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| L'Amiral |
Michel CORENWINDER
(1931 - 1999) |
De ses premiers pas à Dunkerque,
où il est né en 1931, Michel ne parlait guère. Sans doute était-ce
discrétion de sa part, car il laissait aussi volontiers percevoir
combien son enfance, entourée de ses parents, de ses deux soeurs
et d'un frère aînés, comptait pour lui. Le cadre de vie de cette
famille flamande a été bouleversé par la guerre, avec l'exode puis
l'installation provisoire dans un
refuge basque à Ustaritz.
Michel étudie ensuite au Collège
Saint-Joseph de Lille et, après un an de propédeutique à la Catho
de Lille, il entre au noviciat en 1951. La formation qu'il entame
alors, coupée par deux années de service militaire, le prépare à
l'ordination à Lyon en 1963, qui ouvre immédiatement à l'expérience
du Troisième An. Michel va ensuite connaître 12
années dans le ministère des Exercices, d'abord
à Belleu (1965-1970), puis à Chantilly (1970-1977). Ces années le
préparent à un engagement en Mission
Ouvrière pendant 22 ans, à Reims (1977-1993) et
enfin à Cergy (1993-1999).
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C'est à Belleu, dans
l'Aisne, que Michel fait l'apprentissage de l'apostolat des Exercices,
et qu'il prononce ses derniers voeux, le 2 février 1966. S'il semblait
avoir quelque difficulté à se concentrer pour ce ministère spirituel,
une fois "au pied du mur", il livrait avec assurance, aux jeunes
comme aux adultes, le coeur de ce qui l'avait nourri au noviciat,
puisé dans la méditation évangélique selon les Exercices.
Il avait un vif souci de
rendre accessible la spiritualité ignatienne au monde populaire
et éprouvait de ce fait une certaine impatience à l'égard de la
Compagnie : ne s'en coupe-t-elle pas par nombre de ses choix ? Michel
était très critique, mais jamais malveillant. Il
avait un réel goût pour la conversation et apprenait sans doute
plus dans le dialogue avec chacun que dans les livres en chambre
: toujours accueillant, prêt à discuter, sur des sujets très quotidiens
comme sur des orientations apostoliques.
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En 1977, Michel rejoint la Mission
Ouvrière, à Reims, et s'y donne à fond. Tout en étant responsable
de la paroisse saint Jean-Marie Vianney, et en ayant une forte présence
sur le quartier - particulièrement à la MJC Brassens dont il a été
président à ses débuts. Il est chauffeur-livreur
de produits pharmaceutiques, et exerce les responsabilités de délégué
syndical et du personnel. Michel était un homme
actif, social et pragmatique qui ne ménageait pas ses efforts dans
ses responsabilités ecclésiales et associatives, professionnelles
et syndicales.
Sa
bonhomie attire les gamins du quartier friands de
bonbons ou de dragées, qu'il distribue volontiers. Comme pasteur,
il sait soutenir les familles éprouvées par un deuil. Mais c'est
aussi l'anecdote de Jean-Louis Lacoux, membre d'une association
humanitaire manifestant dans les rues de Reims, et qui se retrouve
seul de son association pour porter la banderole en tête de cortège
: problème ! ... Michel passe par hasard en revenant de sa tournée
: il saisit aussitôt une des hampes de la banderole de Jean-Louis
et le cortège peut démarrer !
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La Compagnie de
Jésus
ne se coupe-t-elle pas du monde populaire
par nombre
de ses choix ?
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La perspective de
rejoindre la communauté de Cergy
en 1993 est pour Michel comme un saut dans l'inconnu, un pari.
Après seize ans de vie professionnelle
et d'insertion dans un quartier périphérique de Reims, où de nombreux
liens ont été tissés, est-ce bien le moment de partir ? Faire coïncider
un tel déplacement avec un départ
en retraite, n'est-ce pas risqué ? Comment nouer
de nouveaux liens, dans une ville inconnue, sans y avoir exercé
d'activité professionnelle ? ... Ces questions fortes, Michel les
porte et les exprime avec exigence.
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Progressivement, il va s'impliquer
dans la vie de Cergy. Il est un des animateurs des rencontres des
Prêtres Ouvriers du Val d'Oise. Son syndicat, la CGT, le mandate
pour siéger au Fonds social des ASSEDIC du Val d'Oise, où il participe
à l'examen des dossiers de chômeurs
en situation de précarité
qui demandent des aides urgentes pour poursuivre tel ou tel projet.
Lors de la crise des sans-papiers de 1998, on le retrouve propulsé
"parrain" d'une jeune Malienne, lors d'une manifestation devant
la Préfecture du Val d'Oise. Plus localement, il participe au soutien
scolaire ou à des associations nouvelles pour le développement.
Dans la communauté catholique de Cergy, Michel devient responsable
de la mission ouvrière locale.
Après le diagnostic d'un cancer
au pancréas, en septembre 1998, il s'agit de vivre autrement, d'être
un ouvrier apostolique d'un autre type. Entre les journées d'hospitalisation
et la vie en communauté, Michel fait passer un message étonnant
sur l'efficacité
apostolique. Evoquant sa maladie
avec un membre de sa communauté, il dit, peu avant sa mort : "Avec
cette maladie, tu vis à la marge, même si tu essaies de porter les
gens d'une autre manière. Je ne suis pas mécontent de ce que je
vis, ce n'est pas perdu. Je
trouve une autre dimension du don de soi au Seigneur,
un autre registre de la relation à Dieu, qui n'est pas seulement
de s'activer pour Lui."
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