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Introduction au décret 16 de la 34 ème CG :
La dimension intellectuelle
de l'apostolat des jésuites
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Texte du décret 16

1. Préparation et attentes

Le treizième des rapports préparés par le Coetus Praevius avait pour sujet : "Universités et apostolat intellectuel". Ce rapport rassemblait et évaluait les 14 postulats envoyés à la Congrégation concernant ce ministère de la Compagnie. Il y était demandé que la Congrégation encourage le travail intellectuel des jésuites, surtout des jeunes jésuites, spécialement en théologie, en philosophie et en sciences humaines face aux nouveaux défis se présentant dans les rapports entre science et foi, et aussi en tant que moyen de s'acquitter de la tâche confiée par le Pape Paul VI concernant la lutte contre l'athéisme. Plusieurs postulats demandaient que la Congrégation réfléchisse, en développant le sujet, sur le lien entre le travail intellectuel des jésuites et les thèmes au centre des autres rapports préalables : la mission, l'inculturation, la collaboration avec les laïcs, les défis du monde actuel, la collaboration internationale, etc. On signalait aussi quelques problèmes qui, de l'avis des Provinces, touchaient l'apostolat intellectuel de la Compagnie : quelques postulats attiraient l'attention sur un certain affaiblissement de la qualité intellectuelle dans l'apostolat de la Compagnie, alors que d'autres reflétaient une certaine inquiétude sur le travail se faisant dans les universités de la Compagnie, en s'inspirant du décret 4 de la 32ème Congrégation Générale. Ces deux questions furent aussi reprises dans le document de statu Societatis.

2. Genèse

Bien qu'il n'y ait pas eu beaucoup de postulats le demandant, et que, en conséquence, cela n'apparut point d'une manière prévalante dans les rapports préalables, la Congrégation décida d'aborder ce qui concernait la recherche et la réflexion théologiques. Et cela non seulement en tant qu'élément fondamental de la formation des jésuites, mais aussi en tant qu'un des ministères de la Compagnie pour l'accomplissement de sa mission ; on prenait en compte aussi le fait que les publications théologiques pouvaient être l'un des points délicats dans les rapports avec le Saint-Siège, comme le reconnaissait le document de statu Societatis. La Deputatio ad negotia ou Comité de Coordination constitua la commission 5 et la chargea d'étudier ces trois thèmes : l'apostolat intellectuel. la recherche et la réflexion théologiques, les universités de la Compagnie.

La commission pensa qu'elle devait produire un seul document intégrant les trois questions qui lui avaient été confiées. Une première section du projet de document voulait s'adresser spécialement aux jésuites engagés dans la mission intellectuelle. On y montrait comment ceux qui se consacrent à ce ministère, un de ceux qui furent cultivés par la Compagnie dès sa fondation, pouvaient et devaient participer à la mission de la Compagnie, telle que dans le même temps allaient la formuler les décrets sur la mission en cours de réalisation de la part des autres commissions de la Congrégation. Dans un second chapitre, il était traité de la recherche et de la réflexion théologiques comme étant l'un des domaines de pointe de la mission intellectuelle de la Compagnie. Enfin, dans une troisième partie, on s'occupait des universités jésuites et des autres centres d'enseignement supérieur en tant que "lieux" parmi d'autres, mais lieux privilégiés où la Compagnie réalisait sa mission dans le domaine intellectuel. Ce que voulait tout le document, c'était probablement montrer comment le jésuite ou les institutions de la Compagnie consacrées au domaine intellectuel pouvaient et devaient réaliser la mission de la Compagnie tout en évitant deux dangers : celui de ne pas respecter la nature de la mission ou de l'institution universitaire en en faisant des instruments au service d'autres intérêts, d'une part ; ou bien, d'autre part, celui d'adapter le jésuite ou les centres universitaires de la Compagnie à des formes d'être et d'agir qui, bien que souvent fréquentes dans le monde intellectuel, ne sont pas en accord avec les valeurs évangéliques.

Conformément à la "manière de procéder" établie, la commission prépara deux textes qui furent successivement présentés en réunion plénière à la Congrégation le 10 et le 28 février, sans que pratiquement aucun de ces textes ne soit discuté dans l'Aula. A la demande de la Congrégation, fut formée une équipe de cinq hommes - l'équipe 3 - devant se charger de choisir et de réviser la plus grande partie des thèmes élaborés par les commissions. Le texte fut alors divisé en deux documents en même temps que soumis à une nouvelle rédaction. Ce qui concernait les universités de la Compagnie vint à constituer un document indépendant intitulé : "La Compagnie et la vie universitaire". Ce qui concernait la mission intellectuelle du jésuite et la recherche et la réflexion théologiques constitua le document ici présenté. Dans sa nouvelle rédaction, le texte changea d'accent d'une manière significative. Au lieu de s'occuper de la mission intellectuelle et de la réflexion théologique comme étant l'un des ministères par lesquels la Compagnie réalise sa mission, - "nous avons une même mission... et beaucoup de ministères" dit le décret Serviteurs de la mission du Christ (n. 2) -, il en vint à aborder le domaine intellectuel comme une dimension de l'apostolat de toute la Compagnie. Ainsi la Congrégation préféra considérer le domaine intellectuel comme une dimension de tout l'apostolat de la Compagnie, au lieu d'en faire, comme l'avait proposé la commission, seulement l'un des ministères au moyen desquels la Compagnie réalise sa mission. Néanmoins, on reconnaissait évidemment que certains apostolats sont plus directement intellectuels (cf. n. 4).

3. Le contenu

On peut noter les questions suivantes comme étant les lignes maîtresses du document. On affirme d'abord que, depuis sa fondation, la Compagnie a tenu en grande estime le travail intellectuel en tant que contribution significative à l'oeuvre créatrice de Dieu, en tant aussi que reconnaissance de la légitime autonomie de l'activité humaine. Il est reconnu que cette dimension intellectuelle de tous les ministères prend une valeur fondamentale dans les circonstances présentes. A une heure où le piétisme et le fondamentalisme ignorent la raison humaine, ou bien, tout au contraire, où la raison veut s'élever au-dessus de la foi jusqu'à ne plus lui laisser de place, la tradition intellectuelle continue à être d'une importance critique pour la vitalité de l'Église et pour l'intelligence des cultures qui façonnent si profondément ce que nous sommes.

D'où l'importance de la formation intellectuelle des jeunes jésuites ainsi que de la formation permanente, à côté, évidemment, de la formation spirituelle. Tous les jésuites doivent mettre l'accent non seulement sur l'acquisition continue du savoir, mais aussi et surtout sur la possibilité d'un esprit critique, de l'analyse et du dialogue.

Certains jésuites se consacrant à des ministères directement intellectuels doivent être spécialement attentifs à la légitime autonomie de la science et d'une liberté responsable. Les jésuites se consacrant à l'apostolat intellectuel doivent être à même de ne pas se séparer de leurs compagnons jésuites, en tenant compte du fait que la vie intellectuelle fait passer par des moments non seulement d'intense satisfaction, mais aussi de dure épreuve. C'est pourquoi ils doivent être capables aussi bien de se consacrer pleinement aux disciplines scientifiques auxquelles ils s'adonnent que de donner, en même temps, un clair témoignage de leur engagement personnel au service de l'Église et du Royaume de Dieu.

Bien évidemment, parmi tous les domaines du travail intellectuel cultivés dans la Compagnie, celui de la recherche et de la réflexion théologiques mérite une mention spéciale ; c'est l'une des quatre priorités apostoliques déterminées par le Père Arrupe. La réflexion théologique doit se faire en lien avec les sciences parmi lesquelles, dans les circonstances présentes, il faut souligner la philosophie, l'économie, l'analyse sociale et certaines sciences naturelles, spécialement la biologie. Cette réflexion théologique guidera non seulement nos ministères, mais aussi notre vie ; elle sera d'autant plus féconde qu'elle s'enracinera davantage dans l'expérience d'une foi personnelle vécue et s'exprimant dans la communauté chrétienne. Enfin, cette réflexion devra être menée au sein du grand courant de la théologie catholique, tout en étant attentive aux circonstances de temps et de lieux et, surtout. de cultures, de manière à pouvoir donner une place à des théologies particulières.

José Ramon Busto Saiz, S.J.

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