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De la mer de Chine au sable du Liban

Henri KETTERER
(1907 - 1999)

Le Père Henri Ketterer naquit à Paris, aîné d'une famille de trois garçons. Elève chez les Frères des Écoles Chrétiennes, puis au Collège Stanislas, il eut dès l'âge de 9 ans le désir de se consacrer a Dieu. Cependant l'adolescence le fit hésiter mais le Seigneur veillait. En classe préparatoire, des camarades songeant à la vie religieuse l'encouragèrent à aller passer quelques jours au noviciat des Dominicains. Ce ne fut pas de son goût. "J'avais l'obsession du bonheur et j'aurais bien voulu allier ce précieux bonheur terrestre et le service de Dieu."

Une biographie "de saint", par un Père Franciscain, lui montra la voie : plus précisément ce mot de l'Évangile de Jean : " Si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt, il reste seul ; s'il meurt, il porte beaucoup de fruits ". Cette pensée éclaira sa vie à Polytechnique et durant les deux années qu'il dut accomplir comme ingénieur dans l'artillerie navale pour aider sa famille.

Entre temps un sulpicien, l'abbé Charles, auquel il se confiait, l'avait assuré qu'il était destiné à être jésuite... ou sulpicien. Plus tard le Père Lebreton et un séjour au sanctuaire de Lalouvesc le décidèrent à entrer en 1933 au noviciat de Laval : il précisait avec humour que le port de la soutane l'avait quand même quelque peu fait "mollir", selon un terme de Polytechnique.

Il voulait " devenir un saint " : la grande retraite lui apporta l'heureux élan qu'il souhaitait. Il en commença l'envol en philosophie, à Jersey où il rencontra le P. Germain, Recteur de l'Université de l'Aurore à Shanghai, qui cherchait un Professeur de sciences. Henri rêvait plutôt "de la brousse". Un autre père de passage, le P. Fernand Lacretelle, lui parla de sa vie de missionnaire : ultime encouragement. Il partit pour la Chine en Août 1937, en pleine guerre sino-japonaise.

Il précisait
avec humour
que le port de la soutane
l'avait quand même
quelque peu fait
"mollir"...

En octobre 1937 Henri est à Pékin à l'école de langues "Chabanel", aux prises avec les difficultés d'apprentissage du chinois dont il prend cruellement conscience et qui le poursuivront jusqu'en Théologie, même s'il écrit presque avec surprise qu'il réussit l'exploit de faire le catéchisme et de confesser. Il fit en effet sa théologie (et en latin !) à Shanghai où il fut ordonné prêtre en 1942. Il y fit aussi son Troisième An.

Il fut ensuite Professeur de math à l'Université de l'Aurore de 1945 à 1951. Il l'accepta en raison de sa compétence mais aussi en esprit d'obéissance car sa consolation était d'aller en paroisse célébrer la Messe et confesser pour les fêtes. Mais à cette époque le visage de la Chine changeait vite. Les communistes s'emparèrent de l'Aurore. En Juin 1953, à minuit, 40 policiers envahirent la grande résidence de Zi-Ka-Wei. Les pères chinois furent envoyés directement en prison, les étrangers embarqués sous bonne garde vers Canton et Hongkong.

Ce fut pour Henri le retour en France, puis l'affectation à l'Université Saint-Joseph de Beyrouth pour enseigner la mécanique des Fluides à l'École d'ingénieurs. "Je compris tout de suite que j'avais trop aimé l'apostolat en Chine - au détriment de mes études de sciences - et que je m'étais trop inquiété d'apprendre les langues. Je me promis de me donner entièrement à l'enseignement."

Il enseigna donc de 1953 à 1976, sans avoir "jamais le temps d'apprendre sérieusement l'arabe". Il devint même Chancelier de l'Ecole durant trois ans, mais avec, semble-t-il, quelques difficultés de relations ... Puis vint la guerre : sa santé s'altérait avec l'âge et le Père Ducruet lui confia la bibliothèque. Il insiste alors pour dire que sa consolation était dans le ministère des retraites et confessions. Enfin il acheva son séjour là-bas comme aumônier des Frères des Ecoles Chrétiennes.

Il arriva en 1989 à Nantes, brisé par la scoliose mais toujours désireux de servir. Il fut d'une rare assiduité au confessionnal où l'on appréciait son jugement très sûr et son intelligente bonté. En communauté, il était un compagnon ouvert, bienveillant, intéressé aux problèmes d'Eglise : manifestement l'homme intérieur rayonnait dans sa patience, son accueil et le bon ordre de son esprit.