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Son
souci, c'était le jardin
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Jean MEGEMONT
(1909 - 2000) |
Fils de l'Auvergne il avait découvert
les jours sans eau de Marseille ou de Montpellier et, soucieux de
tout ce qu'il avait planté, il craignait
que l'eau ne soit pas donnée en temps opportun, et en suffisance
: aussi préférait-il pallier les insuffisances de la nature.
Son souci, c'était le jardin. C'est ce qui reste de lui. Lors de
son entrée dans la Compagnie son métier recensé était "cultivateur"
: cultivateur et fils de cultivateurs.
C'est à Rochefort-Montagne, dans le Puy-de-Dôme,
qu'il fut baptisé le jour-même de sa naissance. C'est là qu'il alla
à l'école et au catéchisme. C'est de là qu'il partit pour son service
militaire, puis pour le noviciat, à Yzeure.
Sa formation ? Rien n'est mentionné dans son curriculum
vitae : comme les frères de sa génération il fut formé "sur le tas",
passant d'offices en offices et assurant les "services divers" à
Yzeure, Paray le Monial, La Barollière et La Baume.
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Il est
nommé comme "jardinier et services divers", à Marseille,
à la maison d'exercices spirituels du Roucas Blanc, de 1960
à 87, jusqu'à ce que la Compagnie quitte la maison. Il avait aimé
le Roucas, et religieux, religieuses et laïcs se souviendront de
lui, et en particulier de tel ou tel geste délicat, des fleurs offertes,
un service rendu, qu'ils avaient su apprécier.
Il aimera pareillement la Résidence
de Montpellier et tout particulièrement son jardin. De Marseille
il avait apporté des arbustes, des lauriers blancs ou roses, et
il n'hésitait pas à creuser des trous pour transplanter les micocouliers
qui surgissaient un peu partout dans le parc. Il planta aussi des
arbres fruitiers (cerisiers, abricotiers, oliviers) qu'il s'essayait
à défendre contre les moineaux, les écureuils, ou les insectes.
Et il passait des heures à arroser toutes ces plantes assoiffées
au cœur de l'été... mais aussi à des périodes moins sèches. L'eau
était son souci et il était difficile de le persuader de laisser
son jardin pour quelques jours de retraite ou de repos.
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Depuis un an ses forces avaient
bien baissé. Il devait se reposer un instant après un gros effort,
ou délaisser le jardin pour s'asseoir à la table des journaux qu'il
lisait les uns après les autres, quotidiens et hebdomadaires, sans
négliger le Semeur, le journal de son Auvergne natale. Il
aimait savoir d'où venaient et ce que faisaient les personnes de
passage dans la maison. Curiosité peut-être, mais surtout désir
de les situer par rapport à l'apostolat des pères : sa manière à
lui, confiné dans des tâches ordinaires, de participer à la vie
apostolique de la Compagnie et de l'Eglise. Il suffit
de voir avec quel intérêt il suivait l'actualité religieuse par
la presse … et la télévision pour les messe télévisées ou les bénédictions
du Pape.
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Un grand attachement
à la Compagnie, une vraie dévotion à Marie qu'il aimait fleurir,
un souci d'être serviteur jusqu'au bout.
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Pas de notes, pas
de lettres : rien ! Comment savoir ce qui se passait dans sa tête,
dans son cœur ? Un grand attachement à la Compagnie, une vraie dévotion
à Marie qu'il aimait fleurir, un souci d'être serviteur jusqu'au
bout. Sa surdité le gênait beaucoup, et avec lui la communication
n'était pas aisée. Il ne pouvait guère profiter des réunions de
communauté, s'il savait parfois tirer avantage du fait de ne pas
entendre ! On a noté parfois son entêtement : n'avait-il pas ses
certitudes, et ne savait-il pas, lui, ce que pouvait ignorer supérieur
ou ministre : comment se débarrasser d'un essaim d'abeilles, comment
traiter les arbres fruitiers ? Mais on
a souligné aussi sa bienveillance : qui a jamais entendu Jean Mégemont
faire des réflexions peu charitables sur les uns ou les autres ?
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Sa volonté ? Sans doute a-t-il
accueilli les différents status, mais il en est un qu'il se réservait.
Lorsque le P. Vice-Provincial lui annonça que sa santé l'incitait
à l'envoyer à la Chauderaie, croyant qu'il s'agissait d'un départ
presque imminent, il manifesta d'abord une certaine réticence ;
mais lorsqu'il lui précisa que ce départ pourrait se faire seulement
quelques mois plus tard, vers le15 mai, il dit simplement : "Oh
! alors...pas de problème, je serai mort !" C'est ce qu'il répéta,
un mois avant sa mort, à la cuisinière qui lui disait qu'il pourrait
bientôt se reposer : pas de souci à se faire, le grand voyage éviterait
cet autre déplacement. Cette certitude,
il la puisait dans la confiance qu'il faisait au Seigneur en lui
demandant d'organiser ce départ !
Mais ce départ, il ne voulut pas le faire sans
son assistance. Ne le voyant pas au repas de midi, Georges Roucher
monta dans sa chambre et le trouva à terre dans les toilettes. En
attendant le Samu, encore conscient, il demanda le sacrement des
malades et le reçut à l'hôpital du P. Jean Reynaud entouré de quelques
membres de la communauté, sans parole mais serrant très fort la
main de ceux qui la lui tendaient. Puis ce furent quelques jours
sans aucune conscience. Il désirait mourir à Montpellier : c'est
à Montpellier qu'il est mort.
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