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Introduction au décret 3 de la
34 ème CG :
Notre mission et la justice |
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1. Raison d'être du décret Une tâche complexe avait été confiée à la Commission 15, Promotion de la justice. Outre une étude des postulats concernant ce thème (31 postulats), et de ceux que l'on avait reçus concernant la promotion de la vie (11 postulats) et l'écologie (19 postulats), elle devait aussi s'occuper de la situation de la femme dans l'Église et dans la société civile, ainsi que de la marginalisation de l'Afrique. Cette dernière question avait été présentée, avec tout le côté pathétique de la situation actuelle, par nos compagnons de l'Assistance d'Afrique. La Recommandation au Père Général sur l'écologie et La Compagnie et la situation des femmes dans l'Église et dans la société civile ont fait l'objet de deux autres décrets de la Congrégation. Les postulats sur la promotion de la justice et la promotion de la vie ont été repris dans la commission par six groupes. Le premier groupe devait examiner le genre du décret et ce que l'on en attendait. Le second demandait que l'on considère la promotion des droits de l'homme comme le visage que prenait aujourd'hui la justice, en les comprenant aussi comme étant "les droits des pauvres et des travailleurs". Le troisième groupe s'est avant tout intéressé à l'abîme grandissant entre le Nord et le Sud. Il demandait que la Compagnie favorise une plus grande solidarité aussi bien en son sein qu'en dehors d'elle, en travaillant à répandre une culture qui soit sensible à la justice distributive et rétributive. Le quatrième groupe s'est occupé des nouveaux défis dans le domaine de la justice. Nous devrions nous engager plus nettement dans un apostolat auprès des travailleurs émigrés ; et être attentifs aux "nouveaux marginalisés", des enfants des rues aux malades du SIDA. Le cinquième groupe mit l'accent sur la responsabilité de l'action interprovinciale et internationale de la Compagnie pour tout ce qui touche à la promotion de la justice. Il faudrait tirer les conséquences pratiques de ce que reconnaissait le P. Général à Loyola en 1991 : "nous n'exploitons pas toutes les possibilités que nous avons en tant que corps international". Le sixième groupe a repris les postulats qui étaient centrés sur la promotion de la vie et convergeaient autour de cinq thèmes : défense de la vie sous toutes ses formes, réflexion philosophique et théologique sur les nouvelles possibilités de la génétique, avortement, drogue, SIDA. Face à une si riche diversité des problèmes, le Coetus Praevius fit deux séries de propositions concernant la promotion de la justice et la promotion de la vie. La première série concernant la promotion de la justice était constituée de quatre propositions. 1. L'attention de la Congrégation devait passer de la phénoménologie des problèmes aux racines de ceux-ci ainsi qu'à leurs causes morales et culturelles, en suivant la ligne de l'encyclique Centessimus Annus : "ces critiques sont moins contre un système économique que contre un système éthique et culturel" (n. 39). Sur ce plan, la Congrégation pourrait trouver une parole prophétique pour nous-mêmes et pour les autres, et suggérer des principes qui guideraient le discernement et les plans d'action. 2. Nous devrions nous demander si notre solidarité avec les pauvres nourrit notre spiritualité et fait de nous des témoins dignes de foi de la justice dans le monde. 3. La Congrégation désirait-elle prendre comme priorité les trois défis proposés par les Provinces : 1) défense et promotion des droits et des libertés, 2) recherche d'un nouvel ordre économique et politique mondial, 3) sollicitude particulière pour les réfugiés, les émigrés et les autres groupes marginalisés ? 4. La Congrégation devrait encourager la Compagnie à établir les structures qu'exige une collaboration, selon le discernement qui convient, avec d'autres organisations. Quant aux propositions concernant la promotion de la vie, elles étaient au nombre de trois : 1. Accentuer la promotion de la culture de la vie dans notre mission en tant que service incontournable de la foi et de la justice dans le monde d'aujourd'hui. 2. Promouvoir aussi bien la recherche scientifique et bioéthique que la réflexion théologique sur les questions de génétique, et leurs conséquences dans le domaine des droits de l'homme et de la justice sociale. 3. Dans le contexte d'un décret sur notre mission on pourrait faire entrer une déclaration sur la protection de la vie humaine ; et étaient en même temps indiqués les éléments qu'une telle déclaration pourrait contenir. |
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2. Genèse du document La Commission de la promotion de la justice, la plus nombreuse des seize commissions formées, fut aussi l'une des plus représentatives de la diversité des cultures et des situations socio-structurelles. Parmi ses membres se trouvaient quatre Indiens, quatre Européens d'Europe de l'Ouest, quatre Latino-américains, trois Africains, deux Philippins, deux Nord-américains, un Européen d'Europe orientale (Slovène). Jusqu'à la fin de janvier se fit, à travers des sous-groupes de prière et de discernement, une intense communication d'histoires personnelles et de problèmes régionaux. Sept sous-groupes de travail élaborèrent ensuite par écrit quels étaient les aspects de la problématique correspondant aux postulats. La commission se heurta à une difficulté caractéristique de toute la Congrégation ; d'une part, on voulait aborder les problèmes proposés avec rigueur et d'une manière suffisamment concrète ; d'autre part, c'était des documents brefs que l'on désirait. Le 13 février était présentée à l'aula une première proposition faite
par la commission, intitulée : La Justice est une exigence absolue
de la foi. Ce texte était divisé en trois grandes parties : C'est en tenant compte de tout cela que l'on présentait aux délégués le 6 mars une seconde proposition, plus brève et divisée en cinq parties : (1) notre expérience et notre but ; (2) les racines spirituelles de la justice que nous recherchons ; (3) les nouvelles dimensions de la justice ; (4) situations critiques d'injustice ; (5) mettre en oeuvre la justice. Cette seconde proposition fut bien accueillie. Mais on en remit immédiatement la charge à l'équipe 1 (cf. introduction à Serviteurs de la mission) ; celle-ci décida d'inclure les deux premières parties dans le décret Serviteurs de la mission du Christ, tandis que les trois autres, après que le style en ait été revu, constituèrent substantiellement le présent décret, Notre mission et la justice. L'esprit des deux premières parties, avec l'expérience partagée qu'elles résumaient, a été magnifiquement exprimé et réélaboré dans les treize premiers paragraphes de Serviteurs de la mission du Christ(1). Le 13 mars eut lieu un débat sur un nouveau texte présenté par l'équipe 1. L'une des contributions les plus significatives fut alors celle que proposa l'Assistance d'Europe Orientale ; celle-ci demanda que, dans la troisième partie, lorsque sont énumérées les situations critiques d'injustice, on ait soin de citer parmi celles-ci la situation des pays de l'Europe de L'Est soumis pendant 40 ans au communisme. La solidarité de toute la Compagnie était demandée pour ces pays. L'équipe 1 accepta la demande en insérant dans le décret l'actuel paragraphe 13. Le décret fut voté le 20 mars sans aucun vote contre. (1) La rédaction de ces deux premières parties et des paragraphes 16 et 17, qui servaient d'introduction à la 3ème Partie, peut être trouvée, avec de légères retouches de style, dans Promotio Justitiae, no 60, mai 1995, pp. 41-44. |
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3. Clés de lecture 1. Prédominance d'une orientation pratique. Une fois supposés le fondement et les horizons établis par Serviteurs de la mission du Christ, tout le décret, et pas seulement sa dernière partie (no. 17-24), est marqué par une volonté de réalisations concrètes. Renonçant à tout aspect idéologique, il vise à ce que tout le corps de la Compagnie - personnes, communautés, institutions - incarne dans tous ses ministères cette foi qui recherche la justice du Royaume. En dépit de tout ce qui a été réalisé, "nous nous sommes parfois montrés timides pour nous confronter nous-mêmes et nos institutions apostoliques avec la radicalité de notre mission cherchant la justice" (n. 2). 2. Une justice qui naît de la foi et qui l'approfondit. Une préoccupation, présente dans les postulats et partagée par toute la commission, était qu'il soit bien clair que la "justice" évoquée ici est une justice qui naît d'une foi toujours tournée vers les signes des temps. Les exigences d'engagement que signifie cette justice nous poussent à rendre cette foi plus profonde. Si l'on ne cultive pas celle-ci, l'engagement ou bien n'est pas soutenable, ou bien perd toute qualité chrétienne. Les exigences et les engagements de la justice doivent sans cesse être intégrés dans la vie de foi. Contemplatifs dans la transformation ! (n. 3). 3. Nouvelles dimensions et caractère progressif de la justice. Les nouvelles dimensions de la justice ne diminuent pas les exigences de celles-ci. Celles-ci naissent du caractère progressif et historiquement évolutif de la promotion de la justice. Et cela en deux sens complémentaires : parce qu'il faut affronter les nécessités toujours changeantes des différents peuples, cultures et époques ; parce que grandissent notre sensibilité et notre conscience concernant leurs dimensions complexes (on. 5 et 6). Les nouvelles dimensions rassemblées du n. 6 au n. 10 reflètent certaines des dimensions signalées dans les postulats. Les identifier dans chaque région exige, en même temps, une expérience qui se laisse marquer par la proximité des pauvres (an. 17 et 18) et une bonne capacité d'analyse socio-culturelle (n. 18). 4. Sensibilité préférentielle pour les situations critiques. Il ne faudrait pas passer sous silence la différence établie par le décret entre les nouvelles dimensions de la promotion de la justice et les situations critiques d'injustice. Les situations critiques sont un test de notre sensibilité à la justice. Cette sensibilité préférentielle naît de notre identification avec les sentiments du Christ crucifié et ressuscité, lui qui se fait davantage présent dans celui qui est davantage malmené (cf. supra décret 2, ri. 4). Mais de plus, une attention à ces situations critiques naît de la solidarité qui doit unir les uns aux autres les membres de la Compagnie. Ce sont nos compagnons qui ont attiré notre attention sur celles-ci. C'est la Congrégation de la Compagnie qui nous les recommande (n. 11). 5. Communautés de solidarité. L'intention de nous mobiliser tous se manifeste par l'appel répété du décret à créer des communautés de solidarité. Participant à la mission du Christ, la Compagnie elle-même est une communauté en solidarité avec les pauvres (supra décret 2, n. 9). En tant que corps apostolique international, appelée à promouvoir les droits de l'homme comme étant la forme actuelle de la justice, "la Compagnie doit travailler avec des communautés de solidarité pour défendre ces droits" (n. 6). Promouvoir la transformation culturelle nécessaire pour changer les situations sociales et politiques injustes "repose sur l'établissement de communautés de solidarité aussi bien à la base et au niveau non-gouvememental qu'au niveau politique" (n. 10). Bien plus : "On doit, dans nos divers apostolats, créer des communautés de solidarité dans la recherche de la justice" (n. 19), en favorisant les ministères qui peuvent être plus efficaces pour créer des communautés de solidarité. Il est important d'établir un rapport entre ces communautés de solidarité et les communautés de base interreligieuses dont parle le décret 5 (n. 9.6). Alfonso Alvarez Bolado, S.J. |