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Introduction au décret 8 de la
34 ème CG :
La chasteté dans la Compagnie de Jésus |
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1. Raisons de ce document Inévitablement, ce que l'on appelle "révolution sexuelle" a eu un grand impact sur le célibat et sur la manière de vivre celui-ci. Il est évident que la chasteté doit être vécue aujourd'hui dans un contexte où le sexe, en raison de la banalisation ou d'une saine libération, est venu à occuper une grande place dans la nouvelle culture. Cette place centrale fait que le jésuite aujourd'hui se voit soumis à un ensemble de tensions ou d'excitations qui exigent de sa part une plus grande maturité psychologique et spirituelle. Il est logique que, face à cela, la commission de statu Societatis de la 34ème Congrégation Générale constate qu'il y a des situations dans lesquelles se trouve engagé le témoignage public de la Compagnie en matière de chasteté. Ceci n'empêche pas la même commission d'estimer, au terme d'une évaluation sérieuse, que la majorité des jésuites vivent généreusement leur fidélité au Seigneur. C'est "renforcer et confirmer" cette fidélité que recherche ce document. Pour y parvenir, il veut définir le caractère spécifique de la chasteté du jésuite et il en rappelle les sources. |
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2. Genèse du document La commission, créée pendant les premiers jours de la 34ème Congrégation Générale, sur "Vie religieuse et communautaire" commença par étudier les postulats envoyés à la Congrégation Générale sur ce thème ainsi que la manière dont ils avaient été repris et examinés par le Coetus Praevius. Celui-ci soulignait qu'on y note "des circonstances nouvelles et des problèmes concrets à propos desquels les Provinces veulent des orientations et des directives". Il ajoutait en même temps que la Compagnie se montrait préoccupée par la question de la "maturité affective et sexuelle". Le même Coetus Praevius qualifiait d'intuition forte le fait que l'on ne traitait pas seulement de l'intégration affective "par rapport à la sexualité, mais aussi par rapport au désir de succès et de réalisation personnels". Une sous-commission fut créée pour examiner ce thème, au sujet duquel on pensait initialement qu'il suffirait d'améliorer les Normes Complémentaires ; mais on vit finalement qu'était nécessaire la rédaction d'un décret. Cette décision ne vint pas de ce que les postulats et la sous-commission détectaient dans la Compagnie une infidélité massive au voeu de chasteté. La conviction partagée par tous était tout le contraire : l'immense majorité des jésuites vit avec une grande fidélité son voeu de chasteté. Mais on reconnaissait aussi que dans le monde actuel le voeu de chasteté était peut-être plus durement remis en question. Beaucoup s'interrogent sur son sens et sur sa valeur ; d'autres sont très sceptiques sur la possibilité de le vivre ; d'autres encore, parmi lesquels il y aurait des religieux et des jésuites, peuvent avoir des idées confuses sur son importance apostolique. En tout cas, la phrase du n. 547 des Constitutions : "ce qui touche au voeu de chasteté n'a pas besoin d'explication", ne peut pas être prise aujourd'hui au pied de la lettre. Le premier schéma fut présenté le 10 février et l'on vit alors qu'on pourrait aller plus avant. Le 28 février fut discuté le deuxième schéma, avec quinze interventions qui, par leur ton, faisaient apparaître la préoccupation que l'on avait dans certaines Provinces pour quelques thèmes en rapport avec l'identité sexuelle et la maturité affective. Le 7 mars le document fut approuvé à une très grande majorité. On se montrait fort satisfait du travail fait par la Commission. |
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3. Clés pour une lecture Je veux seulement souligner, en suivant le décret, quelques traits caractérisant une chasteté sérieusement vécue dans une situation nouvelle. Cette chasteté sera : a) Plus mystique qu'ascétique. La chasteté du jésuite ne peut pas être seulement le fruit d'un dur exercice ascétique ; elle est plutôt le résultat d'une affectivité totalement centrée sur le Seigneur et son Royaume (n. 5). Cela se traduit dans une profonde familiarité avec Dieu (n. 6). Comme l'écrit saint Ignace à Manuel Sanches, évêque de Targa, le 18 mars 1547, dans une très belle phrase : "Vers Lui seul doit aller le poids de notre amour". La chasteté, c'est inscrire dans le coeur une loi de gravité : l'amour sans partage du Seigneur. b) Plus apostolique qu'individuelle. Ceci veut dire : plutôt qu'orientée vers une sainteté personnelle, elle se présente comme une réponse à l'appel à s'unir au Christ dans son oeuvre de salut de l'humanité. C'est ne pas la réduire à une chasteté 'fonctionnelle' nous laissant plus de temps et de disponibilité pour s'occuper des autres. Au contraire, elle ne peut se comprendre qu'en raison d'un amour plus grand et d'un plus grand zèle apostolique (n. 9). c) Plus proche que distante. La chasteté dans le passé s'est parfois gardée grâce à la distance avec laquelle la vie religieuse traditionnelle, la soutane, la vénération sacrée envers le prêtre, entouraient la vie du jésuite. Cette distance a diminué. Le religieux aujourd'hui vit davantage plongé dans le monde, avec les risques et les avantages que cela signifie. Cela offre au jésuite la possibilité d'être plus humain, plus chaleureux ; mais cela lui fait aussi courir le risque d'être dans des relations ambiguës qui le paralysent et le réduisent. Seul un amour proche, mais généreusement offert à tous, spécialement aux pauvres et aux marginaux, peut rendre féconde cette situation nouvelle (n. 10). Ayant le pauvre à ses côtés et Dieu en lui-même, le jésuite est toujours habité par une miséricorde brûlante. d) Plus disponible qu'établie une fois pour toutes. Saint Thomas et Suarez appelaient le célibat "status libertatis" face au "status coniugalis" du mariage. La chasteté rend le jésuite disponible et "ouvert aux ordres de l'obéissance l'envoyant ailleurs, à une nouvelle tâche" (n. 11). Ce ne sont pas seulement d'éventuelles amitiés féminines ou des liens affectifs avec des amis qui se présentent comme des rivales du Seigneur et de son Royaume, mais aussi certaines routines et certains environnements : le "sel de la terre" n'a plus de saveur. La Compagnie elle-même, dans la 34ème Congrégation Générale, s'est vue manquer sérieusement de disponibilité apostolique : le fil qui empêche la colombe de voler devient un câble. e) Plus radicale que calculée. La chasteté du jésuite doit être pleine de zèle et "exclut toute relation humaine de type exclusif" (n. 13) : seul compte le Seigneur et son service. "Je suis à mon Bien-aimé et sur moi se porte son désir" (Ct. 7, 11). Sans passion mystique, notre chasteté entre dans un jeu de calculs continuels entre équilibres et déséquilibres, entre satisfactions et habiletés. Le célibat prophétique ne montre pas d'un doigt accusateur les centimètres de jupes trop courtes, il ne se rend pas crédible par ses cris condamnatoires de stentor. Seul un célibat respectueux, joyeux et délicat montre qu'il est envahi par la réalité de Dieu : "Détermine mon coeur à craindre ton nom sans partage" (Ps. 86, 11). f) Plus dépouillée que récompensée. Le célibat est une gratuité qui coûte cher : il renonce aux joies de la famille et comporte de durs moments de solitude ; il conduit, surtout, à une pauvreté radicale : "il n'a rien construit pour lui-même" et Dieu seul est sa richesse (n. 16). Voitures, distractions, machines et confort ne le séduisent ni ne le font vivre. Le jésuite ne compte pas sur de simples paroles pour que se réalise la "Bonne Nouvelle" du salut , mais, envahi et transformé par elle, il manifeste par toute sa manière d'être que Dieu seul lui suffit : Il ceux qui ne sont pas divisés, ceux qui fixent leurs deux yeux sur les biens célestes" (Lettre d'Ignace à P. Contarini ; août 1537). |
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4. A quelles conditions cette chasteté est-elle possible ? a) Avoir d'abord Dieu devant les yeux. Celui que l'amour a attiré à choisir ce genre de vie doit rechercher "une union consciente et aimante avec Dieu" (nn. 18, 19), que ce soit dans sa vie en général ou dans les différentes formes de sa prière : "ce pèlerin était fou pour Jésus Christ notre Seigneur", écrivait Antonio Araoz. b) Une harmonieuse vie de communauté avec ses "multiples manières d'être présents et de s'intéresser les uns aux autres" (n. 21), qui nous éloigne de toute "triste vie de vieux garçon centré sur soi". L'individualisme de beaucoup met en danger le célibat de certains. Ne sommes-nous pas, parfois, un regroupement d'apôtres travaillant chacun pour son compte ? c) Une vie apostolique riche et unie au Christ "comme un instrument conduit par la main divine" (n. 24). Le célibat n'est pas un mur sans âme d'une blancheur immaculée, mais une infatigable lutte contre les mauvais esprits, la fatigue et la maladie. Aussi appelle-t-il à aller vers ceux qui sont harassés et prostrés (Mt. 9, 36). "Les affaires du Seigneur" (I Co 7, 34) concernent le corps aussi bien que l'âme. d) Une discipline du corps et de l'esprit, en demeurant vigilant face à toutes les influences que l'on subit, spécialement dans les spectacles et les divertissements du monde d'aujourd'hui (n. 29). Il n'y a pas de célibat possible s'il n'y a pas de mort vécue dans la forte présence du Christ absent : "parler de la grande mortification" d'Ignace. e) Une maturité affective au sein de toutes les relations humaines (nn. 31, 32). Être aidé par les directeurs spirituels et les supérieurs. Il est une triste expérience psychologique, celle de qui se bat dans son célibat, et en même temps garde fermées les fenêtres donnant sur des amis sérieux pouvant l'accompagner "avec une bonté unie à la fermeté" (n. 39). f) Un compte de conscience "sincère et vital" (n. 36). La franchise est ici essentielle pour prévenir les difficultés ou pour redresser des situations. g) Un soin attentif dans le choix des candidats à l'entrée et aussi à l'heure des voeux et des ordres majeurs (nn. 39 et ss.). Il faut aujourd'hui une attention spéciale et un soin qualifié et technique. |
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5. Structure du document Après une introduction (nn. 1-4), le décret se divise en deux parties. I. Nature de la chasteté du jésuite (nn. 5-16) : II. Normes, principes et directives (nn. 17-44) : |
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6. Recommandation au Père Général (n. 45) Étant donnée l'importance de la question de la maturité affective et des problèmes que cela pose aujourd'hui, il a été demandé au Père Général de former une commission pour étudier "l'ensemble de cette question dans toutes ses dimensions", ainsi que "les problèmes qui sont en lien avec la fidélité à la chasteté et avec sa crédibilité dans la Compagnie, en lien aussi avec une saine formation affective des jeunes jésuites et au cours de la formation". José Maria Fernandez-Martos, S.J. |