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34 e CG -Décret 9:
La pauvreté |
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Introduction En réponse aux appels vigoureux des dernières Congrégations Générales(1), les jésuites ont fait de notables efforts pour vivre une pauvreté, personnelle et communautaire, plus authentique. Le travail avec et pour les pauvres a été encouragé ; la générosité et l'hospitalité ont augmenté dans nos maisons ; la séparation entre ceuvres apostoliques et communautés a clarifié les dépenses ; il y a une plus grande solidarité financière et une sensibilité plus aiguë à la justice. Bref, nous avons progressé en détachement, simplicité de vie, solidarité et partage fraternel, toutes attitudes qui caractérisent la pauvreté évangélique que nous promettons(2). De tout cela, il nous faut rendre grâce à Dieu. (1) 3 le CG, d. 18 ; 32e CG, d. 12 ; d. 2, rut. 20,
28 ; d. 4, ri. 49 ; 33e CG, d. 1, nn. 23-27 ; d. 2. |
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Pourtant malgré ces progrès, il nous faut reconnaître que nous ne sommes pas encore arrivés au profond renouveau que nous demandait en ce domaine la 32ème Congrégation Générale dans son décret 12. Les postulats envoyés à notre Congrégation expriment un malaise face à notre style de vie aisé et nous appellent à nous demander si notre manière de vivre porte un témoignage crédible de notre voeu évangélique de pauvreté. |
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.Ce n'est pas une question en passant. Nous savons bien ce qu'était la pauvreté pour saint Ignace : "rempart assuré de la vie religieuse" dont l'absence "affaiblit, use et ruine" notre vie(3). Mus par l'Esprit de Jésus, Ignace et les premiers compagnons se sont sentis envoyés "prêcher en pauvreté"(4). L'authenticité de notre pauvreté est le test révélant si nous sommes ou non jésuites, si nous suivons manifestement le Christ "pauvre et humble", comme nous l'avons appris dans les Exercices Spirituels(5). (3) Constitutions, [5531, [8161 ; voir aussi la
lettre aux Pères et Frères de Padoue (7.8.1547) dans Ignace de Loyola,
Ecrits, pp. 721-724. Bien qu'écrite par Polanco, à la demande de saint
Ignace, elle exprime les sentiments du fondateur concernant la pauvreté,
considérée comme un don de Dieu qui rapproche les jésuites des pauvres,
"les amis du Roi (Éternel)". |
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Dimension apostolique et prophétique de notre pauvreté Notre pauvreté est apostolique parce qu'elle témoigne que Dieu est l'unique Seigneur de nos vies et l'unique Absolu, parce qu'elle nous fait prendre des distances vis-à-vis des biens matériels et nous libère de tout attachement, pour pouvoir être totalement disponibles au service de l'Évangile et nous engager avec les plus déshérités. De cette façon, la pauvreté est en elle-même mission et annonce des Béatitudes du Royaume. |
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Notre pauvreté est aussi prophétique. Au cours des dernières décennies la clameur des pauvres est devenue plus aiguë. Le fossé entre riches et pauvres, au lieu de diminuer, est devenu plus large. Un capitalisme débridé engendre une croissance disproportionnée de certains secteurs économiques, l'exclusion et la marginalisation dans beaucoup d'autres. Le consumérisme, l'hédonisme et le manque de solidarité ont pénétré la société contemporaine. Se réaliser personnellement, être efficace, compétitif, réussir à n'importe quel prix, voilà les valeurs considérées aujourd'hui comme importantes. Dans ce panorama de contrastes, notre pauvreté personnelle et communautaire devient un signe et un message d'une logique différente, celle de la solidarité évangélique. |
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La pauvreté est condition non équivoque de notre crédibilité(6). Face aux attitudes et valeurs qui dominent dans la mentalité du monde aujourd'hui, vivre radicalement la pauvreté évangélique devient un témoignage contre-culturel de la valeur de la gratuité que saint Ignace(7) a tellement louée. Cette gratuité fait de nous des témoins de l'amour sans limite et gratuit de Dieu qui a donné son Fils pour nous dans le dépouillement total de l'Incarnation et de la croix. Par notre pauvreté nous manifestons aussi que, comme personnes et comme .corps", nous nous considérons comme "la très petite Compagnie" qui vit de Dieu et pour Dieu, sans mettre sa confiance dans les biens matériels, parce que l'amour puissant du Seigneur agit à travers notre petitesse. (6) 33e CG, d. 1, n. 48. |
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Directives et aides Pour le renouveau de notre pauvreté apostolique, cette Congrégation veut à nouveau insister sur certaines des plus pressantes recommandations que nous ont laissées les dernières Congrégations Générales. |
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1. Notre style de vie personnel et communautaire doit être simple, hospitalier et ouvert. Il y a, sans nul doute, des jésuites et des communautés exemplaires par leur austérité de vie. Nous devons reconnaître pourtant que, en certains cas, notre style de vie s'éloigne de ce que vivent les familles modestes du lieu. Nous devons examiner avec sincérité si dans certains domaines (voyages, voitures personnelles, usage privé de postes de télévision, repas dans des restaurants dispendieux, vacances, nombre d'employés dans nos maisons, etc.), nous vivons en accord avec les exigences de notre pauvreté ; nous devons nous demander aussi si nous gagnons vraiment notre vie par notre travail(8). Une vie communautaire de pauvreté partagée est source de joie, et le partage des biens(9) renforce l'union des coeurs. Un témoignage communautaire de simplicité et de sobriété de vie peut aussi éveiller chez certains qui nous visitent le désir de devenir compagnons de Jésus. Nous sommes convaincus que la séparation entre lieu de travail et lieu de vie, recommandée par la 31ème Congrégation Générale(10), aide à fortifier la simplicité et l'intimité de notre vie communautaire. (8) 32e CG, d. 12, n. 7. |
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2. La transparence économique et la dépendance de la communauté dans les recettes et les dépenses sont indispensables pour vivre une pauvreté fraternelle. Nous recevons ce dont nous avons besoin de la communauté ; et c'est à elle que nous devons donner tout ce qui nous arrive comme rémunération, honoraires, aumônes, dons, ou sous quelque autre forme(11). Ce désir de partager avec nos frères sans rien garder en propre doit continuer à être la caractéristique du jésuite qui veut radicalement suivre Jésus. L'utilisation de facilités de la vie moderne telles que les cartes de crédit ou les comptes en banque personnels pouvant mener quelqu'un à vivre financièrement en marge de la communauté, tous doivent se montrer pleinement ouverts au supérieur sur l'usage de l'argent. Ceux qui ont des situations importantes et bien rémunérées doivent être spécialement attentifs ; même si l'acceptation de ces situations doit être discernée avec le supérieur, et si les gains qui en résultent ne peuvent jamais être le facteur déterminant de leur choix, néanmoins ces tâches entraînent avec elles la tentation d'adopter un style de vie plus aisé(12). S'approprier pour un usage personnel les moyens économiques ou matériels d'une œuvre apostolique n'aide pas non plus à la clarté et à l'austérité de vie. (11) 32e CG, d. 12, n. 8. |
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3. Le discernement spirituel nous convertira en "serviteurs vigilants" pour la qualité évangélique de nos vies. . |
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a) Nous pouvons pratiquer le discernement personnel, tellement recommandé par saint Ignace, dans l'oraison et l'examen. Seule une connaissance intime du Seigneur, qui s'est dépouillé de tout pour nous, nous permettra de l'aimer plus profondément et de le suivre de plus près dans son détachement. L'examen nous aidera à découvrir le passage de Dieu dans nos vies, un Dieu qui chaque jour nous appelle à nous donner "davantage" gratuitement, parce que lui-même est celui qui désire se donner "davantage", "se donner à nous autant qu'il le peut"(13). A cela nous aidera l'accompagnement spirituel qui rend plus sûr notre discernement personnel et nous évite de nous tromper nous-mêmes. Sont aussi souhaitables des relations franches et confiantes entre les membres de la communauté et le supérieur, en sorte que celui-ci ne se limite pas à donner des permissions, mais qu'il puisse vraiment aider chacun à garder la pauvreté dans sa pureté et à en vaincre les difficultés. (13) Ex. Sp., [234, 2]. |
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b) Un des objectifs principaux du discernement en commun devra être notre style de vie. Cela requiert que la communauté fasse un projet de vie communautaire qui reflète ses aspirations à vivre de façon simple et solidaire, projet que l'on peut évaluer facilement et à intervalles réguliers. Ce projet doit comporter les moyens concrets d'arriver à la simplicité, la manière, pour la communauté, de manifester l'esprit de gratuité, le mode de partage des biens entre les compagnons et avec les pauvres. Le temps qui précède la visite annuelle du Provincial peut être un moment propice pour une évaluation. L'élaboration du budget annuel, présenté à la communauté non comme une simple routine mais soigneusement et en détail, s'est montrée fort utile pour évaluer le style de vie et voir s'il est comparable à celui des "familles modestes du pays". Il faut faire effort pour rester dans les limites du budget et la communauté doit être informée de la manière dont on y parvient(14). Quand on néglige ces moyens d'aider à la pauvreté, le pécule s'introduit facilement dans la vie des jésuites et on dépense aisément en choses superflues. (14) 32e CG, d. 12, n. 24. |
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4. Les changements dans nos structures administratives introduits par la 32ème Congrégation Générale visent à rendre nos communautés capables de vivre de manière plus modeste et plus solidaire. C'est pour cette raison qu'a été institué le partage des biens, en sorte que le surplus de la communauté soit annuellement redistribué : à l'œuvre apostolique qui dépend d'elle, à d'autres œuvres ou cornmunautés dans le besoin, dans la Province ou hors de celle-ci, et aux pauvres(15). Les institutions apostoliques sont elles aussi soumises, autant que cela est possible, à cette même loi de fraternité à l'égard d'autres ceuvres apostoliques qui ont besoin d'aide(16). La réforme séparant le régime économique de la communauté de celui de l'oeuvre apostolique a, en général, favorisé des progrès dans le sens d'une plus grande solidarité dans le partage et d'une meilleure transparence économique, toujours si nécessaire dans nos communautés et institutions. Pourtant les résultats désirés n'ont pas été partout obtenus ; parfois il y a simplement eu séparation administrative et comptable, sans répercussions sur le niveau de la vie communautaire(17). La 34ème Congrégation Générale demande qu'on mette ces réformes en pratique avec sincérité car, bien observées, elle peuvent transformer notre vie personnelle et communautaire et notre activité apostolique. (15) 32e CG, d. 12, nn. 25-29 ; 3 le CG. d. 19, n. 6b.
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5. Pour "sentir" à la manière ignatienne les angoisses et les aspirations des défavorisés, nous avons besoin d'une expérience personnelle directe(18). Les expériences profondes sont ce qui nous change. Nous ne pourrons sortir de nos façons habituelles de vivre et de penser que par une proximité physique et cordiale avec les façons de vivre et de penser des pauvres et des marginalisés. (18) 32e CG, d. 12, n. 5. |
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a) Ces expériences de proximité avec la pauvreté et la marginalisation devraient accompagner chaque jésuite tout au long de sa vie, même lorsque sa tâche principale n'est pas de travailler avec les plus nécessiteux. "Ressentir à certains moments quelques effets (de la pauvreté)"(19), voilà ce qui doit nous pousser à trouver du temps pour de telles expériences. Elles peuvent être l'occasion d'une conversion radicale. Près des pauvres des hôpitaux et des faubourgs de Venise et de Rome, les premiers membres de la Compagnie "ont connu besoins et privations physiques", mais ils ont aussi expérimenté "qu'est plus heureuse, plus pure et plus apte à édifier le prochain une vie aussi éloignée que possible de toute infection de l'avarice et aussi semblable que possible à la pauvreté évangélique"(20). C'est pourquoi ils désirent que ceux qui viendraient après apprennent eux aussi à "manger, boire, s'habiller, se chausser et dormir selon ce qui est propre aux pauvres" et essayent "d'aller aussi loin que les premiers, ou plus loin encore, en notre Seigneur"(21). Par le témoignage de beaucoup de compagnons qui vivent avec les pauvres, nous savons qu'avec le dur apprentissage de la pauvreté on découvre aussi, dans de telles expériences, la valeur évangélique de la simplicité, de l'hospitalité et du sens de la fête qui caractérisent ordinairement la vie des pauvres. Les supérieurs devront faciliter de telles expériences et procurer à ceux qui désirent les faire le temps nécessaire pour cela. (19) Constitutions, [287]. |
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b) La solidarité avec les pauvres ne peut pas être l'affaire de quelques jésuites seulement ; elle doit caractériser notre vie et nos ministères. Voilà pourquoi, quelle que soit la mission qui nous a été confiée, nous devons, au sein de celleci, travailler pour les pauvres et en vue d'un monde plus juste et fraternel. Mais l'insertion de communautés dans des zones de pauvreté et de marginalisation est un témoignage spécial de notre amour pour les pauvres et pour la pauvreté du Christ(22). Heureusement le nombre de ces communautés a grandi. Les jésuites rendent là un service plein d'abnégation en travaillant avec les pauvres et en vivant comme eux. Les Provinciaux doivent continuer à encourager ces communautés en sorte que, tout en gardant un lien très fort d'appartenance au corps de la Province, elles soient une application visible de notre option préférentielle pour les pauvres et contribuent, par le moyen d'échanges fraternels, à accroître la sensibilité sociale de la Province. (22) 32e CG, ci. 12, n. 10 ; d. 4, nn. 35-36, 49-50. |
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6. Fréquemment nous utilisons, dans nos apostolats, des institutions ou des moyens qui en eux-mêmes ne sont pas pauvres (tous devant toujours être adaptés à leur finalité apostolique). Il convient de rappeler, à ce propos, que l'efficacité et la pauvreté apostoliques sont deux valeurs qu'il faut maintenir ensemble et en continuelle tension, et que ceci doit être la règle tant pour les individus que pour les communautés et les ceuvres(23). Maintenir cet équilibre difficile exige un discernement constant et une disponibilité à abandonner ces institutions et ces moyens quand ils n'assurent plus "le plus grand service" de Dieu. (23) 32e CG, d. 12, n. 9 ; 3le CG, d. 18, n. 4. |
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La pauvreté, une grâce Pour saint Ignace la pauvreté matérielle du jésuite était une grâce. Il demandait de "l'aimer comme une mère", il l'appelait "joyau" et "aimée de Dieu"(24). La grâce apporte toujours joie et paix et nous devons avoir cette même estime pour la pauvreté et la désirer comme une grâce. Pourtant, jusqu'ici, il n'en a pas toujours été ainsi pour beaucoup d'entre nous, parce que nous la vivons avec incohérence et souvent comme une obligation imposée. Décidons-nous, "avec un cœur large et grande générosité", par delà nos peurs, à nous approcher de plus près du Christ, qui "fait toutes choses nouvelles", pour lui demander, personnellement et en communauté, la grâce de la pauvreté et la sagesse pour la vivre comme un don. Une pauvreté renouvelée aura en même temps pour effet une rénovation évangélique de la qualité de vie de notre Compagnie. Vivre la pauvreté comme une grâce, dans un monde égoïste qui n'a aucunsens de la responsabilité envers les autres, nous mettra joyeusement avec le Fils et avec ceux parmi lesquels le Fils veut être, les pauvres et les abandonnés de la terre. (24) Ex. Sp., [147] ; Constitutions, [287] ; Lettre aux Pères et Frères de Padoue (7.8.1547), dans Ecrits, p. 721. |
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