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34 e CG -Décret 26 : |
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1. Certaines attitudes, valeurs et modèles de comportement s'unissent pour former ce qu'on a appelé la manière jésuite de procéder. Les caractéristiques de notre manière de procéder ont leur origine dans la vie de saint Ignace et ont été partagées par ses premiers compagnons. Jérôme Nadal écrit que "la forme de la Compagnie se trouve dans la vie d'Ignace"(1). "Dieu nous l'a dressé devant les yeux comme un modèle vivant de notre manière de procéder"(2). 2. La 34ème Congrégation Générale a examiné quelles étaient, parmi ces caractéristiques, celles qui ont spécialement besoin d'être soulignées aujourd'hui, et quelles formes elles devaient prendre dans les situations nouvelles et les ministères en évolution dans lesquels nous travaillons aujourd'hui. Nous suggérons que ce qui suit en fasse partie. (1) MHSI Nadal V-I, pp. 268 [II] et 287 [52a]. |
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Un profond amour personnel de Jésus Christ 3. Ici, demander une connaissance intérieure du Seigneur, qui pour moi s'est fait homme, afin que je l'aime et le suive davantage(3). 4. Avec un sentiment de repentir, de gratitude et d'étonnement - mais surtout avec un amour passionné - Ignace d'abord, et après lui chaque jésuite, s'est tourné en priant vers "le Christ notre Seigneur mis en croix devant moi" et s'est posé la question: "qu'ai-je fait pour le Christ ? que fais-je pour le Christ ? que dois-je faire pour le Christ ?"(4) Ces questions jaillissent d'un coeur mû par une profonde reconnaissance et un profond amour. Telle est la grâce de fondation qui lie les jésuites à Jésus et les lie entre eux. "Qu'est-ce qu'être jésuite aujourd'hui ? C'est se savoir, bien que pécheur, appelé à être compagnon de Jésus comme le fut Ignace". La mission du pécheur réconcilié est mission de réconciliation : l'œuvre de la foi qui fait la justice. Le jésuite donne gratuitement ce qu'il a reçu gratuitement : le don de l'amour rédempteur du Christ. 5. Nous portons aujourd'hui ce don du Christ, qui va à l'encontre de la culture, à un monde que séduisent l'accomplissement humain égocentrique, le luxe et la vie confortable, un monde qui applaudit au prestige, au pouvoir et à l'autosuffisance. Prêcher dans un tel monde le Christ pauvre et humble, avec fidélité et courage, c'est s'attendre aux humiliations, aux persécutions et même à la mort. Nous en avons été témoins dans l'histoire de nos frères au cours de ces dernières années. C'est résolument, cependant, que nous poursuivons notre marche, par "désir de ressembler à notre Créateur et Seigneur Jésus Christ et de l'imiter en quelque façon, puisqu'il est la voie qui conduit les hommes à la vie"(6). Aujourd'hui comme hier, c'est cette dévotion profonde et personnelle à Jésus, lui qui est le Chemin, qui caractérise principalement la manière jésuite de procéder. (3) Ex. Sp., [104]. |
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Contemplatifs dans l'action 6. À cela s'ajoutait que, en toutes choses, actions ou conversations, il sentait et contemplait la présence de Dieu et l'attrait des choses spirituelles il était contemplatif dans l'action, ce qu'il exprimait habituellement par ces mots : il faut trouver Dieu en toutes choses(7). 7. Le Dieu d'Ignace est le Dieu qui est au travail en toutes choses: travaillant pour le salut de tous comme on le voit dans la Contemplation pour parvenir à l'amour ; agissant directement et sans intermédiaire avec celui qui fait les Exercices, comme il est dit dans les Annotations 15 et 16; œuvrant comme Christ, Roi éternel, pour la libération du monde; conservant, conduisant et faisant avancer la Compagnie de jésus, après lui avoir donné naissance, comme nous le lisons au début et à la fin des Constitutions. 8. Un jésuite ne se contente donc pas de n'importe quelle réponse aux besoins des hommes et des femmes d'aujourd'hui. L'initiative doit venir du Seigneur qui est à l'œuvre ici et maintenant dans les événements et les hommes. Dieu nous invite à nous joindre à lui dans ses travaux, comme il l'entend et selon ses voies. Découvrir le Seigneur et se joindre à lui qui peine pour amener toute chose à sa plénitude est au coeur de la manière jésuite de procéder. C'est la méthode ignatienne du discernement priant, qui peut être décrit comme "une constante interrelation entre expérience, réflexion, options et action, selon l'idéal du jésuite 'contemplatif dans l'action'"(8). Par un discernement apostolique personnel et communautaire vécu dans l'obéissance, les 'jésuites prennent la responsabilité de leurs choix apostoliques dans le monde d'aujourd'hui. En même temps, un tel discernement s'ouvre, pour embrasser la communauté élargie de tous ceux avec qui nous oeuvrons dans la mission. (7) MHSI Nadal IV, p. 651. |
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Un corps apostolique dans l'Église 9. A la fin nous avons tranché par l'affirmative : ... nous ne devions pas briser ce que Dieu a rassemblé et uni, mais plutôt l'affermir et le consolider de plus en plus en nous groupant en un corps unique(9). 10. Les premiers jésuites étaient, autant que cela était possible, envoyés en groupes d'au moins deux(10), suivant l'exemple de Jésus. Même quand ils étaient dispersés, les liens d'unité avec les supérieurs et entre eux restaient très forts grâce à la communication constante et à la correspondance sur laquelle Ignace insistait, et spécialement grâce au compte de conscience. Travaillant fort loin de Rome, dans les Indes, Xavier l'exprimait simplement : "Compagnie de Jésus veut dire Compagnie d'amour"(11). 11. Les jésuites aujourd'hui s'unissent ensemble parce que chacun de nous a entendu l'appel du Christ, Roi éternel. De cette union avec le Christ découle nécessairement l'amour fraternel. Nous ne sommes pas seulement compagnons de travail ; nous sommes amis dans le Seigneur. La communauté à laquelle nous appartenons est le corps entier de la Compagnie, aussi dispersé qu'il soit sur la face de la terre. Alors que nous venons de tant de nations et de cultures, parlant tant de langues diverses, notre union' loin de s'en trouver menacée, s'enrichit de cette diversité. Dans la prière partagée, dans les conversations et dans la célébration de l'Eucharistie, chacun de nous trouve les forces spirituelles nécessaires pour une communauté apostolique. Et dans notre service du Seigneur et de son Épouse, l'Église, peuple de Dieu, nous sommes spécialement unis au Pontife Romain pour être envoyés aux missions qu'il peut nous confier (12). Comme hommes d'Église, nous ne pouvons que faire nôtre la pensée de l'Église, conduite par l'Esprit du Seigneur Ressuscité(13). (9) Délibération des Premiers Pères de 1539, 3 ; dans
Ignace de Loyola, Écrits, p.278. |
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Solidaires des plus défavorisés 12. Pour la plus grande gloire de Dieu notre Seigneur, notre objectif principal est (...) de prêcher, de confesser, de faire des leçons publiques, d'enseigner les petits enfants, de donner l'exemple, de visiter les pauvres et d'exhorter le prochain. Chacun selon le talent qu'il a, nous animerons ceux que nous pouvons à la dévotion et à la prière(14). 13. Ignace et ses compagnons commencèrent leur prédication "dans la pauvreté". Ils travaillaient avec les puissants et les sans-pouvoir, avec les princes, les rois et les évêques, mais aussi avec les prostituées et les victimes de la peste. Il y avait pour eux un lien entre leur ministère auprès des puissants et les besoins des sans-pouvoir. 14. Aujourd'hui, quel que soit notre ministère, nous nous faisons, comme jésuites, solidaires avec les pauvres, les marginaux, les sans-voix, pour qu'ils puissent participer aux processus qui modèlent la société dans laquelle tous nous vivons et travaillons. A leur tour, ils nous enseignent la pauvreté comme aucun document ne peut le faire. Ils nous aident à comprendre le sens de la gratuité de nos ministères, donnant gratuitement ce que nous avons reçu gratuitement, donnant notre vie même. Ils nous montrent le chemin de l'inculturation des valeurs évangéliques dans des situations où Dieu est oublié. Grâce à cette solidarité, nous devenons des "agents d'inculturation"(15). (14) Instruction d'Ignace aux Pères envoyés au Concile
de Trente, dans Ignace de Loyola, Écrits, p. 687. |
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Partenaires avec d'autres 15. (...) Cette même raison doit encore faire préférer l'aide apportée à de grandes nations, comme les Indes, ou à des villes importantes ou à des universités où se rassemblent ordinairement davantage de personnes qui, après avoir été aidées, pourront être des ouvriers pour en aider d'autres(16). 16. Partenariat et collaboration avec d'autres dans le ministère ne représentent pas une stratégie pratique résultant d'une diminution en hommes. Il s'agit d'une dimension essentielle de la manière jésuite de procéder aujourd'hui, enracinée dans la constatation que préparer notre monde complexe et divisé à la venue du Royaume demande une pluralité de dons, de perspectives et d'expériences, à la fois internationales et pluriculturelles. 17. Aussi les jésuites collaborent-ils dans l'Église avec des laïcs, hommes et femmes, avec des religieux et religieuses, les prêtres et les évêques de l'Église locale où ils servent, avec les fidèles d'autres religions et avec tous les hommes et les femmes de bonne volonté. Plus nous développons un large réseau de relations fondées sur le respect mutuel et ouvertes à l'action, et plus nous réalisons la prière sacerdotale du Christ demandant "que tous soient un" (Jn 17,20). (16) Constitutions, [622]. |
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Appelés à un ministère nourri de savoir 18. Une fois que ledit pèlerin comprit que c'était la volonté de Dieu qu'il ne se trouve pas à Jérusalem, il en vint à se demander sans cesse en lui-même: "quid agendum ?" A la fin, il inclinait davantage à étudier quelque temps pour pouvoir aider les âmes et il décidait d'aller à Barcelone(17). 19. Ignace vit très vite la nécessité de l'étude pour le service de la foi et le ministère de la Parole. Il écrit dans la Formule de l'Institut : "Cet Institut exige des hommes tout à fait humbles et prudents dans le Christ, éminents par la pureté de la vie chrétienne et par la science"(18). Ce fut dès lors un trait caractéristique des jésuites de vivre, dans une tension créatrice, cette exigence ignatienne d'utiliser tous les moyens humains, science, art, étude, vertu naturelle, tout en se reposant totalement sur la grâce divine. 20. Dans notre ministère aujourd'hui nous respectons et estimons ce qu'il y a de bon dans la culture contemporaine, tout en proposant de manière critique d'autres solutions aux aspects négatifs de cette culture. Dans le contexte des défis et des chances également complexes du monde contemporain, ce ministère requiert tout le savoir et l'intelligence, l'imagination et l'ingéniosité, les études solides et l'analyse rigoureuse dont nous pouvons disposer. Vaincre l'ignorance et les préjugés par l'étude et l'enseignement, faire de l'Évangile au sens propre une "Bonne Nouvelle" dans un monde confus et troublé grâce à la réflexion théologique, cela aussi est une caractéristique de notre manière jésuite de procéder. (17) Récit, 50. |
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Des hommes envoyés, toujours disponibles pour de nouvelles missions 21. Si la permission ne leur était pas donnée de rester à Jérusalem, ils retourneraient à Rome et se présenteraient au Vicaire du Christ pour qu'il les emploie là où il jugerait que ce serait davantage à la gloire de Dieu et plus utile pour les âmes(19). 22. En promulguant les Constitutions, Nadal pose cette question : pourquoi y a-t-il des jésuites ? Il y a déjà des prêtres diocésains et des évêques. La réponse est simple : notre charisme, la raison même de notre existence, est de pouvoir aller là où les besoins ne reçoivent pas de réponse. Notre manière de procéder encourage cette mobilité(20). 23. Le jésuite est essentiellement un homme en mission, une mission qu'il reçoit du Saint-Père et de son supérieur religieux, mais en dernier ressort de Jésus Christ lui-même, celui qui a été envoyé par le Père. Les jésuites restent "prêts à tout instant à parcourir l'une ou l'autre partie du monde où ils seront envoyés par le Souverain Pontife ou par leurs supérieurs"(21). 24. Aussi est-ce une caractéristique de notre manière de procéder que nous vivions avec une liberté d'action, une ouverture, une capacité d'adaptation, un désir même de toute mission qui pourrait nous être donnée. Oui, l'idéal est de se consacrer sans condition à la mission, libres de tout intérêt mondain et libres pour le service de tous. Notre mission consiste aussi à faire naître en d'autres le même esprit missionnaire. (19) Récit, 85. |
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Toujours à la recherche du Magis 25. Ceux qui voudront davantage s'attacher et se distinguer en tout service de leur Roi éternel et Seigneur universel, non seulement offriront leurs personnes à la peine, mais ( ... ) ils feront des offrandes de plus grande valeur et de plus grande importance(22). 26. Le magis n'est pas seulement une caractéristique jésuite parmi d'autres. Il les imprègne toutes. Toute sa vie Ignace a été un pèlerin à la recherche du magis, de la gloire de Dieu toujours plus grande, du service toujours plus complet du prochain, du bien plus universel, des moyens apostoliques plus efficaces. "La médiocrité n'a pas sa place dans la vision du monde d'Ignace"(23). 27. Les jésuites ne se contentent jamais du statu quo, du déjà connu, du déjà essayé, du déjà existant. Nous sommes sans cesse conduits à découvrir, à redéfinir le magis et à y tendre. Pour nous, les frontières et les bornes ne sont pas des obstacles ou des points d'arrivée, mais de nouveaux défis à relever, de nouvelles occasions à accueillir. Oui, nôtres sont une sainte audace, une "certaine agressivité apostolique"(24) dans notre manière de procéder. (22) Ex. Sp., [97]. |
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Conclusion 28. Notre manière de procéder représente un défi. Mais "cette manière de procéder est la raison pour laquelle chaque fils de la Compagnie agit et réagit toujours, dans les situations les plus imprévues, d'une manière qui est, avec cohérence, ignatienne et jésuite"(25). 29. Puissions-nous vivre toujours plus fidèlement cette Manière de procéder du Christ tracée pour nous par saint Ignace. Pour cela, nous reprenons la prière du Père Arrupe : "Seigneur, en méditant sur notre manière de procéder, j'ai découvert que l'idéal de notre manière de procéder était ta manière de procéder. ... Donne-moi le sensus Christi : que je puisse ressentir tes sentiments, les sentiments de ton coeur par lesquels tu aimes le Père et les hommes.... Enseigne-moi à souffrir avec ceux qui souffrent : avec les pauvres, les lépreux, les aveugles, les paralytiques. .... Enseigne-nous ta manière de procéder pour qu'elle devienne, aujourd'hui, notre manière et que nous puissions accomplir l'idéal d'Ignace: que nous soyons tes compagnons, que nous collaborions à ton œuvre de rédemption ... "(26). (25) Ibid., p. 433. |
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