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Introduction au décret 11 de
la 34 ème CG :
Pour une juste attitude de service au sein de l'Eglise |
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1. Raisons de ce décret Il s'agit là d'un problème à la fois capital et latent. Il est en effet symptomatique que - malgré le très faible nombre de postulats envoyés par les Congrégations Provinciales - il fut un thème très important dans le déroulement de cette Congrégation Générale. Bien que ce sujet ait été abordé de biais dans un bon nombre de postulats, il ne fut l'objet central que d'un seul de ceux-ci. C'est alors que la Congrégation Générale s'était réunie que furent présentés divers postulats sur ce sujet. Avec différentes nuances, on demandait que soit rappelé à la Compagnie toute notre tradition de fidélité à la Hiérarchie ; on demandait aussi qu'elle éclaircisse dans les circonstances actuelles la question : comment "sentir avec l'Église" et avec quelle Église, la place centrale de cela dans notre spiritualité, sa signification aujourd'hui dans la pratique, comment procéder en cas de conflit, etc... D'autre part, la 33ème Congrégation Générale avait déjà senti la difficulté et l'avait confiée au Père Général. A la différence de ce qui était arrivé dans les Congrégations Provinciales, la Deputatio de statu constata qu'il y avait là un point fondamental que la Compagnie devait examiner et mettre au point, qu'il s'agisse de ce qui touche à la collaboration et aux relations en tant que telles avec la Hiérarchie, ou qu'il s'agisse de l'atmosphère de désaffection envers l'Église institutionnelle qui pourrait être à la base de bien des attitudes et des comportements des jésuites. Bien qu'il y ait moins de conflits qu'en d'autres temps, il se pourrait qu'il y ait dans la Compagnie une prise de distance affective et existentielle qui, sans aller jusqu'à un conflit exprès, affaiblirait le sens de notre appartenance et la conscience que "nous sommes de l'Église, avec l'Église et pour l'Eglise"(1). S'il en était ainsi, cela atteindrait quelque chose de fondamental de la raison d'être de la Compagnie ; une parole de la Congrégation Générale sur ce sujet parut donc nécessaire. La Congrégation Générale choisit ce sujet comme l'un des sujets prioritaires et en confia l'étude à une commission constituée à cet effet. (1) Cf. le discours du Père Général lors de l'audience accordée par le Saint-Père à la Congrégation Générale le 5 janvier 1995. Cf. Appendices I. |
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2. Genèse du décret La commission reprit le problème dans un examen de conscience communautaire : il y a des conflits avec la Hiérarchie, malgré une amélioration évidente des relations avec le Saint-Siège ; mais surtout il y a une désaffection et même un certain sens de supériorité par rapport aux autres instances ecclésiales. Elle reprit les documents de la Congrégation Générale et les textes du Père Général sur ce sujet. On consulta aussi diverses études de spécialistes et de publications du CIS. L'allocution du Père Général à la Congrégation des Procureurs (septembre 1987) fut le principal document qui inspira le travail de la commission. On rédigea un premier texte : celui-ci évitait, d'un côté, de faire un traité théologique avec une ecclésiologie moins centrée sur la Hiérarchie, et, d'un autre côté, de tomber dans une pure parénèse spirituelle nous rappelant l'obligation d'être obéissants à la Hiérarchie. Il y eut alors un bon nombre d'amendements, faisant surtout allusion à la nécessité d'affronter tout conflit avec discernement et autocritique, en demandant aussi un respect cordial envers la Hiérarchie et tout particulièrement envers le Saint-Siège. D'autre part, sans se livrer à une étude de spécialistes, il paraissait nécessaire de prendre en compte les changements en ecclésiologie qu'avait supposé Vatican IL Il était aussi demandé que soit approfondi l'enracinement spirituel de notre lien spécial avec le Saint-Siège. Le second texte reprenait la majorité des suggestions qui avaient été faites. On changea aussi le titre du document, changement important en ce qui concerne l'expression "une juste attitude" - ce qui fait allusion à la nécessité de discerner, entre différentes attitudes sincères possibles, celle qui est juste - et au "service au sein de lÉglise", ce qui renvoie à la spiritualité des Exercices et au quatrième voeu, et renvoie aussi à la mystique d'une mission ecclésiale qui donne sens et raison d'être à la Compagnie. Les corrections ultérieures maintinrent le plan général de ce second texte, bien qu'il y eut pourtant un certain nombre de nuances, surtout en ce qui concerne les problèmes en rapport avec les publications et la presse. Dans la genèse du document, furent pris en compte certains présupposés et points implicites importants : - Il ne parut pas bon à certains de culpabiliser la Compagnie au sujet des conflits qu'il y avait eus. Nombre de ceux-ci correspondent à une authentique participation à la sensibilité profonde de l'Église et sont probablement inévitables dans la conjoncture historique des dernières années. Certains cas précis ont été douloureux pour l'ensemble du corps de la Compagnie. - Il parut très clair à la commission qu'il y avait eu et qu'il y a une loyauté générale de la Compagnie envers l'Église, en dépit des conflits et tensions possibles avec la Hiérarchie, y compris en dépit d'une certaine prise de distance qui a pu se produire. Et il fallait aussi dire cela à tant de jésuites qui consacrent leurs jours en silence au service de l'Église. Mais il ne fait pas de doute que le corps de la Compagnie a besoin de retrouver et d'expliciter la mystiqqe du quatrième voeu et celle du don radical au service de l'Église universelle. Il est aussi urgent de rouvrir les canaux de communication qui explicitent la communion avec le successeur de Pierre et une saine dévotion envers lui. - "Une juste attitude..." s'appuie sur une expérience spirituelle qui est la clé d'un bon discernement, une espèce de "connaissance intérieure de l'Église"(2) : découvrir l'Église qui nait du Seigneur. Lorsqu'Ignace prépare l'exercitant à retrouver son activité qqotidienne, il lui propose les règles pour avoir le sens vrai dans l'Église et la contemplation pour parvenir à l'amour : l'un et l'autre textes font l'objet d'une expérience inséparable. En parvenant à l'amour, contempler comment l'Église est un chemin réel de l'amour de Dieu, c'est là le critère fondamental pour discerner une "juste attitude"; et il est clair qu'il s'agit de l'Église réelle et non pas rêvée. Bien qu'on ne puisse pas réduire l'Église à la Hiérarchie, l'Église est hiérarchique et la hiérarchie est une instance privilégiée par laquelle s'exprime l'Église. En ce sens, pour bien lire le décret, il est fondamental de connaiÎtre et d'avoir en tête l'allocution du Père Général à la fin de la Congrégation des Procureurs de 1987. La Congrégation Générale n'a pas voulu répéter ce qu'il dit là, mais cela est à la base du décret. Là se trouve une base spirituelle solide et rigoureuse, en accord avec nos sources, pour comprendre ce décret. - Les tensions ne sont pas que mauvaises ; elles peuvent être bonnes si elles correspondent à une manière de voir et de sentir les signes des temps, comme le proposent la méditation de l'Incarnation et la contemplation pour parvenir à l'amour. Elles peuvent en outre être nécessaires pour l'évolution et la dynamique au sein de l'Église. Mais il faut avoir en soi et renforcer une affëction~et un vrai respect envers la Hiérarchie et la mission de celle-ci dans lEglise. Il faut aussi apprendre à résoudre positivement ces conflits quand ils arrivent, en empêchant que l'autorité de l'Église soit affaiblie ou que soit atteinte la capacité et la crédibilité missionnaire de la Compagnie, elle dont la mission est toujours ecclésiale et irréalisable sans la communion avec la Hiérarchie. (2) Cf. la demande de grâce des Exercices propre à la deuxième semaine. |
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3. Clés de lecture et schéma général On constate que, par delà les cas de conflits, le ton général de la Compagnie a été et est marqué par un service loyal de l'Église, par le sens de l'Église. Mais l'Église ne se comprend pas elle-même de la même manière ni avec les mêmes images qu'au temps d'Ignace, et cela ne peut pas ne pas nous atteindre. Le monde non plus n'est plus le même, et notre mission elle aussi se voit atteinte par cela. Il faudra du temps pour parvenir à une certaine stabilité après le changement qu'a supposé Vatican Il, et en raison de l'ambiguïté et du relativisme de notre société, en raison du phénomène nouveau que sont les moyens de communication sociale. On ne peut vouloir régler par des normes notre manière de procéder dans ce contexte ; mais il faut certes chercher une attitude cordiale et l'appuyer sur l'expérience spirituelle propre à la Compagnie. On suggère des critères généraux en ce sens. On ne peut entendre une fidélité à l'Église comme étant une pure courroie de transmission de la Hiérarchie. Sentir avec l'Église suppose, avant tout, qu'on participe à la sensibilité du Seigneur, laquelle est incarnée dans son corps historique, l'Église. Cela implique que l'on perçoive, grâce à cette sensibilité, les signes des temps avec le coeur du Samaritain. Lorsque nous, jésuites, sommes engagés et assumons des conflits pour cette raison, nous sommes, pour cette raison et en un sens profond, des hommes qui "sentent avec l'Église". L'obéissance ignatienne et la fidélité exigent discernement et prière. Il n'y a pas d'automatismes faciles. Vivre le mystère de l'Église et une radicale solidarité avec elle et sa mission peuvent aider à donner un sens à des situations qui ne sont pas facilement explicables quand on part d'une vue personnelle, d'un problème concret. Il est urgent d'encourager le dialogue avec la Hiérarchie et de prendre en ce domaine toutes les initiatives nécessaires, pour aider une compréhension mutuelle. La mission reçue avec toute notre sensibilité demande à être reconnue et objectivée par la Hiérarchie. La communion elle-même exige de nous des efforts de communication. Isidro Gonzalez Modrono, S.J. |