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La grande aventure des Prêtres-Ouvriers

Charles MONIER
(1908 - 1999)

Il est né à Grenoble, le 8 juin 1908, dans une famille ouvrière qui se fixa ensuite à Annonay. Sa mère mourut de la tuberculose alors qu'il avait quatre ans, et c'est la soeur qui eut la charge de ses 4 frères. Puis elle devint religieuse trinitaire et elle continua à compter beaucoup dans la vie de Charles. Deux de ses frères, aidés par toute la famille, partirent gérer une propriété à Madagascar. L'aîné y fut assassiné en 1947, au moment des événements tragiques survenus dans l'île. Un oncle prêtre favorisa sans doute l'entrée de Charles à l'école apostolique de Thonon-les-Bains.

Il entra au petit séminaire d'Alger "pour échapper, dira-il, à la tutelle de la Compagnie". Cela ne l'empêcha pas d'entrer au Noviciat, en 1925. Il a laissé des poèmes étonnants de ses premières années de formation. Qui aurait imaginé alors qu'il participerait à l' "aventure" des Prêtres-Ouvriers ?

Il écrit en 1953 : " Je suis de famille ouvrière, - chose qui, en elle-même, ne préjuge d'aucune vocation. Mais quand je suis parti pour entrer au noviciat, mon père (qui ne voulait pas de religion) m'a dit sur le quai de la gare : " Tu te fais prêtre, jésuite, tu es libre et jamais je me suis opposé à ta liberté; mais tu trahis la classe ouvrière ". Intérieurement, je me suis dit que je montrerais que je n'étais pas un traître, mais je ne voyais pas comment ".

Quand la guerre éclate, il est mobilisé. Fait prisonnier, il vit une longue captivité. Il racontera : " J'ai fait la guerre et cinq ans de captivité. Là, contraint au travail comme les camarades, sans aucun privilège, sans signe distinctif, j'ai été mêlé à la pleine masse populaire ". C'est là que lui vient le désir de "retrouver le peuple dont je suis parti".

Le fait que les erreurs se soldent parfois
par de lourds
et longs échecs
obligent peu à peu
à la prudence
et à l'humilité
tout en restant
patients et hardis.

Rentré de captivité, il termine sa formation. Après un mois chez Automoto, à Saint-Étienne, il lui est proposé de rejoindre le Père Loew à Marseille. Ce ne sera pas le grand amour, ils sont tellement différents ! Longtemps après, il en aura encore des coups de chaleur ! Il passe tout de même 18 mois avec lui, à la Capucelle.

Pour Charles l'épreuve des Prêtres-Ouvriers commence dès 1952. Lui et les deux autres P.O. de son équipe inquiètent Mgr Jean Delay qui finit, en mai 53, par arrêter leur "expérience" : " Il est bien vrai que j'ai décidé, après de longues et douloureuses réflexions, d'interrompre l'expérience de votre équipe et que j'ai demandé à vos provinciaux... de vous rappeler, si ne n'est immédiatement, au moins avant la fin des prochaines vacances ".

Comme d'autres, il cherche, avec ses supérieurs, une solution... Un essai d'assistance sociale dans un camp de l'abbé Pierre ne lui convient pas du tout. Au bout d'un an il part à Alger (Hussein-Dey) où il essaie de "trouver une occupation pas trop cléricale tout en étant vicaire sur le papier..., de voir où je pourrai peut-être encore traîner ma vie de circoncis par violence".

C'est Lyon qui l'accueille en 1956. Il y embauche comme livreur de mazout à "La Mure". D'abord rattaché aux MAJO (Maison d'accueil des Jeunes Ouvriers), il rejoindra plus tard la MEC (Maison des Étudiants Catholiques). Il réussit à trouver du travail, et s'y maintient, avec l'approbation du supérieur majeur qui lui dit en janvier 57 : " Continuez ! ". Mais, le 5 mai, le Père Ravier, provincial de Lyon, communique une autre décision du même supérieur majeur: " Tout travail, même en petite entreprise, même si cette entreprise est "familiale", est supprimé. Seul pourrait être autorisé le travail artisanal... ! ".

Il travaille alors depuis octobre 56 chez Remington à Villeurbanne. Comme l'écrit le P. Ravier, sa lettre ravive une plaie, à peine fermée. Charles quitte Remington mais ne renonce pas. Le 23 mars 58 il écrit: "J'ai été viré de la toute petite boîte d'ameublement ; j'ai immédiatement trouvé une place de garçon de courses dans un magasin. J'en ai été viré il y a juste 15 jours, et demain j'entre comme manoeuvre dans une fabrique de peinture : "la Cie Valentine", 100 à 110 ouvriers à Villeurbanne". Il va y travailler jusqu'à sa retraite.

Charles exprime ainsi l'importance de l'action syndicale à laquelle il participera fidèlement, au-delà même de sa retraite : "l'action syndicale donne une vraie culture : le souci de l'efficacité de l'action apprend à réfléchir sur les situations concrètes collectives mais aussi sur l'importance des psychologies personnelles. Et le fait que les erreurs se soldent parfois par de lourds et longs échecs obligent peu à peu à la prudence et à l'humilité tout en restant patients et hardis."

Charles fut très heureux lorsqu'il apprit, en 1965, suite au Concile, que parmi les 50 prêtres français désormais autorisés à travailler à plein temps en usine il y avait 5 jésuites. Il n'avait pas cru en vain dans la volonté missionnaire de l'Église !