ACCUEIL Ignace de Loyola Missions et Services Devenir Jésuite Histoire de la Compagnie Compagnons de Jésus Sites recommandés Écrivez-nous
34 e CG -Décret 7:
Le frère jésuite
Retour à la table des décrets
Charger le décret 7en .rtf
Introduction du décret 7
1.  

Introduction

Les "Propositions" du Symposium de Loyola (1) et un nombre important de postulats venus des Provinces ont manifesté le désir de la Compagnie d'approfondir davantage la signification et la portée des affirmations des dernières Congrégations Générales (2) qui décrivent la vocation et la mission du frère dans le corps de la Compagnie. Pour répondre à ces désirs, la 34ème Congrégation Générale désire donner un tableau du rôle du frère plus en accord avec la réalité actuelle, mais toujours conforme à la description de l'identité du jésuite qu'a donnée le décret 2 de la 32ème Congrégation Générale. De cette manière, nous voulons unir la fidélité à nos origines et une rénovation adaptée au moment présent (3).

(1) 12-24 juin 1994 ; cf. AR 21 (1994), pp. 54-59.
(2) 31e CG, d. 7; 32e CG, d. 8 ; 33e CG, d. 1, nn. 72-76.
(3) Cf. Vatican II, Perfectae Caritatis, 2 ; Congrégation pour les religieux et les Instituts séculiers et Congrégation pour les évêques, Mutuae relationes, 11 (AAS 70 [1978] 480).

2.  

Identité

Le frère jésuite est un homme qui a entendu l'appel du Père à devenir "compagnon de jésus". Par ses voeux il consacre sa vie, de manière gratuite, à aider à la mission commune du corps apostolique, religieux et sacerdotal de la Compagnie: "le service de la foi dont la promotion de la justice constitue une exigence absolue"(4)

. (4) 32e CG, d. 4, n. 2.

3.  

Dès les premières années de sa conversion, Ignace s'est senti appelé à "venir en aide au prochain" et à se mettre entièrement "au service du Roi éternel et Seigneur universel"(5). Dans leur discernement, les premiers compagnons, "amis dans le Seigneur", sentirent qu'ils devaient concrétiser leur désir de vivre dans l'Église leur vocation apostolique en fondant un Ordre religieux. Dès ce moment décisif, l'expérience apostolique d'Ignace et de ses compagnons est liée à l'exercice du ministère sacerdotal. C'est cette expérience qui est transcrite dans la Formule de l'Institut. Y sont énumérés les ministères que les compagnons peuvent exercer pour réaliser la fin propre du nouvel Ordre : "servir le seul Seigneur et l'Église, son épouse, sous le Pontife Romain, Vicaire du Christ sur la terre"(6). Cependant la mobilité qu'exige un universalisme apostolique, la multiplicité des tâches pastorales et, spécialement, la nécessité d'être aidé pour réaliser la mission amenèrent Ignace à recevoir dans le corps de la Compagnie une diversité de membres, prêtres et frères, qui partagent la même vocation et contribuent à mener à bien cette mission unique.

(5) Ex. Sp., [97].
(6) Formule de l'Institut, n. 1.

4.  

Dès ses débuts, la Compagnie a été conçue comme un "corps" universel. Cette métaphore paulinienne (cf. 1 Co 12, 12 et ss), si chère à saint Ignace qui l'utilise souvent dans les Constitutions lorsqu'il se réfère à l'ensemble de la Compagnie, exprime sa manière de concevoir notre vocation comme une et diverse. Tous les membres de la Compagnie, à travers une variété de situations sociales et culturelles, ont reçu la grâce d'un même appel à suivre Jésus pauvre et humble. Nous avons tous entendu la même invitation à le servir dans son Église. Et nous avons tous été envoyés dans la même mission. Mais, en même temps, "Ignace, rejetant tout égalitarisme et toute uniformité, croyait profondément à la diversité des vocations, basée sur le fait que Dieu appelle chacun par son nom. Ce n'est que dans cet esprit d'ouverture et d'accueil que s'épanouiront les dons divers qui, ensemble, constituent la Compagnie"(7). C'est pourquoi Ignace considérait les degrés dans la Compagnie comme des manières diverses d'être incorporé dans un corps unique et de remplir une même et unique mission, sans que ces degrés n'impliquent en aucune façon des différences de perfection ou de mérite dans le service divin(8). Ainsi, "le corps apostolique de la Compagnie est modelé, comme celui des apôtres, selon le principe de l'union dans la diversité.... une diversité unie par le lien de la charité"(9).

(7) Peter-Hans Kolvenbach, Discours d'ouverture "De statu Societatis" à la Congrégation des Provinciaux, 20 septembre 1990, 192 ; AR 20 (1990), p. 486.
(8). Examen, [13].
(9) Peter-Hans Kolvenbach, Discours inaugural au Symposium sur "La vocation et la mission du frère jésuite" (Loyola, 12 juin 1994), CIS 78 (1995), p. 12 citant Const. [624].

5.  

Les dernières Congrégations Générales, en affirmant l'unité de vocation dans la Compagnie, ont attiré l'attention sur la nécessité de réviser nos attitudes afin que la diversité ne soit pas un obstacle pour avoir vraiment "un seul cœur et une seule âme" (Ac 4, 32). Cette Congrégation renouvelle cet appel pour que l'intégration de tous les jésuites à l'unique corps de la Compagnie soit en tous lieux plus pleinement réalisée. Nous devons nous efforcer de trouver la manière dont nos communautés et nos activités apostoliques, les lieux où, prêtres et frères, nous vivons et travaillons, peuvent exprimer avec transparence et simplicité l'unicité de la vocation et de la mission de la Compagnie.

 .

Les frères, autant que les prêtres, ont leur place dans la Compagnie en raison de l'appel unique et commun du Seigneur à le suivre en vivant la radicalité évangélique de la vie religieuse. Mais la vocation à la vie religieuse est distincte de la vocation au sacerdoce. "D'une certaine façon, le religieux frère représente la vie religieuse dans son essence même et est donc à même d'exprimer cette vie avec une évidence particulière"(10). Ainsi, la première et la plus importante contribution des frères est le don de leur personne, offerte librement pour le service du Seigneur(11). C'est donc dans la transparence de la vie religieuse qu'ils donnent un témoignage prophétique, à l'intérieur de l'Église et de la Compagnie, au monde d'aujourd'hui.

(10) Peter-Hans Kolvenbach, Préface à "La vocation et la mission du frère jésuite", op. cit., p. 3.
(11) Pedro Arrupe, Entretien avec des frères sur la vocation du frère jésuite, 4 ; AR 17 (1978), p. 392.

7.  

Mission

Le frère vit sa vocation religieuse en tant qu' "envoyé". Il est essentiellement un homme avec une mission, mission que, par ses Supérieurs, il reçoit du Christ lui-même (12). Il réalise cette mission comme membre d'un corps apostolique dont la fin "n'est pas seulement de s'employer, avec la grâce divine, au salut et à la perfection de l'âme de ses membres, mais, avec cette même grâce, de chercher intensément à aider au salut et à la perfection de celle du prochain"(13).

En tant que membres de ce corps, les frères participent et contribuent à cette unique vocation apostolique en raison d'un appel personnel de l'Esprit. Ils enrichissent la mission de la Compagnie par leur participation à ce que saint Paul appelle "le service sacerdotal de I'Évangile de Dieu " (Rm 15, 16).

Les missions spécifiques qui peuvent être confiées aux frères comprennent un grand nombre des fonctions et des ministères que la Formule de l'Institut énumère comme étant propres à la Compagnie.

Ces activités mises en oeuvre par les premiers compagnons continuent d'inspirer aujourd'hui aussi la Compagnie. La 31ème Congrégation Générale affirmait déjà que l'activité apostolique des frères se définit "par les mêmes principes qui définissent le service de la Compagnie entière, à savoir la visée d'un plus grand service de Dieu et du bien plus universel"(14).

Aujourd'hui, la Compagnie décrit notre identité de jésuites en termes d'"engagement, sous l'étendard de la croix, dans la lutte décisive de notre temps : la lutte pour la foi et la lutte pour la justice qu'elle implique"(15). Les frères sont donc intimement engagés dans toutes les tâches apostoliques de la Compagnie dans lesquelles cette mission se réalise : aussi bien dans les travaux de toutes natures, matériels et techniques, au service de l'apostolat et du corps de la Compagnie, que dans l'annonce explicite de Jésus par l'aide et la conversation spirituelles, les Exercices Spirituels, la catéchèse et l'enseignement. Ils se rendent disponibles pour être envoyés à ceux qui sont victimes d'une discrimination, à ceux qu'on prive de dignité, aux sans-voix et aux sans-pouvoir, à ceux dont la foi est chancelante et à ceux qui veulent entendre l'annonce de la Bonne Nouvelle de Jésus, ainsi qu'aux communautés et aux œuvres qui ont besoin de leur aide pour la réalisation de la mission de la Compagnie.

(12) Cf. 32e CG. d. 2, n. 14.
(13) Examen, [3]. 14~ 3 le CG, ci. 7, ri. 2. 15. 32e CG, d. 2, n. 2.
(14) 31e CG, d.7, n.2.
(15) 32e CG, d.2, n.2.

8.  

La riche histoire des frères saints et bienheureux, et la multiplicité des travaux et ministères accomplis par les frères dans le monde entier montrent bien la diversité et la complémentarité de la mission apostolique du frère dans la Compagnie.

A côté de l'image de frères comme Alphonse Rodriguez et François Garate, qui sont parvenus à la sainteté dans les travaux domestiques, il convient de faire connaître aussi la vie d'autres frères comme Jacques Kisai, Dominique Collins et Nicolas Owen, qui ont travaillé avec dévouement et générosité dans les ministères extérieurs de la Compagnie jusqu'à donner leur propre vie. Cela contribuera à donner une image plus juste de la vocation de frère et favorisera l'éveil de vocations nouvelles.

9.  

Communion

Depuis la 31ème Congrégation Générale, l'intégration et la participation des frères à la vie et à la mission apostolique de la Compagnie ont fait de grands progrès. Leur formation a été améliorée ; des responsabilités dans des oeuvres et des activités apostoliques importantes leur ont été confiées ; ils ont été nommés consulteurs de maison ou de Province, etc. La Congrégation, s'appuyant sur ces expériences positives, encourage toute la Compagnie à continuer à avancer dans cette direction : c'est le meilleur moyen d'exprimer l'unité de vocation et de mission du corps de la Compagnie.

10.

La pleine réalisation de cette intégration se heurte encore à des résistances en certains endroits. On rencontre encore parmi nous des attitudes qui réclament une conversion, en même temps que deviennent nécessaires une plus grande estime et une plus grande valorisation de la vocation de frère. Ceci sera possible si nous veillons à ce que des attitudes et préjugés sociaux ou culturels, bien étrangers à l'Évangile, ne viennent marquer nos relations mutuelles dans la Compagnie.

11.

En partageant entre pères, frères et scolastiques tout ce qui fait une vie de communauté, la foi, les travaux domestiques, la détente, la prière, le discernement apostolique, l'Eucharistie, les Exercices Spirituels, nous deviendrons d'authentiques "amis dans le Seigneur". Ce partage de vie favorisera la création de communautés où nous nous sentirons coresponsables les uns des autres dans une marche commune à la suite du Christ, et complémentaires au service d'une même mission. Pour que ce partage soit une réalité parmi nous, une maturité humaine et spirituelle et une meilleure formation à la communication interpersonnelle sont indispensables.

12. Le terme de "coadjuteur temporel" étant tombé en désuétude dans le langage courant, la Congrégation Générale décide que, dorénavant, dans tous les textes ordinaires ou officiels de la Compagnie, on n'utilisera plus que le terme "frère", ou "frère jésuite", et non celui de "coadjuteur temporel".
13. La Congrégation Générale demande au Père Général, s'il le juge opportun, soit de créer un organe (secrétariat), soit de nommer un prêtre ou un frère (conseiller), chargé de toutes les questions relatives aux frères, en vue d'une plus grande efficacité dans la mise en oeuvre de ce qui est prescrit dans ce décret et dans ceux des Congrégations Générales précédentes.
14.

Formation

La diminution du nombre des vocations ne doit pas entraîner comme conséquence un affaiblissement des critères d'admission au noviciat. Ceux qui sont admis comme frères doivent être des hommes de foi, désireux de servir, suffisamment mûrs, possédant les qualités pour vivre en communauté et capables de s'intégrer dans le corps et la mission de la Compagnie.

Là où cela sera jugé nécessaire, on mettra en place un programme de "prénoviciat" afin d'aider les candidats à acquérir le niveau nécessaire pour entrer au noviciat.

15.

La Congrégation Générale pense qu'il peut être bon que les Provinces admettent au noviciat des candidats dans le degré d' "indifférent", afin qu'ils puissent mieux discerner, au cours du noviciat, leur vocation de frère ou de prêtre.

16.

Les responsables de la formation des frères les aideront à orienter leurs aspirations les plus profondes et à enraciner dans leur coeur l'amour de leur vocation, la volonté de servir et le zèle pour la mission.

17. On établira pour les frères des programmes de formation bien structurés qui les préparent de façon appropriée à vivre, à servir et à s'intégrer socialement au sein de la Compagnie. Ces programmes devront inclure les dimensions humaine, sociale, spirituelle, théologique, pastorale et professionnelle. Ceux qui ont les qualités nécessaires pour de telles tâches seront préparés à travailler comme promoteurs des vocations et comme formateurs dans les Provinces. Pour parvenir à une meilleure intégration, les frères en formation vivront, si cela est possible, dans les mêmes communautés que les scolastiques. Les Provinciaux veilleront à suivre de très près le déroulement de ces programmes, en les appliquant avec la souplesse qui convient.
18.

Dans le cas où une Province, que ce soit par manque de moyens ou à cause du petit nombre des frères, ne pourrait pas mener à bien un tel programme, il est recommandé de faire appel à la collaboration interprovinciale ou même entre Assistances.

19.

On donnera aux frères la possibilité d'apprendre une langue étrangère, selon les recommandations de la présente Congrégation Générale dans son décret sur la coopération interprovinciale et supraprovinciale(16). Cette étude leur permettra de mieux communiquer avec leurs compagnons d'autres pays et leur permettra d'être plus disponibles pour certaines missions internationales.

(16) 34e CG, d. 21, n. 10.

20.

Pour être efficaces dans leur mission, tous les jésuites ont besoin d'actualiser leurs connaissances dans ce qui touche à leur travail apostolique et de se sentir soutenus dans leur vie de foi. Par conséquent, les frères formés seront encouragés à suivre des cours de formation permanente, qui favorisent leur renouvellement spirituel et psychologique et les maintiennent à jour dans les domaines de leur compétence pastorale et professionnelle.

21.

Conclusion

La 34ème Congrégation Générale a apporté des changements importants dans notre droit dans le but de rendre plus réelles l'intégration et la participation des frères à la vocation et à la mission communes de la Compagnie. Ces changements sont les suivants :

- formulation normative d'une vocation et mission spécifique:NC 6 § 1 1°-3° ;
- élimination du nom de "coadjuteur temporel" dans le langage quotidien et dans les documents officiels à venir : NC 326 § 4;
- préparation spéciale pour l'entrée au noviciat, quand cela sera nécessaire : NC 25 § 2a ;
- ordinairement, noviciat commun avec les scolastiques : NC 43 § 1;
- formation commune au noviciat pour ce qui concerne les aspects communs de notre vocation, mais formation séparée pour ce qui concerne les autres: NC 48 §§ 2-3 ;
- abolition de la règle interdisant d'acquérir plus d'instruction qu'on n'en possédait en entrant dans la Compagnie, et nouvelles règles concernant les études : Examen [117] ; NC 81 § 3; 83 § 3; 98; 243 §§ 2-3;
- modification dans l'Examen et les Constitutions des passages concernant le Troisième An réservé aux scolastiques : Examen [119] ; Const. [514, 516] ;
- encouragement donné aux communautés comprenant des prêtres, des frères et des scolastiques, pour promouvoir la communion fraternelle et l'union dans la mission apostolique: NC 326 § 3,4c;
- voix passive accordée pour l'élection en tant qu'électeurs dans une Congrégation Générale: 34ème CG, d. 23, A, n. 2 ; ceci sera inclus dans la révision des Formules pour les Congrégations Générales et Provinciales ;
- abolition d'une limitation du nombre des frères ayant émis les derniers vœux qui peuvent participer à une Congrégation Provinciale : implicitement dans le décret 23, D, n. 4 de la 34ème Congrégation Générale; ceci sera inclus dans la révision de la Formule pour une Congrégation Provinciale.

22.

En même temps, nous désirons rappeler que, pour favoriser une vraie communion entre tous les membres de la Compagnie, ce qui est requis avant tout est une attitude du cœur et de l'esprit portant à estimer et à accueillir chaque jésuite comme un frère et un ami dans le Seigneur. Car c'est "la loi intérieure de la charité et de l'amour que l'Esprit-Saint écrit et imprime dans les coeurs qui doit, plus qu'aucune constitution extérieure, y aider"(17).

(17) Constitutions, [134].

Retour à la table des décrets
Charger le décret 7en .rtf
Introduction du décret 7