'il est aussi patient et bon esprit.
Son provincialat achevé, le P.
Ravier va peut-être trouver sa vraie vocation. Il devient, si l'on
peut dire, écrivain à plein temps.
Il se plonge dans Saint Ignace, grâce à un voyage
à Rome. Il commence à prendre contact avec Saint François de Sales,
le Père Claude La Colombière, Saint Bruno et Sainte Colette de son
cher Poligny.
Cela ne dure malheureusement pas.
On a besoin d'un Recteur d'expérience pour un grand collège. Et
le voici de 1962 à 1968 à Franklin. "Six années merveilleuses, encore
que difficiles, dira-t-il en quittant. J'ai pu continuer vaille
que vaille mes études de spiritualité." Il reste que son dernier
mois dans les collèges, mai 68, fut pour lui une rude épreuve. Il
comprend mal le comportement des professeurs et celui des collèges
de la Compagnie en France.
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Mes
séjours à Rome
me font rencontrer
les meilleurs écrivains
des origines de la
Compagnie...
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Il est nommé ensuite
aux Fontaines, à Chantilly. "Mes séjours à Rome me font rencontrer
les meilleurs écrivains des origines de la Compagnie... les ressources
immenses de la bibliothèque des Fontaines me permettent de faire
un travail sérieux et utile." Le Père Ravier est bien en passe de
devenir un écrivain mystique et un
historien. Sa bibliographie doit compter au moins
70 titres d'ouvrages,
non compris les articles.
Sans doute se plait-il à raconter,
à livrer des documents, à vérifier des sources, mais ce qu'il souhaite,
c'est de produire des exemples qui
éclairent l'intelligence et mettent l'homme en marche vers son Seigneur.
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Son livre Comme un enfant,
sous-titré La mystique des tout-petits et de ceux qui leur
ressemblent, peut nous aider à comprendre ce qui sera le
centre de sa vie : "Tu souris peut-être, ami lecteur, de voir accolés
dans un titre ces deux mots : 'mystique'
et 'tout-petits'. Ce n'est pas d'ordinaire chez
les nouveaux-nés que l'on cherche les mystiques ! Souris, mais souris
d'émerveillement. C'est Jésus lui-même qui nous affirme que "le
Père, Seigneur du ciel et de la terre, a révélé aux tout-petits
des choses qu'il a cachées aux Sages et aux Intelligents". Révélé
? c'est-à-dire que ces choses dépassent tout ce que nous pouvons
concevoir, imaginer, nous sommes en plein mystère, dans le mystère
de Dieu... Or c'est cela la mystique."
Sa fréquentation des enfants, à
l'évidence, l'a introduit dans l'intelligence de l'affirmation du
Christ : "Si vous ne devenez pas comme des enfants, vous n'entrerez
pas dans le royaume de Dieu". Tout le Père Ravier est peut-être
là : mystique vécue et présentée par
le pédagogue.
Ainsi racontée, la vie du P. Ravier paraît bien
sèche, une vie très remplie, mais étroitement planifiée, une vie
où l'on ne perd pas de temps. Cela pourrait laisser croire à une
certaine sécheresse de coeur. Il n'en fut rien. Sous la réserve
du franc-comtois se cachait un coeur très sensible qu'il semble
avoir eu peur de montrer à d'autres qu'aux enfants.
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