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Un guide, un accompagnateur, un formateur mais aussi un père au service du troupeau
Pierre BLANC
(
1909 - 1993)

Rouergat et fier de l'être, le père Blanc est né à Espalion dont il écrivit une histoire très érudite à l'âge de 18 ans. Pierre Blanc est entré au noviciat à 20 ans après ses études secondaires et une année comme préparateur en pharmacie. Il suit la filière classique des scolasticats avec un an de régence à Montpellier. Il est ordonné prêtre en 1939.

Après son 3ème An, il vient en 1941 à la résidence de Montpellier et prend à Figuerolle, faubourg populaire de cette ville, la direction du patronage saint-Joseph qui existait depuis 1907 et se trouvait alors quelque peu en déclin. Il le relance et le dirige pendant 45 ans.

Le "patro", ici, ce n'est pas seulement un rassemblement d'enfants et jeunes gens quelques heures par semaine ; c'est une véritable institution, ouverte a tous, à toutes les heures de loisir, une maison d'accueil, qui parfois devient un véritable foyer hébergeant, si besoin est, les enfants dont les parents ne peuvent pas s'occuper, organisant un ensemble de services sociaux, par exemple de secours aux familles éprouvées. Il se prolonge en voyages organises et colonies de vacances à Prévenchères en Lozere entre Villefort et La Bastide. Et c'est à juste titre que son directeur a reçu, à la mairie de Montpellier, la médaille d'or de l'action sociale.

C'est une véritable institution du quartier, avec réunion des mamans, cercle ouvert aux messieurs, lien avec les anciens, notamment par un bulletin mensuel, "La Maisonnée", adressé à 3.000 abonnés, fondé, dirigé et presque entièrement rédigé, depuis 45 ans, par le Père Blanc.

Celui-ci obtient la collaboration bénévole d'un grand nombre de personnes, sans difficulté car son désintéressement est évident, manifesté par sa pauvreté et son ascétisme personnels. Doté de talents humains considérables, d'un don de relation non moindre, gestionnaire compétent, il met tout cela au service d'une foi et d'une piété profondes, et il est, on peut le dire, la pierre angulaire de tout l'édifice. Sans négliger aucun de ceux que la Providence lui envoie, il sait aussi percevoir et dégager ces élites, percevoir des vocations religieuses et humaines et les conduire à maturité. Le Patro abrite une congrégation mariale, canoniquement reconnue par Rome.

Entièrement donné à sa tâche, et peut-être trop isolé par sa réussite même qui est grande, cette réussite l'incite à ne rien vouloir changer dans sa pastorale et dans ses positions, y compris d'ailleurs dans sa profonde fidélité de principe au Pape, ce qui le protège du "traditionnalisme". Il pratique, parfois un peu durement dans ses écrits, le "celui qui n'est pas totalement avec moi est contre moi". Et, "même s'il lui en coûte, il devrait s'efforcer de devenir un peu plus communautaire".

Ces phrases ont été écrites sans doute en mémorial d'une visite par l'un des supérieurs ou provinciaux qui connurent le Père Blanc. Elles esquissent bien les forces et faiblesses, la stature de celui que les jeunes habitués du Patro appelaient avec respect et affection "Le Grand".

 
"Au fond. pratiquement" :
ces deux expressions juxtaposées
étaient fréquentes sur ses lèvres.

Le Père Blanc, en effet, fut un "grand". Historien, poète, gestionnaire, acteur... il fut surtout un éducateur de grande valeur... d'immense douceur.

S'il était difficile de le deviner dans sa haute carrure et son corps ensoutané, son sourire et son amour de la vie, fuyant toute démagogie ou embourgeoisement, transmettaient à ceux et celles qui s'en faisaient proches, à condition d'être à la recherche du Seigneur et de quelques lumières pour mieux vivre et servir, sagesse et force. "Au fond. pratiquement" : ces deux expressions juxtaposées étaient fréquentes sur ses lèvres. Elles nous conduisaient sûrement à l'aimer en actes... sans gommer pour autant l'articulation des paroles.

Pierre Blanc a été, pour beaucoup, un guide, un accompagnateur, un formateur mais aussi un père au service du troupeau. Soucieux du "Hic et nunc", il nous tenait ouverts aux événements du monde. Sa large culture, son immense Sagesse évangélique, l'expérience de la Résistance, son amour exigeant de la Compagnie comme oeuvre du Christ, son horreur des discours et des mondanités, le mettaient loin des effusions affectives. Il fut un exemple de foi, de pauvreté, de simplicité et de ténacité. "Personne n'est de la Maisonnée tant qu'il n'a pas payé de sa personne", disait-il. Je crois qu'il pensait de même concernant "l'Eglise pour laquelle il a souffert, par laquelle il a souffert" (comme il l'écrivit dans son testament en 1989). "Nous pouvons faire tout notre possible pour entraîner au bien, mais en face de nous, nous avons des êtres libres et qui peuvent choisir le contraire", disait-il un jour au Père Moreau (SJ) de Radio Vatican.

Un "Dur du Bon Dieu" donc, qui mourut lentement d'un long cancer pénible. Voici, offert à tous, un extrait du poète qu'il fut, daté de quelques jours avant sa mort, adressé à tous ses amis.

"Je ne viens pas crier ni gémir sur ma lyre
Comme un intellectuel hors de compétition :
Tabler sur mon savoir n'est pas mon ambition
Je vis bien au présent : ni Cassandre ni sbire !

Mais je dis au Seigneur que depuis mes 20 ans
Même si je ne suis qu'une vulgaire buse,
Pour lui seul j'ai soufflé dans mon pauvre olifant.
"