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| L'Amiral |
Emile BROUARD
( 1906 - 1999) |
La mer était le lieu de l'Amiral.
Il n'était
vraiment heureux que les pieds dans l'eau ou sur l'eau.
Comment s'en étonner ? Il était né dans le sémaphore de l'Aber Wrac'h,
en Landéda, et avait suivi son père, qui en était gardien, dans
d'autres sémaphores sur la côte Nord du Finistère. Discret, il ne
faisait qu'exceptionnellement des confidences sur son enfance :
famille de cinq enfants, deux filles et trois garçons, dont il était
le dernier. L'une de ses sœurs mourut à l'âge de cinq ans, et un
frère fut tué à la guerre de 14-18 : double épreuve pour cette famille
unie. Mais vécue dans la foi, car chez les Brouard, on était croyant,
avec un rien de rigidité.
Emile rejoint en 1919 l'École Apostolique
de Poitiers pour y commencer ses études secondaires. Départ difficile
pour sa famille, qui voyait partir au loin un fils de 13 ans déjà
habité par le désir de devenir prêtre, même s'il rêvait aussi d'entrer
dans la marine. L'obstination toute bretonne du jeune homme eut,
malgré tout, raison des résistances rencontrées. Sept ans plus tard,
il entre au noviciat de Laval et commence le long parcours de 16
ans de formation, avec l'ordination en Septembre 1 939, à la veille
de la seconde guerre mondiale. A la fin de celle-ci, son
régiment fut décoré "pour (grâce à lui, disait-il, amusé) s'être
replié en bon ordre et sans livrer les armes à l'ennemi !".
En 1943 il prononça ses derniers voeux dans la chapelle du collège
Saint François-Xavier de Vannes.
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C'est dans cet établissement,
d'ailleurs, que le Père Brouard allait commencer sa
carrière d'éducateur, comme préfet des Etudes d'abord, puis professeur
de lettres. Elle devait durer
15 ans et le conduire tour à tour à Vannes, Brest, Evreux et de
nouveau
Vannes : les souvenirs glanés ici et là laissent entendre que le
Père Brouard fut un
éducateur attentif, profondément dévoué à ses élèves mais sachant
montrer une ferme énergie quand les choses n'allaient pas droit,
ce qui ne manquait pas parfois d'arriver.
En 1957 s'ouvre une seconde période
où le Père Brouard va se consacrer comme ministre
au service de différentes communautés
: Quimper d'abord, ensuite Le Mans, puis Brest et enfin Penboc'h,
dont il fut l'administrateur pendant 5 ans. Il y vivra une quinzaine
d'années, veillant à son entretien, à la mesure de ses forces :
ses jambes s'arquaient déjà dangereusement et un angiome à la bouche
et au pharynx menaçait par moments de l'étouffer.
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| Tous ceux qui l'ont connu durant
ce second et long séjour morbihannais se souviennent de son accueil
fraternel et de son dévouement pour tous les hôtes de passage. Il
aimait le Golfe et le faisait aimer à ceux qui le découvraient, qu'ils
soient français ou étrangers.
Aussi, grâce aux hôtes de Penboc'h, le nom du Père Brouard s'est-il
répandu jusque dans les Amériques et l'Afrique et l'Asie, comme dans
les pays d'Europe. |
Le Christ a été
son Chemin.
Il l'a suivi avec
courage tout au long de sa vie.
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Après toutes ces années passées
au service de nos communautés, service souvent caché mais toujours
généreusement offert, Emile Brouard a rejoint en 1983 la résidence
de Nantes. C'est là que devait s'exercer pendant 16 ans son dernier
ministère. Ce ne fut pas le moindre malgré les apparences, car la
mission au nom du Christ à laquelle on a modestement, fidèlement voué
sa vie ne s'opère pas uniquement par l'action. Elle s'accomplit aussi
dans la patiente offrande d'une existence marquée souvent par la souffrance,
la maladie et l'inaction forcée.
La mission au nom du Christ a toujours valeur et sens quand
elle consiste à supplier Dieu dans la prière pour qu'il réveille dans
le coeur des hommes la foi, l'espérance et l'amour, alors qu'aujourd'hui
tant de forces contraires poussent vers d'autres chemins. |
Le Christ a été son Chemin. Il l'a suivi avec
courage tout au long de sa vie et plus encore dans les temps où
son état de santé l'a définitivement cloué dans un fauteuil roulant,
qu'il a quitté, rassasié d'années, pour voguer sur l'océan d'Amour
qu'est Dieu, toutes voiles tendues au souffle de l'Esprit.
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