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Mener sa vie selon l'Esprit

Jean GOUVERNAIRE
(1905 - 1998 )

Jean est né à Montluçon. Il fit des études de sciences à l'Institut Catholique de Paris et entra au séminaire des Carmes où il resta cinq ans. A 26 ans, il entre au noviciat. Après un an de juvénat, il est pendant quatre ans professeur de sciences et père spirituel au collège du Mans. Il est ensuite nommé père spirituel à l'école Sainte-Geneviève, mais un an plus tard il est mobilisé et passera cinq ans en captivité à Lübeck.

A son retour il termine sa formation.. Il travaillera dans des maisons de formation comme père spirituel ou supérieur. En 1955 il est nommé au Centre Spirituel de Manrèse et y demeurera 40 ans. Il y donne les Exercices, consacre beaucoup de temps à des entretiens personnels, et formateur à l'Institut de formation des éducateurs du Clergé, ainsi qu'à "L'aide médico-psychologique des religieux". Il écrit aussi dans les revues "Vie Chrétienne" et "Christus".

Jean eut une foi fidèle, patiente, critique, sans fioritures, mais exigeante dans sa formulation. Il était souvent à la recherche de l'expression juste. Son exigence venait en partie de sa formation rigoureuse dans les sciences. Sa cécité aurait pu le couper de la passion de connaître mais sa conviction était que l'homme peut saisir quelque chose de Dieu en approfondissant le mystère de la création. Ce qui explique sa ténacité, jusqu'à la fin, à creuser le sens de l'univers.

Sa vie apostolique a surtout été faite de l'accompagnement de personnes qu'il aidait à discerner. Mais ce discernement était exercé dans la rigueur, cette juste rigueur qui fait que l'on ne dit jamais que ce que l'on a pu expérimenter ou vérifier. Il était doué d'une foi juste, emplie de miséricorde, sans raideur mais apte à débusquer les faux-fuyants.

Cet homme de raison et de foi invite - selon l'une de ses expressions - au "courage de la vérité". Il écrit : "Si la vie spirituelle, au long des années, ne favorise pas le sens du réel et la croissance de notre liberté intérieure, elle est conduite de travers". Nous tenons là deux éléments fondamentaux authentifiant la vérité d'une vie spirituelle.

Si la vie spirituelle,
au long des années,
ne favorise pas le sens du réel et la croissance de notre liberté intérieure,
elle est conduite de travers

Le sens du réel est la première exigence pour avancer vers le Royaume. Que de fois ne l'avons-nous pas entendu dire qu'une "foi qui n'englobe pas tout le réel est fausse". La vérité de la personne humaine part de la réalité qui la constitue. Tant que nous n'avons pas pris conscience de la terre dans laquelle nous avons été planté, nous échappons à nous-même.

Il rejoint, dans cette perspective, le réalisme des grands maîtres spirituels dont l'un d'entre eux, saint François de Sales, écrivait à une correspondante : "Ne désirez pas de n'être pas ce que vous êtes mais désirez d'être fort bien ce que vous êtes ; c'est ici le grand mot et le moins entendu de la conduite spirituelle".

Il n'y a pas de vie spirituelle sans le risque de la liberté. Il aimait à nous faire découvrir la nécessité de "nous poser en hommes libres devant Dieu, capables de répondre non à Dieu qui nous en a donné le pouvoir et finalement répondant oui, non par contrainte mais par réciprocité envers l'amour bouleversant de notre Sauveur".

Jean n'était pas homme à faire pression sur la personne qu'il accompagnait: par là même il révélait quelque chose du mystère de Dieu qui suscite notre liberté sans nous contraindre. Ce Dieu fou, révélé dans la folie de la croix évoquée par Saint Paul dans le texte des Corinthiens, nous aime au risque de nous perdre. C'est qu'il ne peut y avoir d'amour sans ce risque. Il est certain que cette confiance faite à la liberté profonde de chacun a permis à beaucoup de sortir d'une paralysie infantilisante due à une fausse crainte de Dieu. Il rendait chaque être à sa responsabilité de fils de Dieu et invitait, par là même, à inventer notre route.

Décrivant son itinéraire de foi en parlant de lui-même à la troisième personne il nous fait cette confidence au jour où il a commencé à goûter cette liberté intérieure : " Le temps semblait approcher où il n'aurait plus d'anxiété pour l'avenir, plus de complexe devant autrui, plus de crainte pour aller à Dieu. Il en aurait un soir dansé de joie ".