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Broussard et missionnaire jusqu'au bout
Charles de BATZ
(1905 - 1999
)

Charles était le fils aîné du baron André de Batz, marquis de Mirepoix, qui quitta la Légion Etrangère pour mieux assurer l'éducation de ses trois enfants. En remontant la généalogie, on peut trouver une arrière-grand-tante, la vénérable Adèle de Batz de Trenquelléon (1789-1828), ainsi qu'un grand-oncle, le P. Gaston de Batz, premier prêtre arrivé à Ambositra (Madagascar) le 21juin 1876, et mort d'épuisement sur la route de l'exil, près de Mananjary, le 28 juillet 1883.


Encouragé par tant d'exemples, après ses études au collège Tivoli à Bordeaux, Charles entre au noviciat en 1923. Dès
1925 il part pour Madagascar accomplir son service militaire, puis travaille au collège St-Michel de Tananarive ; déjà il se préoccupe de la formation des instituteurs et catéchistes : "On peut dire sans exagération qu'un poste d'instituteur, qu'une école de moins aujourd'hui, équivaut à une chapelle de moins demain."

Rappelé en France, il peut enfin prononcer ses premiers voeux à Mons (Gers) en 1928 et entame sa formation qui se terminera en 1939 par le troisième an à St-Acheul, près d'Amiens.

La guerre est toute proche. Sergent-pionnier, il essaie, sans y parvenir, d'être incorporé dans une unité malgache et demeure en Lorraine jusqu'à l'armistice. Il est surveillant de première division au Caousou de Toulouse lorsqu'il apprend soudain, en 1941, qu'un bateau va partir pour Madagascar. Il se hâte d'embarquer, sans même avoir pu dire adieu à ses parents.
5.000 km2
32 chapelles
13 écoles
autour d'un village de 400 habitants !
En passant par le Cap de Bonne-Espérance, et sans difficulté majeure malgré les sous-marins, Charles débarque à Madagascar. Il se remet à la langue, puis sera préfet de la section française du collège de Tananarive. Mais dès 1946 il redevient "broussard" pour plus d'un demi-siècle. Dans divers secteurs successivement, il va accomplir un travail de pionnier : construire ou reconstruire des chapelles, gérer des écoles, s'occuper des instituteurs et des catéchistes... Et tout cela sur des territoires très vastes, qu'il faut parcourir en voiture, quand il y a de l'essence, ou en taxi-brousse, ou à bicyclette, ou à pied... Bienheureux encore quand son district ne fait que 5.000 km2, avec 32 chapelles et 13 écoles, autour d'un village de 400 habitants !

En 1947 éclate la grande insurrection anti-coloniale. Et si la première décennie de l'indépendance (1960-70) est relativement riche de promesses, la révolution de 72 met à l'épreuve l'Eglise et ses institutions, notamment pour l'éducation des enfants.

Peu à peu la charge apostolique lui devient très lourde, avec une santé qui se détériore progressivement. Il devient très sourd, suite à une interminable cérémonie, tête nue sous un soleil brûlant : le mal est irrémédiable. Il avait toujours souffert d'une entérite chronique qui s'aggrave avec le temps et qui nécessite plusieurs interventions chirurgicales. En 1984 il doit même être rapatrié pour de nouvelles opérations. Mais dès qu'il y est autorisé, il reprend l'avion, bien décidé à évangéliser jusqu'à sa mort.

Octogénaire puis nonagénaire, mais missionnaire jusqu'au bout, il assure la présence sacramentelle et l'aumônerie des soeurs. Ses yeux s'obscurcissent et il faut le tenir par la main pour qu'il puisse s'approcher de l'autel. Malgré ses répugnances, il se résigne à rejoindre l'infirmerie de Tananarive. C'est pendant l'eucharistie du 1er mai qu'il subit un accident cérébral auquel il ne survivra que vingt jours.