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Passionné des paysans
et de leurs évolutions
Bernard FORT
(1912 - 1999)

Né en 1912, dans une petite ferme du village de Lunac, en Aveyron, Bernard avait deux soeurs de 16 et 9 ans ses aînées, qui épouseront des agriculteurs. Entré dans la Compagnie à 18 ans, à la fin de ses études au petit séminaire de Graves (Aveyron), il gardera de solides amitiés avec des prêtres du département. Il suit le parcours classique de formation à l'époque.

Il est blessé le 7 novembre 1939 à Bouzonville entre la ligne Siegfried et la ligne Maginot : une balle l'atteint au bras lors d'une tournée d'inspection. Cité à l'ordre du régiment, il reçoit la Croix de Guerre, mais il est handicapé à vie de la main droite.

Suivent quatre années de théologie à Fourvière, deux à l'Action Populaire (Vanves) pour des études d'économie rurale, enfin le Troisième An à Ineuil. Il est alors nommé à l'Ecole Supérieure d'Agriculture de Purpan où il était venu assez régulièrement pour des sessions qu'elle organisait. Nous sommes en 1947 : il y restera quarante-trois ans, jusqu'en juin 1990 où il rejoindra la communauté des Pères âgés à Pau.

A Purpan, il trouve le vaste réseau développé par les Etudes Agricoles par Correspondance (E.A.C.) avec une prolifération de réunions dans plus de vingt départements. Il trouve des semaines sacerdotales, comme celle consacrée aux "incidences du technique et de l'économique sur l'humain et le chrétien". Il trouve des groupes d'agriculteurs qui font volontiers appel aux professeurs de l'Ecole. Il entre avec passion dans la dynamique qui entraîne l'institution au service de la promotion des agriculteurs.

Il fédéra tous ces groupes, lors d'une rencontre d'agriculteurs en 1951, avec la création du Centre d'Etudes et de Modernisation Agricoles de Purpan, C.E.M.A. régional, trait d'union entre les C.E.M.A. de base. Par la suite, chaque été de 1952 à 1966, le Père Fort organisa "les journées des CEMA" qui réunissaient durant trois jours à Purpan les groupements locaux. Rencontres très conviviales, familiales, où les techniques et l'économie trouvaient leur place, sans négliger les préoccupations sociales, culturelles et religieuses. Devant l'afflux des participants, il fallut à partir de 1967 les éclater en plusieurs sessions spécialisées.

L'assemblée fondatrice du CEMA qui souhaitait la publication d'un bulletin de liaison trimestriel afin de "favoriser la rencontre des personnes et la circulation des idées", en confia la responsabilité à Bernard Fort. Ainsi naquit le "Bulletin d'information des Centres d'Études et de Modernisation Agricoles", qui s'intitula "Purpan" quelques années plus tard. Sous l'impulsion de son directeur, le cercle et l'audience s'élargirent jusqu'à Montréal, Uppsala ou Moscou.

Bernard aimait citer une phrase de Mgr Saliège à propos de quelque sommité : "Il en sait des choses... Il n'est pas intelligent !". Sévère pour les savoirs compartimentés ou scolaires, il concevait mal des connaissances qui ne servent pas à l'action. On a peine à imaginer aujourd'hui l'état des campagnes au sortir de la guerre. Relisant en 1997 les années passées, le P. Fort écrivait : "On manquait de tout : de biens immédiatement consommables, mais aussi de biens de production (engrais, semences, produits de défense des cultures, carburants et équipements de toutes sortes). On manquait également d'expérience à l'égard des techniques nouvelles, si bien qu'on ne savait par quel bout commencer." Dans ce contexte, il cherchait avec ses interlocuteurs à "hiérarchiser les objectifs". La première étape, selon son expression, étant de les (sic) apprendre à réfléchir".

On manquait de tout :
de biens consommables, mais aussi de biens de production.
On manquait également d'expérience à l'égard des techniques nouvelles, si bien qu'on ne savait par quel bout commencer.

Partant de la vie et non des manuels, il se situa d'emblée au coeur des problèmes soulevés par l'évolution de l'agriculture au moment où la mécanisation révélait le morcellement et l'exiguïté des exploitations. Comment permettre à un jeune d'être agriculteur quand ses parents sont encore en pleine force, de se marier, de se maintenir sur l'exploitation après le décès des parents, d'installer ses propres enfants, et cela malgré une situation économique et juridique incertaine, sans droits sur les fruits de son travail et sans garantie ?

Dix ou vingt ans avant la loi, il proposa la constitution de sociétés "père-fils" pour prévenir les problèmes de succession, en attendant d'autres étapes comme celle de la donation-partage. Il va exceller sur ce terrain car il savait unir les aspects techniques, économiques, juridiques et humains. Expert reconnu, il sera appelé dans la France entière, car il avait l'art de trouver des solutions originales et, ce qui est plus important, parfaitement adaptées.

Lors de son départ à la retraite, les étudiants de Purpan ont fait sceller dans le grand amphithéâtre une plaque avec ce message qu'ils avaient retenu : "Tout mettre en oeuvre pour pratiquer la justice entre les hommes, s'engager avec ceux qui cherchent plus de morale ou d'éthique en affaires".

Son engagement religieux s'est exprimé ainsi à travers son engagement professionnel au service des étudiants, des agriculteurs et du milieu agricole, visant la formation et la promotion d'hommes et de femmes, images de Dieu, devant tendre à sa ressemblance. C'était la forme concrète de son apostolat.