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Introduction au décret 13 de la 34 ème CG :
La collaboration avec les laïcs
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Texte du décret 13

1. Une conscience généralisée

A en juger par la quantité de postulats présentés, la Collaboration avec le laïcat est le sujet qui a suscité le plus d'intérêt ou de préoccupations dans la Compagnie à la veille de la Congrégation. Les Congrégations Provinciales envoyèrent 76 postulats(1). Il faut ajouter à ces postulats institutionnels huit autres personnels, et une vingtaine d'autres furent directement confiés à la Congrégation pendant la période permettant de présenter des postulats. On peut dire en toute rigueur que ni la révision de notre droit, sujet premier de la Congrégation, ni aucun autre sujet concernant la Mission ou la Vie dans l'Esprit n'a fait irruption dans la Congrégation avec autant de force que la question du laïcat.

(1) Les six Provinces formant l'Assistance d'Afrique ont envoyé 5 postulats ; l'Amérique du Nord, en y ajoutant le Canada (bien que celui-ci appartienne formellement à l'Assistance d'Europe Occidentale), 16 postulats ; l'Amérique Latine, plus sobre, n'en a présenté que 9 venant de 7 des 16 Provinces formant les deux Assistances d'Amérique Latine. D'Asie sont venus 8 postulats représentant les régions les plus significatives des Assistances d'Asie. L'Europe a été la plus exubérante : elle formula 38 postulats, dont 14 provenaient des 6 Provinces d'Espagne. Enfin l'Australie (qui fait partie de l'Assistance d'Asie Orientale) a envoyé un postulat.

2. Collaboration "avec les laïcs et les autres" dans la Mission :
    deux façons de traiter un même thème

Les vicissitudes du "titre" tout au long de l'élaboration du décret font apparente, d'un côté, les perplexités que la commission rencontra pour donner au document un point de référence exact, et, d'un autre côté, les ambiguïtés et incohérences du contenu provoquant parfois une distorsion du texte.

A partir des "tabloïdes" et des "Documents préparatoires" (Doc. 7). le concept de "laïc" emprunté au "vocabulaire ecclésiastique" (sic) - est utilisé dans un sens très spécifique "intra -ecclésial" : il désigne le laïc conscient de la vocation "qui découle de sa grâce baptismale" (n. 1), apostoliquement et ecclésialement engagé, capable de partager avec les jésuites "un même esprit, un même système de valeurs et une même manière de procéder typiquement ignatiens" (Doc. 7 B). Les autres seraient, d'un côté, "les prêtres et les religieux et religieuses", et, d'un autre, "les gens de tous les credos et de toutes les croyances" ainsi que "tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté". Le document préparatoire 7 a enfermé la collaboration dans un schéma méthodiquement parfait, mais trop étroit. Le Coetus Praevius recommanda le même centre d'intérêt(2). Mais les postulats faisaient aussi référence aux collaborations nécessaires avec les personnes appartenant aux confessions et idéologies les plus variées au sein de mouvements, d'associations (ONGs, Volontariats confessionnellement neutres, sociétés et communautés de base, etc...) et de projets politiques, culturels, sociaux, etc.... de caractère "profane", mais, sans équivoque, humanitaires et "humains". Deux situations diverses, deux horizons distincts, deux options apostoliques possibles : deux manières de mettre en relief le même et unique thème de la collaboration.

La première rédaction eut comme titre : "Collaboration avec les laïcs et les autres dans la
mission" ; la seconde le garda, en dépit d'un bon nombre d'amendements et de suggestions. Cependant dans le troisième et dernier projet, les "autres" furent l'objet d'une "toilette systématique" et disparurent. Le texte s'engagea sur une route plus "familière", essentiellement "intrajésuitique et intraecclésiale". Cependant un amendement accepté in extremis lors du vote final les rattrapa (plus par courtoisie envers les "prêtres et religieux/religieuses" qu'en raison d'un choix de base) . ce fut l'origine du n. 3, apparemment un peu comme une digression. D'autre part, la rédaction des paragraphes sur la "collaboration dans les oeuvres non-Jésuites" (n. 14) a conservé une allure plus "universelle", plus "profane" de la collaboration, celle-ci étant orientée dans le sens d'une "vision intégrale de la mission". Qui voudrait comprendre dans son ensemble la pensée de la Congrégation sur la "collaboration" devra élargir la perspective de ce décret 13 avec les perspectives si riches et suggestives des documents concernant la mission (surtout le décret 5, Dialogue interreligieux, et le décret 4, Notre mission et la culture) en y joignant la très belle synthèse du décret 26, nn. 16-17 : "Partenaires avec d'autres".

(2) "Nous recommandons que ce décret adopte la division en trois parties, déjà utilisée lors de la 31ème Congrégation Générale et dans l'essai préparatoire de la 34ème Congrégation Générale. Cette division permettrait d'éviter la confusion concernant chaque modalité de collaboration dans la mission" (Relatio Praevia n. 14, D. 2). La division tripartite était la suivante : (a) Collaboration laïque dans les ministères de la Compagnie ; (b) Collaboration des jésuites dans les apostolats dirigés par des laïcs ; (c) Les laïcs liés à la Compagnie par un lien plus étroit (Doc. prep. 7, Intr. D).

3. Quelques lignes de force du document

Bien qu'apparemment simple dans sa structure et son déroulement, le document contient de très intéressantes perspectives.

a) Motivations de fond : la lecture des "signes des temps". "Partenariat et collaboration avec d'autres dans le ministère, ne représentent pas une stratégie pratique résultant d'une diminution en hommes" (décret 26, n. 16). Les racines profondes d'une telle option sont multiples et se découvrent dans une lecture des signes des temps.
a'. Une mise en situation face à l'Église : "L'Église du siècle prochain sera l'Église du laïcat". C'est là un "signe des temps". La Compagnie se met au service de cette Église (n. 1).
b' Une mise en situation face à la Compagnie : l'irruption croissante du laïcat dans les oeuvres de la Compagnie ; prévision d'une expansion du leadership des laïcs dans les oeuvres de la Compagnie. C'est un autre "signe des temps" : "nous nous engageons à concourir à ce développement" (n. 2).
c'. Une mise en situation face au "monde". Cette troisième racine a disparu de la rédaction définitive ; elle implique la conscience de ce que la reconstruction de notre monde brisé nécessite beaucoup de bras et que beaucoup sont disposés à participer à cette tâche. C'est un troisième "signe des temps"(3).

b) Une nouvelle définition "des hommes pour les autres" et "des hommes avec les autres" (n. 4). La formule peut être regardée comme une évidence un peu pompeuse ou un ingénieux jeu de mots. Dans la conscience de la Congrégation, elle a une profonde signification apostolique. Il est dit d'elle que c'est un "aspect central de notre charisme", une dimension qui "approfondit notre identité", "une caractéristique essentielle" ou bien "une dimension essentielle de notre actuelle manière de procéder". Dans une application concrète de cette définition générale, le décret 5
(n. 3) affirme que "être religieux aujourd'hui équivaut à être interreligieux".

c) Une "culture de collaboration". La Congrégation Générale entend la collaboration comme "un défi" et comme "une grâce". La vivre n'exige pas seulement une forte vie spirituelle ; est aussi nécessaire une "nouvelle culture" : à un monde de motivations profondes il faut unir un univers de significations, de relations, d'attitudes et de règles de comportement. Le décret parle fréquemment d'un "compagnonnage créatif" comme base et expression de la collaboration. Les documents préparatoires attiraient l'attention sur les résistances et problèmes qu'il faut surmonter : une vie spirituelle et un style de vie de caractère privé, l'insécurité et l'isolement naissant d'une idée non renouvelée de ce que signifie aujourd'hui être religieux, prêtre, jésuite, la fameuse dichotomie laïc-profane/ religieux-sacré, etc.

d) Stratégie de la collaboration. Se référant de préférence, bien que ce ne soit pas d'une manière exclusive, à ce que nous avons appelé une collaboration "intérieure, entre jésuites et au sein de l'Église", le décret esquisse une stratégie complexe : identité et identification sans équivoque des oeuvres, choix des laïcs et des jésuites, formation à la collaboration, structures de collaboration, leadership apostolique des jésuites dans leurs oeuvres propres quand ils sont une minorité ou même sous la direction d'un laïc, financement, encadrement des laïcs et "service" des associations.

(3) Voici ce que disait le premier paragraphe de la première rédaction : "A la veille du troisième millénaire, en contemplant la situation du monde, avec ses ombres et ses lumières, nous découvrons en beaucoup de gens le profond désir de participer au rétablissement de notre monde brisé. Nous reconnaissons qu'un grand nombre de personnes, dans le monde entier et appartenant à toutes les croyances, désirent participer à la construction d'un monde nouveau, fondé sur la justice, la paix et l'égalité. Les signes des temps nous invitent à travailler avec d'autres à une évangélisation intégrale de toutes les cultures et à la libération de tous les peuples. Ainsi, dans ce moment historique, nous, jésuites, nous sentons poussés à unir nos mains et nos efforts avec tous les hommes de bonne volonté pour contribuer à la recréation de la famille humaine".

4. Deux possibilités pour l'avenir

.a) "Un réseau apostolique ignatien". La floraison des associations est perçue par la Congrégation comme un "signe des temps". Les critères ignatiens pour le choix des "missions" mettent en avant le bien plus universel et plus durable. La forte implantation, nationale ou internationale, de la Compagnie a pour résultat une grande quantité de personnes "qui trouvent une spiritualité commune et une même motivation apostolique dans l'expérience des Exercices Spirituels" (n. 21). La Congrégation se demande si l'on ne pourrait pas essayer de créer une sorte de "réseau apostolique ignatien". Elle recommande au Père Général d'explorer cette possibilité.

b) "Un lien plus étroit". Lier juridiquement d'une manière plus étroite les laïcs à la Compagnie a une lointaine origine, en tant que problème, que désir, que projet... L'idée d'un Institut séculier "lié à la Compagnie", l'image d'un Tiers Ordre ou d'une Association unie par un "lien plus étroit" se sont manifestées fortement dans les postulats. La commission a réfléchi, a prié, a consulté... La Congrégation a exprimé sa pensée dans des "votes indicatifs" et dans le vote final : une expérimentation pendant une période de dix ans ; avec des individus ? oui ; avec des associations ? non. Peut-être cette décision minimaliste, prudente (?) et craintive n'est-elle pas ce qu'espérait entendre une opinion publique spécialement sensibilisée à la question.

Melecio Agundez, S.J.

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