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TROISIÈME PARTIE LA CONSERVATION ET LE PROGRÈS |
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CHAPITRE 1 |
| [243] |
1. Pour admettre ceux que Dieu appelle à notre Institut en leur accordant le talent qui convient pour celui-ci, aussi bien que pour renvoyer ceux qui, ne l'ayant pas, montrent qu'ils n'ont pas été appelés par la divine Sagesse, il faut considérer ce dont il a déjà été question plus haut. Pour conserver dans leur vocation ceux que l'on garde et que l'on éprouve dans les maisons ou dans les collèges, et pour les aider de telle sorte qu'ils avancent dans la voie de Dieu en esprit et en vertus tout en tenant compte de la santé et des forces corporelles nécessaires pour travailler dans la vigne du Seigneur, il faut de même user de la considération et de la prévoyance qui sont requises. C'est pourquoi on traitera en premier lieu de ce qui concerne l'âme, ensuite de ce qui concerne le corps. |
| [244] |
2. Pour ce qui concerne l'âme, il est de très grande importance de tenir ceux qui sont dans les probations éloignés de toutes les imperfections et de tout ce qui peut faire obstacle à un plus grand progrès spirituel. Aussi convient-il beaucoup, à cet effet, qu'ils abandonnent toute relation [A], par conversation et par lettres, avec ceux qui pourraient être cause de tiédeur dans l'Institut qui leur est proposé; et, alors qu'ils avancent dans la voie de l'esprit [B], qu'ils ne traitent qu'avec des personnes et de choses qui les aident dans le service divin à atteindre ce qu'ils s'étaient fixé comme but à leur entrée dans la Compagnie(1). (1) Expliqué: NC 53. (Au sujet de saines relations avec d'autres). |
| [245] |
A. Si, en quelque lieu, quelqu'un est importuné ou fortement troublé par des hommes qui n'avancent pas bien dans la voie de l'esprit, le Supérieur verra s'il est opportun de l'envoyer dans un autre lieu, où il pourra s'adonner plus aisément au service divin. Dans ce cas, le Supérieur auquel il est envoyé doit être informé de ce qui le concerne autant qu'il le faut pour mieux l'aider, lui et les autres dont il a la charge. |
| [246] |
B. S'il semble qu'on doive parfois lui permettre de s'entretenir avec des parents ou avec des amis qu'il avait quand il était dans le siècle, ce sera en présence de quelqu'un que le Supérieur aura désigné, et brièvement, à moins que, pour des raisons particulières, celui qui a la principale responsabilité en ait décidé autrement(2). [De même aussi, si quelqu'un de ceux qui sont dans la maison écrivait à quelqu'un d'autre, il ne le fera qu'après en avoir obtenu la permission et en montrant la lettre à celui que le Supérieur aura mandaté. Si c'était à lui qu'une lettre était envoyée, celle-ci sera d'abord donnée à celui qui aura été désigné par le Supérieu r; après l'avoir lue, il la donnera ou ne la donnera pas au destinataire, selon ce qu'il estimera opportun dans le Seigneur pour son plus grand bien et pour la gloire de Dieu](3). (2) Expliqué : NC 53. (Cf.
note précédente). |
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3. Pour la même raison, ils ne doivent pas sortir de la maison, sinon quand et avec qui le Supérieur le jugera bon [C]. Dans la maison, ils ne converseront pas les uns avec les autres selon leur choix, mais avec ceux que le Supérieur aura désignés [D], et dont l'exemple et les conversations spirituelles seront pour eux cause d'édification, non de faute, et les feront progresser dans le Seigneur. |
| [248] |
C. Le Supérieur verra si certains, en qui il semble qu'on doive avoir confiance, peuvent être envoyés seuls. Il verra de même si l'on doit donner ou non à certains une permission générale ; ou bien, si c'est non, s'il faut la demander chaque fois qu'ils sortent de la maison. |
| [249] |
D. Il ne convient pas, la plupart du temps, que les novices aient
des conversations entre eux; mais qu'ils gardent le silence entre eux,
sauf pour les choses pour lesquelles il est nécessaire de parler. Ils
traiteront plutôt avec des gens mûrs et prudents, qui auront été désignés
pour chacun par le Supérieur. De même aussi, si deux novices ont leur
lit dans la même chambre, l'un des deux sera tel qu'avec lui on n'ait
aucun doute que l'autre tirera profit de sa compagnie; et, pour la même
raison, entre les chambres données à part à chacun des plus jeunes il
est bon que se trouvent quelques-uns des plus anciens. |
| [250] |
4. Tous veilleront, avec beaucoup de soin, à garder les portes de leurs sens de tout désordre, spécialement les yeux, les oreilles et la langue, à se maintenir dans la paix et la vraie humilité intérieure, et à le montrer par le silence, quand il faut le garder, et, quand il faut parler, par le caractère réfléchi et édifiant de leurs paroles, ainsi que par la modestie du visage, par la maturité dans la démarche et tous les mouvements, sans aucune marque d'impatience ou d'orgueil. En tout, ils s'efforceront et auront le désir de donner la préférence aux autres, les estimant tous en leur âme comme leurs supérieurs, et extérieurement leur manifestant, avec simplicité et modération religieuse, le respect et la révérence que demande l'état de chacun. Ainsi, en se considérant les uns les autres, ils grandiront en dévotion et loueront notre Dieu et Seigneur que chacun s'efforcera de reconnaître en l'autre comme en son image. |
| [251] |
5. Dans la réfection du corps, on doit veiller à observer en toutes choses la tempérance, la modestie et la décence intérieure et extérieure; on commencera par la bénédiction et on finira par l'action de grâces, que tous doivent faire avec la dévotion et la révérence qui conviennent. Et, pendant que le corps se refait en mangeant, on donnera aussi à l'âme sa nourriture en lisant un livre plutôt pieux que difficile, qui soit accessible et profitable à tous; ou pendant ce temps, quelqu'un à qui le Supérieur l'aura ordonné prêchera, ou l'on fera quelque chose du même genre [E] pour la gloire de Dieu(4). (4) Expliqué. (La 31° C.G. d. 20 n. 1 a confié au Préposé Général le soin de prévoir, dans sa sagesse, la manière de faire dans chaque Province ou Région en ce qui concerne la lecture à table). |
| [252] |
E. Une chose du même genre sera la lecture de lettres édifiantes, ou quelque autre exercice qui parfois paraîtrait convenir. |
| [253] |
6. Tous, tant qu'ils sont en bonne santé, seront occupés à des choses spirituelles ou extérieures. Quant à ceux qui ont un emploi ou un service déterminé, de même qu'on doit leur assurer une aide, si cela est nécessaire, de même doivent-ils aussi, quand il leur reste du temps, s'occuper à d'autres choses, afin que l'oisiveté, qui est à l'origine de tous les maux, n'ait pas de place dans notre maison, autant que faire se peut. |
| [254] |
7. Pour que tous commencent à faire l'expérience de la vertu de la sainte pauvreté, on leur apprendra qu'ils ne doivent utiliser aucune chose comme leur étant personnelle. Il n'est cependant pas nécessaire qu'ils renoncent à la propriété de leurs biens [F] pendant la probation, à moins que, à la fin de la première année, le Supérieur n'en donne l'ordre(5) parce qu'il juge que ces biens sont pour quelqu'un une occasion de tentations et de moindre progrès en esprit, tellement il s'y attache avec un amour immodéré ou trop de confiance. Et dès lors, que celui qui se dépouille de ses biens suive les conseils du Christ [G]; cependant, selon sa dévotion, il pourra distribuer ses biens, ou une partie de ceux-ci, en faveur de telle œuvre plutôt que de telle autre, selon qu'il comprendra dans le Seigneur que cela convient davantage pour le bon plaisir de Dieu, comme on l'a dit dans l'Examen. (5) Expliqué : NC 32. (Comment comprendre et faire cette renonciation). |
| [255] |
F. Renoncer à la propriété de ses biens est à comprendre autant des biens personnels que l'on a actuellement en son pouvoir ou au pouvoir d'autres, que des droits et actions en justice concernant les biens qu'on espère, que ce soit des biens séculiers ou des biens ecclésiastiques. Quant au moment où cela doit se faire, on laissera cela au jugement du Préposé Général ou de celui auquel il aura délégué ce pouvoir. |
| [256] |
G. Avant d'entrer, chacun peut décider à sa guise de ses biens temporels.
Mais, après qu'il est entré, il faut qu'il dispose des biens ecclésiastiques
comme des biens séculiers comme il convient à un homme qui marche dans
la vie spirituelle. |
| [257] |
8. Ils comprendront aussi qu'ils ne peuvent absolument rien prêter, ni recevoir, ni distribuer de ce qui est à la maison, sans que le Supérieur ne le sache et ne donne son consentement. |
| [258] |
9. Celui qui, en entrant ou après être entré dans l'obéissance, mû par sa dévotion, voudrait distribuer ses biens ou une partie de ceux-ci pour aider la Compagnie, ferait sans aucun doute œuvre d'une plus grande perfection, œuvre de renoncement et d'abnégation de tout amour propre, en ne se laissant aller à quelque tendre attachement pour des lieux particuliers, et en n'appliquant pas, à cause de cet attachement, ses biens à l'un plutôt qu'à l'autre [H]. Bien plutôt, en souhaitant le bien plus grand et plus universel de la Compagnie (elle qui a été tout entière fondée pour une plus grande gloire de Dieu et un bien universel ainsi que pour être utile aux âmes), il laissera à celui qui a la charge de toute la Compagnie de juger si ces biens doivent être appliqués à tel lieu plutôt qu'à tel autre de la même Province; car celui-ci peut, mieux que personne d'autre, comprendre ce qui convient et ce qui est le plus urgent dans tous les lieux de cette Province, en tenant compte des rois, des princes et des autres autorités, pour ne leur donner aucune raison de s'offenser. Mais que tout cède la place à une plus grande édification de tous, à ce qui est utile au bien spirituel des âmes et à la gloire de Dieu. |
| [259] |
H. Les Recteurs ou les Supérieurs locaux ou les Provinciaux ou tous les autres avec qui traitera celui qui a le désir de distribuer ses biens, doivent, en cela comme en tout le reste, lui montrer ce qui est plus parfait et ce qui est d'un plus grand mérite devant Dieu. Cependant, s'ils voyaient en lui une inclination pour un lieu plutôt que pour un autre, bien que ce soit imparfait, même s'il voulait soumettre son jugement à celui du Supérieur, ils pourront pourtant en informer le Préposé Général ou celui qui le remplace, pour savoir s'ils doivent tolérer quelque imperfection de ce genre, dans l'espoir qu'elle disparaîtra un jour et que la divine Bonté suppléera à ce qu'on voit manquer, pour sa plus grande gloire et pour une plus grande perfection personnelle. |
| [260] |
10. On leur apprendra à se garder des illusions du démon dans les exercices spirituels et comment se défendre contre toutes les tentations; qu'ils connaissent aussi les moyens auxquels ils peuvent avoir recours pour les vaincre; et qu'ils s'appliquent à acquérir les vertus vraies et solides, qu'ils aient beaucoup de visites spirituelles, ou qu'ils en aient peu. Ils s'efforceront toujours de progresser dans la voie du service divin. |
| [261] |
11. Ils pratiqueront chaque jour l'examen habituel de leur conscience et ils s'approcheront au moins tous les huit jours des sacrements de la confession et de la communion(6), à moins que le Supérieur, pour quelque raison, ne juge différemment. [Il y aura pour tous un seul confesseur, désigné par le Supérieur](7); si cela n'est pas possible [I], que chacun ait son confesseur fixe à qui sa conscience sera totalement ouverte; [ce confesseur n'ignorera pas quels cas se réserve le Supérieur. Seront réservés les cas qu'il lui semblera nécessaire ou très opportun de connaître, pour pouvoir mieux y remédier, et pour mieux préserver ceux dont il a la charge de tout ce qui leur nuirait](8). (6) Modifié : CIC 263 § 2 et CCEO 473, 474 § 1.
(A propos de la fréquence dans la réception des sacrements). |
| [262] |
I. Il se pourrait que cela ne soit pas possible sans inconvénients en raison du grand nombre, ou bien parce que quelqu'un semblerait pouvoir être davantage aidé par un autre confesseur que par le confesseur ordinaire pour des raisons qui pourraient se présenter; le Supérieur examinera ces raisons et fera ce qu'il jugera convenir dans le Seigneur. |
| [263] |
12. Il sera très utile qu'il y ait à la maison un homme fidèle et suffisamment versé dans les choses spirituelles [K] qui les instruise et leur enseigne comment ils doivent se comporter intérieurement et extérieurement, qui les y exhorte, qui le rappelle et les reprenne avec amour; quelqu'un qui soit aimé de tous ceux qui sont en probation, et à qui ils recourent dans leurs tentations, à qui ils découvrent avec confiance tout ce qui les concerne et dont ils espèrent dans le Seigneur consolation et aide en toutes choses. On les avertira qu'ils ne doivent cacher aucune tentation, sans la découvrir à celui-ci, ou à leur confesseur, ou au Supérieur, bien plus qu'ils soient très heureux que leur âme leur soit entièrement connue. Et ils ne découvriront pas seulement leurs défauts, mais encore les pénitences ou les mortifications et les dévotions et toutes leurs vertus, souhaitant avec une pure volonté être dirigés par eux partout où ils auraient dévié de la voie droite, ne voulant pas être conduits par leur propre sentiment si celui-ci n'est pas en accord avec le jugement de ceux qui tiennent pour eux la place du Christ notre Seigneur. |
| [264] |
K. Ce sera le Maître des novices, ou celui que le Supérieur nommera à cette charge comme étant plus apte. |
| [265] |
13. Il faut aller au-devant des tentations par ce qui leur est opposé: par exemple, quand on se rend compte que quelqu'un est enclin à l'orgueil, on doit l'exercer dans des choses basses qui semblent devoir être utiles pour l'humilier. Et on fera de même pour les autres inclinations mauvaises de l'âme. |
| [266] |
14. En outre, pour la bonne tenue et pour la décence, il convient que les femmes n'entrent pas dans les maisons ni dans les collèges [L], mais seulement dans les églises(9). Qu'il n'y ait pas non plus d'armes dans la maison, ni d'instruments qui servent à des choses vaines [M], mais seulement ce qui est une aide pour la fin que s'est fixée la Compagnie, le service et la louange de Dieu. (9) Expliqué: NC 147 § 3,327 §§ 2-3. |
| [267] |
L. Que les femmes n'entrent pas dans les maisons ni dans les collèges de la Compagnie: cela doit être presque toujours observé; mais si elles étaient remarquables par une charité exceptionnelle ou par leur autorité jointe à la charité, la prudence du Supérieur pourrait, pour de justes raisons, accorder une dispense pour que, si elles le désirent, elles entrent pour une visite. |
| [268] |
M. Par exemple [des jeux ou des instruments de musique](10), ainsi que des livres profanes ou d'autres choses de ce genre. (10) Abrogé par la 34 C.G. (Cette norme doit être regardée comme obsolète). |
| [269] |
15. Quand il s'agit d'imposer corrections et pénitences, la manière de faire qui doit être observée [N] sera laissée à la charité prudente du Supérieur et de ceux qu'il aurait mis à sa place. En ce domaine, ils tiendront compte des dispositions des personnes et de l'édification générale et particulière de chacun, pour la gloire de Dieu. Et chacun devrait accepter ces pénitences de bon gré, avec un vrai désir d'amendement et de progrès spirituel, même si elles étaient données pour une faute dont on n'est pas coupable. |
| [270] |
N. En matière de corrections, bien que la prudence exercée en des cas particuliers puisse modifier l'ordre qui suit, il faut observer qu'on reprendra en premier lieu avec amour et douceur ceux qui pèchent; deuxièmement, avec amour certes, mais pourtant de telle façon qu'ils se sentent confus et honteux; troisièmement, on ajoutera à l'amour ce qui les frappera de crainte. Pour les fautes publiques, la pénitence doit être publique, mais en ne faisant connaître que ce qui provoque l'édification de tous. |
| [271] |
16. On nommera dans la maison un syndic(11) dont la charge sera de veiller chez tous à ce qui touche à la bonne tenue et à la décence extérieure, allant par l'église et par la maison, notant ce qui ne convient pas et en avisant le Supérieur, ou avertissant celui qui est fautif, si le pouvoir lui en est donné pour qu'il s'acquitte plus utilement de sa charge dans le Seigneur. (11) (La charge de syndic est ordinairement confiée au ministre, qui est aidé par un sous-ministre dans les maisons importantes). |
| [272] |
17. Tous veilleront à tirer du fruit des maladies du corps, non seulement pour eux-mêmes, mais aussi pour l'édification des autres, en ne se montrant ni impatients, ni tristes, mais bien plutôt en ayant et en manifestant une grande patience et en obéissant au médecin et à l'infirmier, usant de paroles pieuses et édifiantes qui montrent qu'ils acceptent la maladie comme un don de la main de notre Créateur et Seigneur, puisqu'elle ne l'est pas moins que la santé. |
| [273] |
18. Autant que cela est possible, ayons tous les mêmes sentiments, disons tous la même chose, selon ce que dit l'Apôtre. On n'admettra donc pas de différences dans la doctrine(12) [O] ni par la parole dans les sermons ou les cours publics, ni dans les livres; ceux-ci ne pourront être publiés sans l'approbation et le consentement du Préposé Général, qui en confiera l'examen à au moins trois personnes ayant une saine doctrine et un jugement clair dans la discipline en question(13). Bien plus, pour ce qui concerne le jugement sur les choses qu'il faut faire, on doit éviter, autant que possible, la diversité, qui est ordinairement mère de la discorde et l'ennemie de l'union des volontés. On doit veiller avec grand soin à l'union et à la conformité des vues entre les uns et les autres; et on ne doit pas permettre ce qui s'y oppose [P], afin que, unis entre eux par le lien de la charité fraternelle, ils puissent s'employer mieux et plus efficacement au service divin et à l'aide du prochain. (12) (Sur la doctrine à enseigner
dans la Compagnie, cf. NC 99-105). |
| [274] |
O. On ne doit pas admettre d'opinions nouvelles; et si quelqu'un avait un sentiment en désaccord avec ce que tiennent communément l'Église et ses docteurs, il doit soumettre son sentiment à ce qui est défini par la Compagnie elle-même, comme cela a été expliqué dans l'Examen. Sur les opinions pour lesquelles les docteurs catholiques ont des positions différentes ou opposées, on doit veiller à ce qu'il y ait aussi une unité de vue dans la Compagnie. |
| [275] |
P. On ne souffrira entre ceux de la maison ni trouble ni emportement des uns à l'égard des autres; si quelque chose de ce genre arrivait, on veillera à ce qu'ils se réconcilient aussitôt, avec la pénitence qui convient. |
| [276] |
19. Pour faire des progrès dans les vertus, le bon exemple des plus anciens est d'une grande aide qui encourage les autres à les imiter. Celui qui est à la tête des autres (à moins que, pour des raisons particulières, il juge qu'il convient de faire autrement) et tous les autres prêtres qu'il estimera devoir le faire, prendront quelquefois, au cours de l'année et pendant quelque temps, l'emploi ou les emplois de ceux qui servent dans la maison, afin de leur rendre plus agréable ce service où ils ont été placés pour un plus grand service et une plus grande gloire de Dieu. |
| [277] |
20. On expliquera, quelques jours chaque semaine, la doctrine chrétienne ainsi que la manière de faire une bonne et fructueuse confession [Q], de communier, d'entendre et de servir la messe, de prier, de méditer et de lire, selon la capacité de chacun(14). On veillera non seulement à ce qu'ils apprennent ce qui convient, mais aussi à ce qu'ils retiennent dans leur mémoire et pratiquent ce qu'ils ont appris. Tous consacreront leur temps aux choses spirituelles et s'attacheront à chercher la dévotion dans la mesure où la grâce de Dieu la leur communiquera. Dans ce but, il sera bon de donner, à ceux qui ne les ont pas encore faits, quelques Exercices Spirituels [R], ou tous ceux-ci, selon ce qu'on jugera convenir à chacun dans le Seigneur. (14) Expliqué : NC 48 § 1. |
| [278] |
Q. Outre la manière de bien se confesser, [on leur indiquera aussi un temps pour le faire; s'ils ne se confessaient pas au cours de ce temps, on leur supprimera la nourriture du corps jusqu'à ce qu'ils prennent celle de l'esprit](15) . Et celui qui se serait confessé à un autre qu'à son confesseur désigné, doit(16) ensuite, autant qu'il pourra s'en souvenir, ouvrir toute sa conscience à son propre confesseur, pour que celui-ci, sans rien en ignorer, puisse mieux l'aider dans le Seigneur. (15) Abrogé. (En vertu
de CIC 630 § 1 : Les Supérieurs laisseront aux religieux la liberté concernant
le sacrement de pénitence.. " ; cf. aussi CCEO 473 § 2, 2°; 474 § 2). |
| [279] |
R. Ceux qui d'eux-mêmes ont l'intelligence des Exercices Spirituels
et y progressent facilement et qui possèdent une méthode pour bien y avancer,
ou ceux qui sont affectés à d'autres occupations, pourront être totalement
ou au moins partiellement dispensés de ces règles communes par les Supérieurs.
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| [280] |
21. Ii convient que tous, à moins que quelqu'un en soit exempté par le Supérieur, s'exercent à prêcher dans la maison [S]; par là, outre qu'il est utile d'y consacrer l'une ou l'autre heure après le repas, ils s'encourageront et acquerront une certaine pratique de la voix, de l'expression et du reste, et ils donneront aussi une marque du talent que Dieu leur accorde en ce domaine, et exprimeront leurs bonnes pensées pour leur propre édification et celle du prochain, en traitant souvent de ce qui touche à l'abnégation de soi, au progrès dans les vertus et à toute sorte de perfection, s'y exhortant mutuellement, spécialement à l'union et à la charité fraternelle. |
| [281] |
S. Ceux qui prêchent dans la maison ne feront de remontrances à aucun de leurs frères de la maison ou de la Compagnie. De même ceux qui prêchent dans les églises s'en garderont, à moins que le Supérieur n'ait été consulté auparavant à ce sujet. Mais chacun peut se stimuler, en même temps que ses frères, à aller de l'avant dans un plus grand service de Dieu (ce qui convient davantage dans les sermons faits à la maison que dans ceux faits en public à l'église). |
| [282] |
22. Il sera grandement utile de s'acquitter avec dévotion, autant que faire se pourra, des emplois où s'exercent davantage l'humilité et la charité. Et, d'une façon générale, plus quelqu'un se liera étroitement à Dieu et plus il se montrera généreux envers la divine Majesté [T], plus aussi il fera l'expérience de sa générosité envers lui et plus il sera disposé à recevoir, jour après jour, des grâces et des dons spirituels plus abondants. |
| [283] |
T. Se lier davantage à Dieu et se montrer généreux envers lui, c'est
se livrer entièrement et irrévocablement au service divin, ce qui est
le propre de ceux qui, ayant prononcé des vœux, se consacrent à Dieu.
Mais, bien que ceci aide beaucoup pour recevoir une grâce plus abondante,
il ne faut pourtant donner à personne l'ordre de le faire, ni l'y contraindre
en aucune manière pendant les deux premières années. |
| [284] |
23. Il importe avant tout pour leur progrès et il est très nécessaire que tous s'adonnent à une obéissance parfaite, reconnaissant le Supérieur, quel qu'il soit, comme tenant la place du Christ notre Seigneur, et ayant intérieurement pour lui révérence et amour. Et ce n'est pas seulement dans une exécution extérieure de ce qu'il commande qu'ils obéiront entièrement et promptement, courageusement et avec l'humilité requise, sans excuses ni murmures, même s'il ordonne des choses difficiles et qui répugnent à la sensibilité [V]; mais ils s'efforceront aussi d'avoir intérieurement le renoncement et l'abnégation vraie de leur volonté propre et de leur jugement, conformant totalement leur volonté et leur jugement avec ce que le Supérieur veut et pense, en toutes les choses où l'on ne verrait pas de péché(17), prenant la volonté et le jugement de leur Supérieur pour règle de leur volonté et de leur jugement, afin de se conformer de plus près à la première et souveraine règle de toute bonne volonté et de tout jugement, qui est la Bonté et Sagesse éternelle. (17) Expliqué : NC 154. (Pour les cas d'un conflit de conscience). |
| [285] |
V. Il sera bon que les Supérieurs donnent parfois l'occasion, à ceux qui sont en probation, de pratiquer les vertus d'obéissance et de pauvreté en les mettant à l'épreuve pour leur plus grand bien spirituel, à la façon dont le Seigneur mit Abraham à l'épreuve, pour qu'ils donnent un témoignage de leur vertu et grandissent en elle. Mais on ne le fera, autant que possible, qu'en le mesurant et le proportionnant aux forces de chacun, suivant ce que dictera le discernement. |
| [286] |
24. Et, pour s'exercer davantage dans l'obéissance, il convient et il est aussi très nécessaire qu'ils obéissent non seulement au Supérieur de la Compagnie ou de la maison, mais aussi aux chargés d'offices subalternes qui ont reçu de lui autorité, dans tous les domaines où ils ont un pouvoir sur eux. Ils s'habitueront à ne pas regarder qui est celui à qui ils obéissent, mais qui est Celui à cause de qui et à qui ils obéissent en tout, le Christ notre Seigneur. |
| [287] |
25. Que tous aiment la pauvreté comme une mère et, selon la mesure d'un saint discernement, qu'ils en expérimentent à certains moments quelques effets; et, comme il a été dit dans l'Examen, qu'ils soient prêts, au terme de la première année, à distribuer leurs biens temporels, à quelque moment que le Supérieur en donnerait l'ordre(18) selon la manière qui leur a été proposée dans l'Examen. (18) Expliqué NC 32. |
| [288] |
26. Tous s'efforceront d'avoir une intention droite, non seulement en ce qui regarde leur état de vie, mais aussi dans toutes les choses particulières, ayant toujours sincèrement en vue en celles-ci de servir la divine Bonté et de lui plaire pour Elle-même, à cause de l'amour et des bienfaits singuliers dont elle nous a prévenus, plutôt que par la crainte des peines ou l'espoir des récompenses, bien qu'ils doivent aussi en être aidés. On les exhortera souvent à chercher Dieu en toutes choses, se dépouillant, autant qu'il est possible, de l'amour de toutes les créatures pour mettre toute leur affection dans le Créateur de celles-ci, L'aimant dans toutes les créatures et aimant toutes les créatures en Lui, conformément à Sa très sainte et divine volonté. |
| [289] |
27. Ce à quoi s'appliqueront ceux qui sont en probation dans les maisons de la Compagnie doit être ce qui les aidera davantage à l'abnégation de soi dont on a parlé plus haut et à croître en vertus et en dévotion. Quant aux études de lettres, il n'y en aura pas, pour parler d'une manière générale, dans les maisons [X], sauf si l'on croyait nécessaire d'accorder à quelques-uns une dispense, pour des raisons spéciales(19). Car les collèges sont faits pour apprendre les lettres, les maisons pour mettre en œuvre ce qu'ils ont appris, ou bien pour en préparer le fondement, celui de l'humilité et de toute vertu, chez ceux qui vont s'y consacrer. (19) Expliqué : NC 55 § 1. (Sur la possibilité de faire des études au noviciat). |
| [290] |
X. Bien que, en général, il n'y ait pas d'études de lettres dans les maisons de la Compagnie, cependant tous ceux qui s'emploient à prêcher et à confesser peuvent étudier ce qui leur sera utile(20). Et si, pour quelqu'un en particulier, il convenait d'étudier aussi d'autres choses, on laisse à la prudence du Supérieur d'examiner cela et d'accorder une dispense en ce domaine. (20) (Cf. NC 240-243 sur la formation continue). |
| [291] |
28. Ii y aura quelqu'un qui, chaque semaine ou au moins tous les quinze jours, rappellera toutes ces choses et d'autres semblables; ou bien on sera tenu de les relire, de peur que, en raison de la fragilité de notre condition, les ayant oubliées, on cesse ainsi de les mettre en pratique. Et tous, quelquefois chaque année, demanderont au Supérieur de leur ordonner des pénitences pour avoir manqué à l'observation des Règles, pour que ce souci soit une marque du souci que chacun a de son progrès spirituel dans la voie de Dieu. |
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CHAPITRE 3 |
| [292] |
1. De même qu'une préoccupation excessive en ce qui concerne le corps est répréhensible, de même un souci modéré de conserver la santé et les forces corporelles pour le service divin est louable; et tous doivent l'avoir. C'est pourquoi, quand ils remarqueront qu'une chose leur est nuisible ou qu'une autre leur est nécessaire concernant la nourriture, le vêtement, le logement, l'emploi ou le travail, et les autres choses, tous en avertiront le Supérieur ou celui que le Supérieur aura désigné pour cela. Ce faisant, ils observeront deux choses. La première: avant de lui en faire part, ils se recueilleront pour prier et, après la prière, s'ils sentent qu'il faut présenter l'affaire au Supérieur, ils le feront. La seconde: après avoir exposé l'affaire au Supérieur de vive voix ou brièvement par écrit de peur qu'il ne l'oublie, ils lui en abandonneront tout le soin et estimeront que ce qu'il décidera sera le mieux, sans continuer à lutter ou à insister [A] par eux-mêmes ou par un autre (qu'il accorde ce qui est demandé ou non). Ils doivent en effet se persuader que ce que le Supérieur, après avoir compris la chose, aura jugé bon dans le Seigneur est ce qui convient davantage pour le service divin et pour leur plus grand bien. |
| [293] |
A. Bien que celui qui expose ce qu'il estime lui être nécessaire ne doive pas, de lui-même, demander à nouveau la même chose ni faire d'instances, pourtant, si le Supérieur n'avait pas encore assez compris et s'il voulait davantage d'explications, il faudra les lui donner. Et s'il arrivait qu'il oublie de s'occuper de la chose, alors qu'il avait pourtant manifesté vouloir le faire, il n'y a pas d'inconvénient à le lui rappeler ou à le lui présenter à nouveau, avec la modestie voulue. |
| [294] |
2. On fixera, autant que cela pourra se faire [B], l'heure des repas, du coucher et du lever, que tous, en général, observeront. |
| [295] |
B. Quoique tous doivent, en général, observer l'horaire pour les repas et le sommeil, si cependant, pour des raisons particulières, autre chose convenait pour quelqu'un, le Supérieur verra s'il doit le dispenser ou non. |
| [296] |
3. Pour ce qui concerne la nourriture, l'habillement, l'habitation [C] et les autres choses nécessaires pour le corps, tout en maintenant ce qui éprouve la vertu et l'abnégation de soi, on veillera, avec l'aide de Dieu, à ce qu'on ne manque pas de quoi soutenir la nature et la conserver pour le service et la louange de Dieu, en tenant compte des personnes selon ce qui convient dans le Seigneur. |
| [297] |
C. Pour ce qui concerne le vêtement, on tiendra compte de sa finalité,
qui est de nous préserver et des injures du froid et de l'indécence. Du
reste, il convient que ceux qui sont en probation soient aidés, dans la
manière de se vêtir, à vivre la mortification et l'abnégation de soi,
et à fouler aux pieds le monde et ses vanités. Et cela, en tenant compte
de la nature, autant que le permettent les usages, les emplois et les
autres circonstances propres aux personnes. |
| [298] |
4. De même qu'il n'est pas bon de charger quelqu'un de tant de travail physique que l'esprit en soit étouffé et que le corps en pâtisse [DI, de même aussi un peu d'exercice physique, qui aide l'esprit et le corps, convient ordinairement à tous, même à ceux qui ont à s'appliquer aux exercices de l'esprit. Ceux-ci devraient du moins être interrompus par des exercices extérieurs et ne pas être prolongés ni entrepris sans la mesure du discernement. |
| [299] |
D. Après le repas de midi, surtout en été, pendant une heure ou deux, on ne doit pas permettre, autant qu'il se peut, des exercices trop lourds de corps ou d'esprit. Si la nécessité l'exige, avec toute la charité possible, on doit mesurer et régler cela. On pourra, pendant ce temps, s'occuper à d'autres exercices plus légers. Mais même en dehors de ces heures, ils ne devront pas trop prolonger leurs travaux sans quelque détente ou récréation convenable. |
| [300] |
5. Le châtiment du corps ne doit pas être immodéré, ni sans discernement, dans les veilles, les jeûnes [E], les autres pénitences extérieures et les travaux [F], qui habituellement nuisent et empêchent de plus grands biens. Pour cette raison, il convient que chacun découvre à son confesseur ce qu'il fait dans ce domaine. Si celui-ci juge qu'on dépasse la mesure ou s'il a des doutes sérieux là-dessus, qu'il le renvoie au Supérieur. Tout cela, pour que l'on procède avec plus de lumière et pour qu'une plus grande gloire soit rendue à notre Seigneur Dieu dans nos âmes et dans nos corps. |
| [301] |
E. Le temps à donner au sommeil paraît devoir être en général de six à sept heures; et on ne doit pas dormir sans chemise, sauf en cas de nécessité reconnue par le Supérieur. Mais comme en raison de la grande diversité des personnes et des tempéraments on ne peut pas prescrire une règle fixe, on laissera à la prudence du Supérieur le soin de raccourcir ou de prolonger cette durée; il veillera à ce que chacun garde ce qu'exigent les besoins de la nature. |
| [302] |
F. Bien que chacun doive être prêt à prendre tout emploi qui lui aura été imposé, on fera pourtant attention de placer, autant que possible, dans ceux qui demandent des hommes plus robustes et plus forts (comme la sacristie, la porterie et l'infirmerie), des hommes qui aient la constitution physique que demande la nature des emplois. |
| [303] |
6. Qu'il y ait dans la maison quelqu'un qui ait la haute main sur ce qui concerne une bonne santé physique, aussi bien pour la conserver chez ceux qui sont valides (et spécialement chez ceux qui sont plus faibles en raison de leur âge ou pour d'autres causes), que pour la rétablir chez ceux qui sont malades. Tous ceux qui se sentent aller particulièrement mal [G] doivent le lui faire savoir, afin qu'il les pourvoie, comme le requiert la charité, du remède qui convient. |
| [304] |
G. On aura grand soin des malades; l'infirmier, dès qu'il aura appris
leur maladie, préviendra le Supérieur, s'il pense que la chose est de
quelque importance, et on appellera le médecin; il devra y en avoir ordinairement
un seul, à moins que, dans des cas particuliers, le Supérieur ne soit
d'un autre avis. On suivra autant que possible ce que le médecin aura
prescrit pour la nourriture et les médicaments. Et le malade ne se préoccupera
en rien de ceux-ci; mais il s'efforcera plutôt de s'exercer à la patience
et à l'obéissance, en laissant le soin de tout le reste au Supérieur et
à ses ministres, par qui la divine Providence le dirige. |
| [305] |
7. Pour ce qui concerne la conservation des choses temporelles, outre le soin qu'imposent à tous la charité et la raison, il sera juste que cette charge soit particulièrement confiée à quelqu'un, pour qu'il en ait soin comme des biens propres de jésus Christ notre Seigneur. Pour les autres charges nécessaires, il faut aussi faire en sorte qu'il y ait le nombre qu'il faut de chargés d'offices, spécialement pour celles qui se font plus convenablement à la maison qu'à l'extérieur [H]. Et il est bon que les Coadjuteurs temporels apprennent ces charges, s'ils les ignorent, toutes choses étant toujours ordonnées à une plus grande gloire de Dieu notre Créateur et Seigneur. |
| [306] |
H. Par chargés d'offices pour des choses qui se font plus convenablement à la maison qu'à l'extérieur, on entend le blanchisseur, le coiffeur et autres chargés d'offices semblables qu'il est bon d'avoir, si possible, dans la maison. |
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