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Introduction au décret 2 de la
34 ème CG :
Serviteurs de la mission du Christ |
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1. Raison d'être du décret Ce décret répond aux demandes concernant notre mission aujourd'hui et sert de cadre qui unit et justifie les trois dimensions de notre mission que développent les trois décrets suivants. Prenant en compte les postulats reçus, le Coetus Praevius disait à l'avance : "La proclamation explicite de Jésus et de sa Bonne Nouvelle constitue certainement une dimension de l'évangélisation intégrale, laquelle comprend aussi la promotion de la justice et le dialogue avec les cultures et les religions. Nous devons faire en sorte que soit maintenu dans la pratique ce difficile équilibre entre ces 20 Notre mission Décret 2 : Serviteurs de la mission du Christ 21 diverses dimensions, en accord avec les situations locales, sans en laisser aucune de côté, ni en subordonner une à une autre"(1). Dans son allocution du 6 janvier 1995, le P. Général avança des idées
décisives sur la nécessité d'un esprit missionnaire et des nouveaux horizons
qu'il comportait : "A travers les postulats - L'analyse de la commission de statu Societatis affirmait, avec le Coetus praevius, que l'intégralité de l'évangélisation incluait ces trois dimensions : "(a) Évangélisation comme proclamation de l'Évangile dans la perspective du Royaume de Dieu prêché par le Christ et réalisé en Lui ; (b) Évangélisation comme dialogue avec les hommes d'autres croyances religieuses et d'autres cultures ; et (c) Évangélisation comme proclamation de la justice". La commission de statu ajoutait : "Cette Congrégation, à partir d'une multiplicité de points de vue, est pleinement d'accord sur la nécessité et la complexité de cet élan apostolique. Ceci nous interroge sur la manière dont nous communiquons et dont nous prenons l'initiative d'un dialogue non seulement avec les autres, niais aussi entre nous, sur la manière dont nous mettons en rapport foi et justice avec la place centrale du Christ". Il constatait que les réflexions émanant des Assistances et des commissions "soulignaient la nécessité de réfléchir sur notre mission en tant que corps dans le temps présent". Cette réflexion devait inclure '.un effort en vue de proposer une théologie qui donne fondement à notre désir d'une mission en tant que corps". (1) Relationes Praeviae, "V. Notre mission aujourd'hui".
Évaluation du Coetus Praevius. |
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2. Genèse du document C'est en fonction des thèmes et questions méritant une attention prioritaire que 16 commissions furent établies par le Comité de Coordination(3). A trois d'entre elles furent confiés les thèmes : "Promotion de la justice", "Évangélisation et culture" et "Dialogue interreligieux". Par contre, le thème très demandé, "Notre mission aujourd'hui", ne fut confié à aucune commission. On s'attendait, sans doute, à ce que les trois commissions finissent par se fondre et à ce que leurs trois documents finissent par n'en former plus qu'un seul sur notre mission. Quoi qu'il en soit, les quatre thèmes se retrouvèrent finalement en un texte : Serviteurs de la mission du Christ. Quand, au milieu de février, on se rendit compte que le rythme de la Congrégation Générale était trop lent, on décida alors de "mettre en place trois équipes qui réorganiseraient les documents produits, de manière à arriver à des textes plus brefs, fut-ce en taillant ce qui fleurissait déjà"(4), L'équipe 1 allait s'occuper "d'unifier tout ce qui concernait la mission d'évangélisation", en partant de ce qui avait déjà été élaboré par les commissions concernant la promotion de la justice, l'évangélisation et la culture, l'évangélisation et le dialogue interreligieux. Les deux premières commissions venaient d'achever une deuxième rédaction de ce qu'elles proposaient, alors que la commission du dialogue interreligieux avait une rédaction toute prête pour sa phase finale. Le 7 mars fut distribué le premier brouillon de Serviteurs de la mission du Christ. C'était un long document qui avait assimilé, selon un plan original, la substance des secondes rédactions de la commission de la justice et de la commission de la culture. Ce document insistait clairement sur trois points : (a) le fondement christologique de notre mission, fortement souligné ; (b) une confirmation fondée de notre mission telle que l'avaient définie les 32ème et 33ème Congrégations Générales ; (c) le dialogue avec la culture et le dialogue interreligieux entendus comme un approfondissement et une extension de notre mission, le service de la foi et la promotion de la justice. Le 9 mars eut lieu un débat en vue d'éclaircissements. Trois désirs majeurs se manifestèrent. 1. Le Christ qui nous donnait de partager sa mission était le Christ crucifié et ressuscité, dans une mystérieuse mais réelle communion avec les pauvres et les crucifiés de l'histoire. 2. Pour que ce document serve comme de porche ouvrant sur les autres documents il fallait l'abréger. 3. Il était souhaitable que, se réservant de fonder les différentes dimensions de notre mission et de montrer qu'elles sont inséparables, Serviteurs de la mission du Christ laisse place à des documents spécifiques sur a) la promotion de la justice, b) l'inculturation, c) le dialogue interreligieux. Le 12 mars était distribué une seconde rédaction du texte qui gardait son originalité tout en tenant compte des indications données. Le texte final fut approuvé le 20 mars par un vote pratiquement unanime. (3) Cf. "Introduction historique", 3, pp. xxv-xxvi. |
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3. Clés de lecture a) Le Christ, Seigneur crucifié et ressuscité, nous donne de participer à sa mission. Notre mission découle de notre expérience permanente du Christ (n. 6). Sa formulation concrète est une grâce particulière qu'il nous octroie (n. 7). Il nous fait discerner la légitime diversité des ministères au sein d'une mission unique, les inspire et les fortifie (on. 2, 5, 6). Les dimensions de notre mission naissent d'une attention obéissante "à ce que fait le Christ ressuscité en conduisant le monde à la plénitude du Royaume de Dieu" (n. 20). Sa résurrection transforme sa croix en un signe de victoire, et sa crucifixion fait de nous des serviteurs de sa mission "dans un monde encore marqué par la brutalité et le mal" (n. 4). Le décret est une réinterprétation de l'"Appel du Roi éternel" (Ex. Sp. 95-98), de la "Contemplation de l'Incarnation" (id. 102-108) et de la Vision de La Storta (n. 4). b) Amis du Christ, amis des pauvres. Envoyés par le Christ et avec lui vers un monde que caractérisent encore la brutalité et le mal, "nous avons retrouvé, pour notre mission contemporaine, la place centrale du travail en solidarité avec les pauvres en accord avec notre charisme ignatien" (n. 8). Les pauvres, dans leurs formes multiples de pauvreté, nous rappellent que "Dieu a toujours été le Dieu des pauvres, parce que les pauvres sont la preuve visible d'un échec dans l'oeuvre de la création" (n. 9). Notre mission serait viciée si nous n'allions pas vers eux. c) Agir pour le "Royaume" et réagir contre 1"Anti-Royaume". La mission exige que l'on prenne parti (Ex. Sp. 136-147). Elle vise donc à "une réalisation du Royaume de Dieu dans toute la société humaine, non seulement dans la vie future, mais aussi dans la vie présente" (on. 3, 6, 10, 11, 20). Et "le péché du monde que le Christ est venu guérir arrive de nos jours à son pire sommet"; il "engendre une violence systématique contre la dignité des hommes, des femmes, des enfants et de ceux qui ne sont pas encore nés, ce qui ne saurait être toléré dans le Royaume voulu par Dieu" tu. 9). Notre service de la foi s'exerce "dans un monde où il devient plus aisé de se contenter de moins que ce qu'exige la foi et de moins que ce qu'exige la justice" (n. 11). d) Service de la foi et promotion de la justice : "lafinalité de la mission" et le "principe intégrateur" de ses ministères. On trouvera surtout au ri. 14 la confirmation de notre mission telle qu'elle a été réinterprétée par les 32ème et 33ème Congrégations Générales, comme le demandaient les postulats et y préparaient les on. 3. 7, 8, 9. Le fondement, partant de la spiritualité ignatienne, en est proposé aux nu. 7-9. Mais tout le texte du décret constitue un ensemble au sein duquel apparaît comme obvie et incontestable le caractère inséparable du service de la foi et de la promotion de la justice. Cette évidence est renforcée par le rappel que la vie de l'esprit et de la grâce ne peut être séparée des relations sociales (on. 10, 11, 12, 13, 18). e) La "justice du Royaume de Dieu" déborde les exigences de toute conception "idéologique " de la justice. A plusieurs reprises le décret qualifie la justice à promouvoir en recourant à des mots tels que justice de Dieu ou à d'autres semblables(5). Il ne veut pas par là rabaisser les exigences de la justice historique ou de ce monde, mais la distinguer nettement de toute conception idéologique de la justice, comme l'exprimera Notre mission et la justice (n. 4) ; il ne s'agit pas non plus d'une absolutisation qui l'isolerait des autres dimensions du Royaume de Dieu (vérité, miséricorde, solidarité, amour). Mais il veut, par contre, "approfondir et étendre, d'une manière plus explicite, la conscience que doit avoir la Compagnie de ces dimensions essentielles de notre mission, sur lesquelles le décret 4 de la 32ème Congrégation Générale a attiré l'attention et qui atteignent maintenant leur maturité dans notre expérience et dans nos ministères actuels" (n. 14). f) Branches d'un tronc unique. Le décret 4 de la 32ème Congrégation Générale avait déjà uni étroitement proclamation de l'Évangile, promotion de la justice, dialogue avec la culture et dialogue avec les croyants d'autres traditions religieuses(6). La 34ème Congrégation Générale développe ce rapport d'une manière plus analytique et plus synthétique. Chacun des trois décrets qui suivent fera voir cette unité pluridimensionnelle selon sa perspective propre. Serviteurs de la mission du Christ introduit ces développements d'une manière synthétique. Les trois dimensions sont une partie de l'unité complexe qui constitue, d'une manière inséparable, la mission de l'Église (n. 3)(7). Au sein de son caractère missionnaire spécifique, la Compagnie, au cours des vingt dernières années, a fait une expérience décisive de la relation dynamique entre les quatre dimensions citées. Ces dimensions, par conséquent, "comme les branches qui poussent sur un arbre unique, constituent une matrice des caractéristiques essentielles de notre unique mission, le service de la foi et la promotion de la justice" (n. 15). Dans tout contexte particulier, la proclamation de l'Évangile, pour être effective, devra affronter les caractéristiques culturelles, religieuses et structurelles de ce contexte, se présentant comme un principe transformateur qui, de l'intérieur, est à la fois norme et force d'unification (n. 16). La promotion de la justice ne pourra fleurir que par le moyen d'une transformation de la culture, "puisque les racines de l'injustice plongent dans des attitudes culturelles aussi bien que dans des structures économiques" (n. 17). Le dialogue avec les autres religions n'est réel que lorsqu'il se change en .,un engagement partagé pour transformer la vie culturelle et sociale au sein de laquelle vivent les hommes" (n. 18). Pêdagogiquement, la Congrégation a voulu exprimer sous une forme rythmée le caractère circulaire de ces quatre dimensions au terme du décret (n. 19). g) Souche mystique et prophétique de la mission. Les quatre décrets sur Notre mission, et spécialement Serviteurs de la mission du Christ, font bien apparaître la souche mystique et prophétique de notre mission. Mystique : en effet, rajeunissement. actualisation et unité de notre mission ne peuvent procéder que d'une expérience continue du Christ Seigneur et d'une identification avec ses amis, les pauvres. Prophétique : mission qui est service d'une foi qui promeut la justice du Royaume en un monde qui se contente "de moins que ce qu'exige la foi et de ce qu'exige la justice" (n. 11), annonce d'une foi qui "lance un défi prophétique à toute culture, celui de repousser tout ce qui fait obstacle à la liberté du Royaume" (infra, décret 4, ri. 3), témoins d'une Église qui se dit "communauté pérégrinante en marche avec les hommes d'autres croyances vers le Royaume qui vient" (infra, décret 5, n. 9.9) ; les quatre documents manifestent le caractère prophétique de notre mission. Connaissant cette souche mystique et prophétique de notre mission, nous saisissons le défi contenu dans l'homélie finale du P. Kolvenbach : "Nous ne nous faisons pas d'illusions. C'est la conversion et l'absence de conversion qui pèseront très lourd sur l'avenir de tout ce que cette Congrégation Générale a élaboré. clarifié et désiré... Remercions donc le Seigneur de nous donner cette chance d'un nouveau départ pour vivre les paroles et les gestes, les choix et les désirs du Christ que nos labeurs de trois mois ont essayé de saisir pour les porter à leur accomplissement"(8). Alfonso Alvarez Bolado, S.J. (5) Cf. note 3 du décret. Sur les 27 fois où le décret
parle de justice, sept fois le mot est accompagne des qualifications
suivantes : Justice du Royaume : nn. 2, 10, 14. 15 ; Justice
du Royaume de Dieu : nn. 11, 16 ; Justice voulue par Dieu :
nn. 3, 13 : Justice de Dieu dans le monde : n. 18 ; Justice
évangélique : n. 3. |