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Introduction au décret 26 de
la 34 ème CG :
Les caratéristiques de notre manière de procéder |
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1. Conclusion ou introduction ? Le document final de la 34ème Congrégation Générale peut être regardé comme un document mineur si nous le comparons aux documents majeurs sur notre mission aujourd'hui. Document mineur en volume, puisqu'il ne comprend que huit brèves parties ayant chacune deux brefs paragraphes. Document mineur en contenu, puisqu'il ne cherche pas à définir notre forma vivendi ou notre identité constitutive(1), mais à définir quelques aspects spécialement importants aujourd'hui de notre forma procedendi ou des constantes de notre comportement dans la mission(2). Lorsqu'il fut présenté dans l'Aula, le document portait un titre exprimant bien son caractère essentiellement apostolique : Caractéristiques des ministères jésuites (sic) : notre manière de procéder. Néanmoins, et à mesure que s'amélioraient les rédactions successives, il prenait plus de valeur et de signification, peut-être pour les raisons suivantes : a) la nécessité qu'on avait expérimentée d'affirmer notre identité apostolique à l'heure d'une si grande diversité de langues, de cultures et de manières de faire ; b) le moment venu de remédier avec ce texte, même si c'était sommairement, aux vides des autres documents que l'on avait l'intention de rédiger sans parvenir à le réaliser (Vie dans l'Esprit, Vie en communauté, Vie dans l'obéissance ... ). Cette nouvelle valeur et signification valut à ces caractéristiques la place privilégiée de Conclusion de la 34ème Congrégation Générale ; au jugement d'un canoniste distingué dans l'une des interventions finales, il aurait aussi bien pu être son Introduction. (1) La Formula Instituti, n. 6 et la Formule de
la première profession de 1541 définissent notre forma vivendi,
ou manière différente d'être. |
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2. Genèse du document Vingt ans après la rédaction du document Jésuites aujourd'hui, avec la question provocante posée au début : "Que veut dire être jésuite ?", la Compagnie d'aujourd'hui ne semble pas tant se préoccuper de son identité que de sa mission. Cela représente un progrès, car il n'est pas sain de se poser encore une fois la question : qui sommes-nous ? Ce document n'est pas une réponse à une attente de toute la Compagnie. Il n'a pas été non plus demandé par les postulats des Congrégations Provinciales, ni, en conséquence, par les "relationes praeviae" rédigées par le Coetus Praevius au printemps 1994. Le thème fut introduit dans l'Aula sous une forme plus charismatique qu'institutionnelle. Ce fut l'Assistance d'Afrique qui le présenta et le défendit dans l'Aula le 11 janvier. La Congrégation, en grande majorité, le prit comme l'un des 16 thèmes majeurs devant être traités par une commission spécifique qui en rédigerait un premier texte. La première rédaction, présentée dans l'Aula le 2 février, fut L'objet de critiques assez sérieuses du 2 au 7 février : son genre littéraire était homilétique, fort beau dans sa forme et évangélique dans son contenu, mais peu fondé sur notre théologie et notre pédagogie spirituelle. La commission était invitée à se rapprocher davantage de la pédagogie et des critères de la conférence du Père Arrupe sur Notre manière de procéder du 18 janvier 1979(3). La seconde rédaction fut présentée dans l'Aula le 27 février. Le texte de statu Societatis dans l'intervalle avait été rédigé et débattu, la Compagnie avait fait son examen de conscience et avait confessé ses emolumenta et ses detrimenta. La Congrégation estima que le texte devrait tenir davantage compte des lumières et des ombres relevées dans le de statu Societatis : faire vigoureusement appel à la primauté du Christ, au caractère contemplatif de notre action, à la disponibilité et universalité de notre mission, au radicalisme de notre pauvreté, à l'excellence de notre formation intellectuelle ; et tout cela ayant son dynamisme dans le semper magis et melius du charisme ignatien. La dernière rédaction fut présentée au vote le 15 mars et Soutenue par une très ample majorité, sans parvenir pourtant à l'unanimité. (3) P. Arrupe, Notre manière d'agir, dans Écrits pour évangéliser, pp. 401-438. |
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3. Clés de lecture Le document est très, linéaire. On n'y trouve pas de secrets ni de points implicites à expliciter. Néanmoins, la genèse elle-même du texte nous a fait entrevoir sa position au sein de contextes plus larges. Préciser ces contextes pourra, sans doute, servir de guide pour une lecture du texte lui-même. a) Situer le texte dans le contexte des sources de notre spiritualité. "La rénovation adaptée de la vie religieuse comprend un retour constant aux sources de toute vie religieuse et à l'inspiration première des Instituts"(4). Les huit parties du texte ne sont pas des traités donnant une synthèse de théologie spirituelle ignatienne, mais des sommaires très brefs qui renvoient à cette théologie comme à son contexte premier. Le premier paragraphe de chaque partie propose toujours un mémorial de notre charisme. Une heureuse initiative de dernière heure a introduit dans chaque paragraphe un texte ignatien de référence pour renvoyer à sa source authentique. b) Situer le texte dans un contexte apostolique. Tout le document est marqué par l'intentio missionalis. La Compagnie de la 34ème Congrégation Générale n'a pas ressenti la nécessité de définir sa "manière d'être", mais sa "manière de procéder", ou, pour user d'une expression plus récente, "sa manière de prier, de vivre et d'agir". Il s'agit d'identifier un même air de famille dans la pluralité et la diversité géographique, culturelle, linguistique de son corps, aujourd'hui plus oecuménique que jamais, au sein duquel s'équilibrent des influences venant du Nord et du Sud, de l'Est et de l'Ouest. Une lecture usant de cette clé apostolique peut et doit dynamiser la créativité évangélisatrice de la Compagnie de l'an 2000. c) Situer le texte dans le contexte de l'Église et de la Compagnie d'aujourd'hui. "La rénovation adaptée de la vie religieuse comprend en même temps une adaptation aux conditions changeantes des temps"(5). Le second paragraphe de chaque partie situe dans le moment présent l'urgence de telle ou telle caractéristique, en employant les mots "aujourd'hui" ou bien "ici et maintenant", ou encore en usant des verbes au présent de l'indicatif. Cet aujourd'hui de Dieu a été saisi par la Compagnie dans son de statu Societatis ; certaines fois, sous la forme d'une grâce qui invite à aller plus loin (amour du Christ, contemplatifs dans l'action, toujours à la recherche du magis) ; d'autres fois, sous la forme du péché qui appelle à la conversion (universalité, solidarité, disponibilité... face à des attitudes constatées d'individualisme, d'immobilisme et d'esprit de clocher). "Ne nous faisons pas d'illusions : c'est la conversion et l'absence de conversion qui pèseront très lourd sur l'avenir de tout ce que cette Congrégation Générale a élaboré, clarifié et décidé. Que la Congrégation Générale ait été en mesure d'appeler à cette conversion du coeur à travers ses décrets et ses normes : voilà la preuve que la grâce de la bonne santé ne l'a pas abandonnée, même si notre examen a révélé que nous portions cette grâce dans des vases d'argile bien fragiles"(6). d) Situer le texte dans l'horizon ultime de l'idéal de notre spiritualité. Ce bref sommaire de notre manière apostolique de procéder culmine avec l'expression : "Toujours à la recherche du magis". Magis, en tant que disponibilité sans limites de notre volonté et de notre libre arbitre à la libre action de la grâce ; magis, en tant qu'incapacité de cette même volonté et de ce même libre arbitre à atteindre ce qui est don et pur don de la grâce, de la seule grâce. Peut-être est-ce pour cela que le document s'achève avec la prière au Christ du Père Arrupe. Nous y demandons la grâce de découvrir que "notre" manière de procéder est la manière de procéder qui est "la tienne", celle du Christ(7). "Ni lois, ni décrets, ni déclarations n'auront de force" que s'ils passent par notre coeur "afin que, aujourd'hui et demain, nous soyons, dans le service de nos frères et de nos soeurs, plus affectivement et effectivement semblables au Seigneur Jésus"(8). (4) Perfectae Caritatis, n. 12. Ignacio Cacho, S.J. |