|
|
|
Introduction au décret 9 de la
34 ème CG :
La pauvreté |
|
INTRODUCTION La commission 9 fut chargée de la question "Vie religieuse et communautaire". Ce domaine étant très ample, il fut décidé de travailler par sous-commissions. Le présent décret sur notre pauvreté personnelle et communautaire fut rédigé par une sous-commission qui a suivi les orientations que lui avait données au départ la commission en réunion plénière. Les orientations données par la commission étaient elles-mêmes le fruit de plusieurs réunions au cours desquelles avaient été abordés les points suivants : 1) Les lumières et les ombres dans une pratique de la pauvreté telle que cela apparaissait dans les Provinces auxquelles appartenaient les membres de la commission. 2) Les faits et les réflexions sur la pauvreté que donnait le document de statu Societatis. 3) Quelques rencontres particulières au cours desquelles tous les membres de la commission essayèrent de répondre à trois questions : a) qu'est-ce qui n'avait pas été dit ou, du moins, pas suffisamment dit concernant la pauvreté lors des dernières Congrégations Générales ? b) quels étaient les points qui, au sujet de la pauvreté, étaient regardés comme plus importants et sur lesquels, vingt ans après la 32ème Congrégation Générale, mais dans des circonstances aujourd'hui quelque peu différentes, on pensait qu'il fallait insister ? c) Quels moyens et quelles mesures semblaient mieux convenir pour mettre en pratique les normes déjà données ou celles qui pourraient être données, afin de vivre une authentique pauvreté personnelle et communautaire ? Aussi bien en formulant ces questions qu'en essayant d'y répondre, on ne perdait pas de vue les postulats, au nombre de plus de soixante, venus de nombreuses Provinces et qui concernaient notre vie spirituelle et communautaire. Quinze de ces postulats parlaient de la pauvreté. Et deux traits étaient prédominants : en premier lieu, étaient répétés des mots commençant par "re-": "réaffirmer", "réétudier", "rénover", "revivifier", ou bien des synonymes de ces mots, comme Il actualiser", "urger", "souligner"... Le second trait était que l'on demandait des choses concrètes plutôt que des théories : les postulats répétaient qu'on demandait "des directives", "des normes d'action", "des aides"... La sous-commission interpréta ces deux traits comme l'avait déjà fait le Coetus Praevius. Dans sa Relatio Praevia, celui-ci avait écrit : "on peut dire qu'il a été beaucoup écrit et légiféré sur la matière dont traitent tous ces postulats ; mais il est évident que le corps de la Compagnie sent la nécessité d'être animé et stimulé. Un certain désir d'originalité ne devrait pas porter la Congrégation Générale à renoncer à dire un mot sur ce qui qualifie notre vie spirituelle (aussi, notre pauvreté) et le témoignage évangélique que nous donnons". Après avoir fait face à une tendance minoritaire dans la commission, estimant que celle-ci devait se limiter à une réélaboration et à une modification des Normes Complémentaires sur la pauvreté, les dernières Congrégations Générales en ayant suffisamment parlé, et en raison de tous les faits évoqués ci-dessus, la sous-commission dans ce texte a voulu, d'un côté, "redire" dans des circonstances nouvelles beaucoup de ce qui avait été dit - et que nous étions pourtant très loin d'avoir mis en pratique et, d'un autre côté, mettre en relief des aspects nouveaux, moins soulignés jusqu'ici, qui pourraient nous motiver profondément pour faire face aux nouveaux défis que rencontrait notre pauvreté. Aussi souligna-t-on, dans la mesure où le permet un texte bref, la dimension prophétique de la pauvreté (le décret 12 de la 32ème Congrégation Générale avait fort bien souligné son caractère apostolique), la valeur de la gratuité dans un monde si peu gratuit comme est le nôtre, la nécessité d'une expérience personnelle de proximité avec les pauvres pour changer nos habitudes de penser et d'agir, en vivant la pauvreté comme une grâce, ainsi que la vivait saint Ignace. En plus de ces paroles motivantes et encourageantes, la commission voulut aussi répondre aux demandes d'orientations et d'aides pour une revitalisation de notre marche à la suite du Christ pauvre et humble. Ces deux propos - "redire" et "orienter" - furent toujours présents au long des différentes phases de la rédaction du document. Les suggestions faites par d'autres commissions et par des individus, le débat qui suivit dans l'Aula et les amendements reçus permirent d'introduire des modifications qui vinrent enrichir le document. Parmi les modifications les plus significatives on pourrait indiquer les suivantes : 1) Le désir d'expliciter davantage le caractère .'analogique" de notre pauvreté évangélique assumée volontairement, face à la pauvreté simplement économique imposée par la vie et dont on souffre involontairement. Cette "analogie" avait déjà été signalée par le décret 12 de la 32ème Congrégation Générale ; mais dans le texte de la 34ème Congrégation Générale on met en relief le fait que la pauvreté religieuse se définit par "le détachement, la simplicité de vie, la solidarité et le partage fraternel". 2) Dans ses premières rédactions, le document reprenait textuellement bien des phrases du de statu Societatis dans lequel on se montrait préoccupé par la tiédeur dans la pratique de la pauvreté. Sans doute en résultait-il une accumulation de remarques pas assez contrebalancées, en sorte que le ton du document apparaissait à certains excessivement culpabilisant et négatif, pouvant produire, comme le remarquaient quelques amendements, un effet contraire. C'est à ce point que l'on fut le plus attentif dans les rédactions suivantes ; sans perdre le caractère concret d'un signal d'alarme, il parvint à avoir un ton équilibré, serein et plein d'espérance. 3) On a réduit à de simples allusions certaines analyses socio-économiques de notre monde, parce qu'elles apparaissaient trop simples et se trouvaient mieux développées dans d'autres décrets de la Congrégation. Ce fut la quatrième rédaction du décret qui fut approuvée lors de la session plénière du 17 mars 1995. Le décret se divise en quatre parties. Une brève Introduction rappelle que les trois dernières Congrégations Générales ont parlé de la pauvreté avec clarté et avec force ; grâce à leur appel vigoureux, on a pu remarquer parmi les jésuites un effort fait pour vivre une pauvreté plus sincère, comme le dit déjà le de statu Societatis. Malgré cela, nous étions loin d'être parvenus à une profonde rénovation ; aussi ces paragraphes d'introduction constituent-ils, d'une certaine manière, un appel à la conversion, l'authenticité de notre pauvreté nous faisant nous juger comme étant ou n'étant pas jésuites. Dans la seconde partie, nous sont proposées quelques motivations. Ici se détache la dimension apostolique et prophétique de notre pauvreté ; dans un monde vicié par une abondance démesurée et en même temps par une misère démesurée, notre pauvreté personnelle et communautaire prend un caractère très fort de signe et de message. C'est, d'un côté, un aiguillon poussant, à partir d'une solidarité avec les pauvres, à lutter contre la pauvreté ; d'un autre côté, c'est un témoignage contre-culturel de la valeur incomparable de la gratuité, tant louée par saint Ignace. C'est l'authenticité de notre pauvreté, affirme le décret 1 (n. 48) de la 33ème Congrégation Générale, qui rend crédible notre mission. Cette crédibilité est intimement liée à l'esprit de gratuité. Dans la troisième partie, dans le désir de donner des orientations précises et de proposer des aides, on insiste sur six points reprenant quelques-unes des recommandations les plus importantes des dernières Congrégations Générales. Nous énumérons seulement ces points : 1) Un style de vie simple, modeste, hospitalier et ouvert ; il apparaît ici que la vie communautaire d'une pauvreté partagée est source de joie et que, à son tour, l'union des coeurs est fortifiée par le partage des biens. 2) La transparence économique et la dépendance de la communauté dans les recettes et les dépenses. 3) Le discernement personnel et communautaire continuel concernant la qualité évangélique de nos vies, en donnant toute sa place à l'oraison, à l'examen, à l'accompagnement spirituel, au projet communautaire et à l'élaboration d'un budget prévisionnel annuel conforme à celui de "familles modestes du lieu". 4) La communication des biens telle qu'elle a été établie par les réformes de la 32ème Congrégation Générale. 5) L'expérience directe de vie avec les pauvres, qu'elle soit celle de chaque jésuite personnellement ou celle d'un groupe dans des communautés d'insertion en zones de pauvreté et de marginalisation ; six des postulats sur la pauvreté insistent sur ce dernier point. 6) La nécessaire indifférence active dans l'utilisation d'institutions et de moyens qui, de soi, ne sont pas pauvres. Enfin, la quatrième partie nous rappelle que saint Ignace a appelé la pauvreté matérielle "joyau" et "aimée de Dieu". parce qu'elle était pour lui une grâce et un don spécial. Il est essentiel, pour bien comprendre ce décret, de lire les décrets sur la Mission, tout spécialement Notre mission et la justice, comme aussi la quatrième caractéristique de Notre manière de procéder : "solidaires de ceux qui sont le plus dans le besoin". Cette lecture nous fera voir que, comme le disait déjà le décret 12, ri. 4 de la 32ème Congrégation Générale, le texte sur la pauvreté de la 34ème Congrégation Générale s'appuie sur le fait que "l'importance de la pauvreté ne repose plus seulement aujourd'hui sur l'imitation du Christ pauvre considérée du point de vue de l'ascèse et de la morale, mais aussi, et davantage encore, sur la valeur apostolique de celui qui veut imiter le Christ dans l'oubli de lui-même pour être tout entier, généreux et libre, au service de tous les délaissés." Julio Colomer, S.J. |