|
|
|
Introduction au décret de la
34 ème CG :
Notre mission et la culture |
|
1. Raison du décret Le présent document veut formuler une parole que la Congrégation Générale adresse à tous les jésuites, afin qu'ils comprennent mieux le travail fait par les nombreux centres jésuites d'enseignement supérieur de la Compagnie universelle ; mais ce document s'adresse particulièrement aux jésuites et aux laïcs qui travaillent dans ces centres. Il est sûr qu'il n'y avait pas beaucoup de postulats demandant un tel document parce que cela ne semblait pas justifier un décret particulier. Mais le de statu Societatis avait défini cet apostolat comme étant quelque chose d'important pour la Compagnie - "une structure apostolique unique", dit-il -, et on sentait la nécessité de clarifier ce qui est essentiel en cet apostolat, étant donné la diversité de ses formes dans le monde. Nous verrons ensuite que, peut-être, on n'y est pas parvenu entièrement. Il est bon de rappeler que les Congrégations Générales antérieures avaient traité du sujet seulement partiellement et en passant, bien que son importance ait été soulignée en diverses occasions. La 32ème Congrégation Générale affirmait l'importance de l'enseignement supérieur, jésuite ou non, en raison de la présence de jésuites dans ce domaine et en mettant en relief l'intérêt de la théologie et de la philosophie (31e CG, décret 28, n. 24a). La 32ème Congrégation Générale a parlé de l'interdisciplinarité comme étant une nécessité caractéristique à ce niveau, de l'opportunité d'approfondir non seulement les études de théologie et de philosophie, mais aussi des sciences de l'homme, faisant en plus référence aux jésuites étudiant des domaines spéciaux (32e CG, décret 4, nu. 35, 43. 44, 60, 76). La 33ème Congrégation Générale répéta assez brièvement ce qui avait déjà été dit (décret 1, n. 44). La 34ème Congrégation Générale, qui fait entendre de nouveaux accents sur la mission de la Compagnie, a voulu rappeler plus expressément le service universitaire, cet apostolat pouvant paraître à certains demeurer quelque peu dépassé, par suite de certaines manières de voir ou de penser la mission ; peut-être à cause de cela a-t-on suggéré dans certaines occasions, au cours des dernières années, aux jésuites de nos centres d'enseignement supérieur de se garder de l'éventuel danger de s'éloigner de la vision jésuite telle qu'on l'entend depuis la 32ème Congrégation Générale. En définitive, il ne fait pas de doute que les nouveaux accents concernant la mission, et particulièrement l'importance accordée à la culture dans son lien avec la justice, justifient pleinement un regard sur la recherche et le travail universitaire : il est indispensable que, comme orientation générale, on continue à tout faire pour mener à bien et développer, en partant de leurs réalités propres, le service de la foi et la promotion de la justice. |
|
2. Difficultés propres Supposé tout ce qui vient d'être dit, la première chose dont on devra tenir compte pour comprendre le décret est le lien existant entre trois thèmes voisins que la Congrégation Générale a voulu confier à une même équipe de travail : Apostolat intellectuel (pas seulement "la dimension intellectuelle de l'apostolat"), Recherche et réflexion théologiques et Centres universitaires. Dans la suite, on voulut que le même groupe élabore aussi des directives concernant les autres niveaux de l'éducation ; mais cela fut finalement confié à une autre équipe. On peut comprendre que, si le temps ne suffisait pas pour tout cet ensemble complexe à l'origine, plus compliquée encore fut la diversité des centres d'intérêt se rapportant à des thèmes différents, ainsi que la diversité des situations vécues dans le monde. À la suite d'un essai fait pour unir dans un même document ou décret les trois sujets susdits, les difficultés qui s'élevèrent obligèrent à les séparer ; c'est peut-être la raison pour laquelle certaines des idées de base ne sont plus liées entre elles, alors qu'elles sont communes aux trois thèmes, et que d'autres n'apparaissent pas claires ou bien fondées. Cependant, à notre jugement, le présent document ne souffre pas trop de cette division, recouvrant en fin de compte plusieurs des lignes principales. Néanmoins, on peut observer plus d'une imprécision dans sa rédaction et, peut-être, un certain manque de richesse dans des concepts qui pourraient aider à en approfondir la lecture. D'un autre côté, il faut tenir compte du fait que, à la diversité des sujets, vient s'ajouter une diversité venant d'ambiances et de sociétés différentes ainsi que de manières différentes d'être une université ou un centre d'enseignement supérieur, des caractéristiques civiles ou ecclésiastiques d'une université, de sa taille et de ses implications sociales, etc. Tout cet ensemble conduit à des pôles d' intérêt et des formes variés. Cela a donc amené à dire que la fidélité à la mission et la garantie que la Compagnie donnait à sa réalisation étaient les seuls points essentiels pour tout centre jésuite, lequel devra chercher une structure adaptée au monde actuel. |
|
3. Clés de lecture Lorsque l'on veut mettre en lumière plus directement le contenu du décret, il apparaît nettement que le rapport oeuvre/communauté et/ou soutien jésuite est un thème premier et vital pour les centres universitaires de beaucoup de pays. Cependant on ne pourra pas trouver cela traité spécifiquement dans ce document. C'est peut-être pour cela que le décret ne parle que de mission et de responsabilité de la part de la Compagnie comme éléments constitutifs essentiels d'un centre supérieur jésuite, sans entrer dans les manières concrètes de réaliser cette responsabilité. Tel est le grand défi essentiel selon le décret, qui est marqué par l'usage quasi classique des mots joints ensemble "Université/Jésuite" que l'on retrouve dans une grande partie du texte. Le second défi, celui de la structure en tant que telle, est signalé aux nu. 4 et 9. Peut-être le plus important est-il qu'on n'établit aucune des figures existantes comme étant essentielle pour qu'une institution puisse être dite jésuite ; ce qui est nécessaire est que, quelle que soit la forme de celle-ci, on y maintienne et développe la mission et que la Compagnie soit garante de l'effet et de la portée de cette mission. Étant donnée la diversité des mondes et des circonstances, le fait de n'avoir pas produit un décret sur la prise en charge par la Compagnie pourrait-il être dit providentiel, pour ne pas restreindre dans les oeuvres de la Compagnie les différentes formes et possibilités de garantie de la mission ? Aux jésuites, enfin, il est demandé de s'engager activement, personnellement et communautairement, dans la ligne des fins désirées par la Compagnie. En même temps, la Congrégation Générale désire les animer et les encourager, eux et les laïcs qui travaillent en ce domaine apostolique de grande importance pour toute l'Église ; elle lance un appel spécial à la recherche de nouveaux horizons, à la collaboration entre institutions de la Compagnie, à l'interdisciplinarité et à un travail direct avec les étudiants. Jesùs Eguiluz, S.J. |