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Introduction au décret 5 de la 34 ème CG :
Notre mission et le dialogue interreligieux
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Texte du décret 5

1. Préparation et attentes

Dès l'étape de la préparation de la 34ème Congrégation Générale, le dialogue interreligieux avait tenu une place à part. À ce thème en même temps qu'à celui de l'oecuménisme fut consacré le quatrième des documents préparatoires résumé dans l'un des tabloïdes ; il était intitulé : "Dialogue oecuménique et interreligieux".

Quatorze postulats avaient été envoyés à la Congrégation, demandant que la Compagnie s'engage d'une manière prioritaire parmi ses apostolats dans le dialogue interreligieux. Celui-ci devrait promouvoir une collaboration avec des membres d'autres religions cherchant à vivifier le sens de la présence de Dieu dans notre monde ; il contribuerait aussi au développement d'une éthique partagée par toutes les religions pour permettre de répondre aux problèmes mondiaux et d'unir tous les efforts en faveur de la paix, de la justice et de l'attention à la création.

Le Coetus Praevius répartit entre deux relations différentes ces thèmes qui, bien que liés dans le document préparatoire, exigeaient nettement un traitement séparé. L'oecuménisme fut l'objet de la relation 10 tandis que la relation Il était consacrée au dialogue interreligieux. Lors de la Congrégation, lorsqu'on vit qu'il n'y avait pas de nouveauté ou de problématique spéciale à proposer concernant l'oecuménisme, la Deputatio ad negotia, ou Comité de coordination, ne constitua pas de commission propre pour ce sujet, mais recommanda le thème à la commission 11, commission du Sentire cum Ecclesia, et confia la question du dialogue interreligieux à une commission créée à cet effet, la commission 6.

Comme cela apparaît dans le document de Statu, on percevait clairement que la Compagnie voulait aborder cette question comme étant une partie importante de sa mission dans le monde actuel, en tenant compte du fait que, à côté de la rénovation du droit, rendre vie à l'élan engendré par le décret 4 de la 32ème Congrégation Générale était la raison pour laquelle cette Congrégation était convoquée. Il paraissait donc important d'intégrer le dialogue interreligieux dans une expression actuelle de la mission de la Compagnie, étant donné qu'il était indispensable d'analyser et de formuler le rapport entre ce thème et l'évangélisation, la promotion de la justice et l'inculturation de la foi.

En abordant ce thème, la Compagnie de Jésus réunie en Congrégation Générale essayait de répondre aussi à la demande du Pape Jean Paul II qui avait invité la Compagnie à faire que ce ministère soit prioritaire au sein de sa mission (Homélie du 2 septembre 1983 aux délégués de la 33ème Congrégation Générale et discours du 5 janvier aux membres de la 34ème Congrégation Générale) ; elle suivait l'exemple du même Souverain Pontife qui a prononcé des discours significatifs et osé des gestes importants pour le dialogue interreligieux, tout particulièrement par la Journée Mondiale de prière pour la paix célébrée à Assise, sur son initiative, le 27 octobre 1986. D'autre part, la Congrégation avait à sa disposition d'importants documents du Magistère : la déclaration Nostra Aetate de Vatican II et, parmi les plus récents, l'encyclique Redemptoris Missio (nn. 55-57) de Jean Paul 11, à quoi il faut spécialement ajouter le document du Conseil Pontifical pour le dialogue interreligieux et de la Congrégation pour l'évangélisation des peuples du 19 mai 1991 ; ce texte, intitulé Dialogue et Annonce a profondément inspiré le document de notre Congrégation, ainsi que d'autres déclarations pontificales ou les déclarations de quelques épiscopats.

2. Genèse

Avec tout cela, ce document a été l'un des rares qui, dans sa genèse, s'est conformé à ce qui était prévu dans la "manière de procéder" adoptée par la Congrégation au début de ses travaux, avant que ne soient constituées trois petites équipes qui durent revoir, à la fin de la Congrégation, la méthode de travail de celle-ci. Le 31 janvier un premier texte fut présenté dans l'aula ; après qu'on eut inséré les suggestions que les membres de la Congrégation voulurent soumettre à la commission, un second texte fut présenté dans l'aula le 21 février ; débattu le 22, il fit l'objet d'un vote indicatif le 24. Le texte final fut présenté le 10 mars et approuvé définitivement le 14. Entre le texte du 21 février et celui qui a été finalement approuvé, le changement le plus important et presque unique concerne la mention explicite des religions les plus importantes avec lesquelles nous sommes invités à maintenir un dialogue (nn. 12-15).

Enfin, après la constitution des trois équipes, il fut décidé que ce document serait joint à ceux concernant la culture et la justice, tous étant précédés par le document essentiel Serviteurs de la mission du Christ, ces quatre textes formant l'ensemble des documents sur la mission.

3. Contenu

Quant au contenu, le décret dans son introduction, par un regard sur le monde, suit la tradition de la contemplation ignatienne de l'Incarnation, en contemplant la pluralité ethnique, culturelle et religieuse du monde. On s'interroge alors sur la signification de cette réalité religieuse plurielle, quelles possibilités et quels défis cela représente pour la Compagnie. Tous les jésuites sont exhortés à dépasser préjugés et malentendus historiques et à collaborer entre eux pour promouvoir la paix, la justice, l'harmonie, les droits de l'homme et le respect de la création. Le dialogue entre les religions peut remarquablement contribuer à cette tâche.

Une seconde section expose brièvement quelle est l'attitude de l'Église et ce qu'est le dialogue interreligieux. Dans sa déclaration Nostra Aetate, Vatican Il a exhorté les catholiques au dialogue afin de défendre et de promouvoir les valeurs spirituelles et morales existant dans les autres religions, en vue de collaborer avec elles dans la recherche de la paix, de la liberté et de la justice. Le Pape Jean Paul II a demandé aux jésuites de faire du dialogue interreligieux une priorité apostolique pour le troisième millénaire. Ainsi la Compagnie doit-elle promouvoir aujourd'hui le dialogue avec les autres religions face à l'intolérance et à la division qui ont caractérisé d'autres époques. Être religieux aujourd'hui signifie être interreligieux, puisque dans un monde religieusement pluriel une relation positive avec les croyants d'autres religions ne peut pas ne pas être une exigence pour le chrétien.

On doit promouvoir ce dialogue aussi bien avec les religions ayant une tradition écrite qu'avec les religions "indigènes", dans les quatre directions proposées par l'Église dans le document déjà mentionné Dialogue et Annonce, auquel renvoie le décret de la Congrégation : le dialogue de la vie, ou effort des croyants appartenant à des religions différentes pour vivre un esprit d'ouverture et de bon voisinage le dialogue de l'action ou collaboration en vue d'objectifs communs le dialogue de l'expérience religieuse, lorsqu'on cherche à partager les richesses spirituelles de l'expérience et de la tradition religieuse personnelles ; le dialogue des échanges théologiques, ou dialogue théologique entre experts.

La troisième partie établit un rapport entre le dialogue religieux et la mission de la Compagnie, qui est le service de la foi et la promotion de la justice. On reconnaît que la Compagnie a déjà quelque expérience en ce domaine, expérience qui nous fait voir que le dialogue interreligieux est une tâche voulue par Dieu. Dans un monde plurireligieux, le service de la foi doit se concrétiser en partant de ce dialogue. Il est évident que l'on ne peut confondre dialogue avec proclamation de l'Évangile. Mais ce sont là deux facettes de l'unique mission évangélisatrice de l'Église (cf. Redemptoris Missio n. 55 et Dialogue et Annonce n. 8-9). Par ailleurs, un engagement pour la promotion de la justice se réalise dans un monde où les problèmes d'injustice ont pris des dimensions mondiales, alors qu'il s'agit de situations dont les religions aussi sont parfois responsables. Il est vrai pourtant que les religions possèdent tout un potentiel libérateur pouvant contribuer à créer un monde plus humain. Aussi tout engagement en faveur d'une libération intégrale de l'homme, tout spécialement du pauvre, trouve un point de rencontre avec les autres religions.

Tout en reconnaissant qu'on ne peut donner des règles universelles en raison de la diversité des situations et de la spécificité des différents mouvements religieux et parce que le plus important sera toujours une ouverture à l'Esprit, la quatrième section propose néanmoins quelques règles et orientations concrètes. Enfin la cinquième partie s'arrête à quelques situations plus significatives au sein desquelles on peut et doit réaliser un dialogue interreligieux : ce sont les grandes religions qu'une étroite parenté spirituelle unit au christianisme, à savoir le judWisme et l'islam, mais aussi les grandes religions de l'Asie - les Provinces de la Compagnie dans cette région du monde ont peutêtre été les plus interpellées par ce thème et sensibilisées à celui-ci -; est ensuite abordée une autre situation très significative et demandant des lignes de conduite : comment aborder le phénomène du fondamentalisme religieux, tendance qui se manifeste de temps à autre dans toutes les religions, et les mouvements de "restauration" qu'il engendre.

Le document se conclut en reliant le dialogue interreligieux avec certaines des virtualités présentes dans la spiritualité ignatienne, essayant de pousser les jésuites à faire en sorte qu'une culture du dialogue, et aussi du dialogue interreligieux, finisse par être une caractéristique distinctive de la Compagnie.

En lien avec ce thème, la Congrégation a demandé au Père Général d'examiner trois possibilités : celle de créer un secrétariat pour le dialogue interreligieux, celle de créer à la Grégorienne un département d'études des religions, celle d'élargir les objectifs de l'Institut Biblique de Jérusalem de telle manière que, en se concertant avec d'autres centres chrétiens de cette ville, on puisse créer des programmes de dialogue interreligieux entre juifs, chrétiens et musulmans.

José Ramon Busto Saiz, S.J.

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