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34 e CG -Décret 21 :
La collaboration interprovinciale
et supraprovinciale
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Introduction du décret 21
1.  

Notre vision

L'héritage ignatien. Le caractère international de notre mission a son origine dans la vision trinitaire d'Ignace; son expression significative se trouve dans notre quatrième vœu d'obéissance au Pape. Ignace et ses compagnons décidèrent de former un seul corps apostolique à mettre à la disposition du Vicaire du Christ pour une mission universelle. Pour Ignace, plus le service était universel, plus il était divin. Ceci a signifié, tout au long de notre histoire, que les jésuites sont prêts à aller partout dans le monde où leur service est le plus nécessaire ; cette disponibilité doit être une attitude de chaque jésuite et une caractéristique de toute la Compagnie : mobile, agile, répondant aux besoins d'un monde qui change rapidement.

2.  

Le monde et l'Église aujourd'hui. Aujourd'hui plus que jamais, les besoins du monde constituent un appel urgent à mettre en pratique notre universalisme ignatien. La conscience croissante que nous avons du monde nous a donné de réaliser plus profondément que certains problèmes sont de nature planétaire et exigent dès lors des solutions planétaires : la coupure entre riches et pauvres et, en conséquence, la nécessité de chercher un autre ordre économique mondial ; la lutte pour vaincre les forces internationales qui tendent à marginaliser l'Afrique tout entière ; la nécessité de reconstruire des sociétés entières après l'effondrement de régimes totalitaires ; une meilleure répartition des ressources disponibles pour l'évangélisation. Nombreux sont les besoins qui appellent à une action commune ; le monde cherchant difficilement son unité requiert la présence, le témoignage et l'engagement de la Compagnie.

3.  

Vivre notre héritage. Un service apostolique efficace demande aussi une prise de conscience vivante de l'Eglise locale. Nous devons promouvoir l'inculturation en vue d'évangéliser tous les peuples et toutes les cultures. Nous devons donc être apostoliquement enracinés sans laisser s'affaiblir le caractère universel de notre vocation et de notre service. Il nous faut consacrer toutes nos énergies à la mission particulière que nous avons reçue, contribuant au dynamisme de l'œuvre apostolique, de la communauté et de la Province où nous servons, sans perdre la conscience que nous sommes envoyés dans la vigne universelle du Seigneur. Ensemble nous formons un unum corpus apostolicum. Il y a là une tension qui n'est pas facile à vivre entre ce qui est local et ce qui est universel. Notre conscience universelle a besoin d'être nourrie, de s'exprimer, de se voir mise au défi.

4.  

Qu'avons-nous réalisé ?

Les dernières Congrégations Générales ont souligné la dimension universelle de notre vocation, et mis en relief de diverses manières l'importance de la collaboration internationale(1). On a rappelé aux Provinciaux qu'en plus de leur responsabilité concernant leur propre Province, ils partagent avec le Père Général une responsabilité concernant "les besoins de toute la Compagnie"(2). En réponse à ces appels, bien des fruits positifs ont été obtenus. La conscience de former un seul corps universel a progressé. L'universalisme ignatien a trouvé de nombreuses manières différentes de s'exprimer: aide mutuelle et solidarité entre Provinces et Régions, partage d'informations et d'expériences, rencontres et groupes de travail interprovinciaux, diversité d'activités entreprises en commun. En particulier, les Conférences de Supérieurs Majeurs ont favorisé une meilleure communication et une attention plus grande aux problèmes communs, et débouché parfois sur la création d'œuvres communes.

(1) 31e CG, d. 48, n. 8 ; 32e CG, d. 4, n. 81 ; 33e CG, d. 1, n. 46.
(2) 30e CG, d. 49; 31e CG, d. 47, n. 8; 32e CG, d. 4, n. 68 ; Directives pour les Provinciaux, n. 58.

5.  

Nous nous trouvons cependant en plein accord avec le Père Général pour dire que "nous n'exploitons pas toutes les possibilités qui nous sont données du fait que nous sommes un corps apostolique international"(3). Un certain provincialisme, les exigences immédiates des besoins locaux et le manque de structures appropriées et harmonisées entre elles nous ont empêchés de mettre en oeuvre notre potentiel universel. S'il nous faut répondre aux appels du monde d'aujourd'hui dans la fidélité à notre vocation universelle, nous devons aller plus loin que nos réalisations présentes. Nous devons approfondir notre "esprit aux dimensions du monde" et renforcer les liens formels et informels qui faciliteront davantage la collaboration régionale et mondiale. Dans l'esprit de cette Congrégation Générale, esprit de mise en oeuvre concrète, nous proposons les recommandations qui suivent.

(3) Peter-Hans Kolvenbach, Discours d'ouverture "De statu Societatis" à la Congrégation des Provinciaux, Loyola 1990, AR 20 (1990), p. 473.

 .

Recommandations

Promouvoir le sens de l'universel. En réponse à la grâce de notre vocation de jésuites, nous devons promouvoir parmi nous le sens de l'universel, non seulement dans l'admission et la formation des nouveaux membres, mais aussi comme attitude intérieure de chaque jésuite, spécialement de ceux qui ont une responsabilité de gouvernement.

7.  

Candidats : L'universalité de la Compagnie doit être présentée aux candidats, et l'évaluation de leur aptitude doit prendre en compte leur ouverture à cette caractéristique de notre vocation et leurs capacités en ce domaine.

8.  

Formation : L'universalité de la Compagnie comme caractéristique de notre charisme ignatien doit être soulignée à chaque étape de la formation. L'appropriation de cette dimension de notre charisme peut être renforcée par des expériences de la Compagnie universelle, telles que les rencontres internationales de jeunes en formation et les occasions de se familiariser avec une autre culture dans une autre partie du monde. Autant qu'il sera possible, les jésuites doivent recevoir une partie de leur formation dans une autre culture.(4)

(4) Normes générales des études, n. 46.

9.  

Formation permanente : La formation permanente aura parmi ses objectifs de nourrir le sens de l'universel par l'expérience du caractère universel de la Compagnie : tout jésuite doit avoir l'occasion de faire une telle expérience. Ceci ne développera pas seulement un sens ignatien personnel de l'universel, mais permettra aussi aux Provinces de s'ouvrir à une perspective plus universelle.

10.

Connaissance des langues : Pour faciliter la communication avec d'autres cultures et à l'intérieur de la Compagnie universelle, tous doivent apprendre d'autres langues que la leur, et la Compagnie s'efforcera d'avoir une langue commune. Dans ce but, les jésuites en formation apprendront l'anglais, et ceux dont l'anglais est la langue maternelle apprendront une autre langue moderne de portée internationale, choisie en fonction du contexte culturel dans lequel ils vivent. Les jésuites qui ont achevé leur formation seront encouragés dans le même sens, autant qu'il sera possible.

11.

Envoi en mission dans une autre culture : L'idéal de l'esprit universel jésuite est que chaque jésuite soit disponible pour être envoyé en mission n'importe où dans le monde. Mais le passage d'une culture à une autre peut n'être pas facile; des procédures de sélection et de préparation doivent donc être établies. Nous devons nous assurer, en outre, que ceux qui sont envoyés dans une autre culture ou à qui est confiée une mission internationale ont la maturité psychologique suffisante pour vivre ce qui pourrait être un style de vie sans enracinement suffisant. On doit recourir dans ce but à une forme ou l'autre d'informationes.

12.

Gouvernement : Pour que soit effectivement vécue notre universalité, il est essentiel que les responsables du gouvernement de la Compagnie, en particulier les Provinciaux, ainsi que leurs consulteurs, aient un sens prononcé de ce charisme et "possèdent les qualités et les dispositions absolument requises pour qu'une vraie et féconde collaboration puisse s'instaurer entre eux. Ces qualités doivent entrer en ligne de compte quand le Père Général procède à la nomination des Provinciaux" et des consulteurs(5). Les réunions des nouveaux Provinciaux avec le Père Général sont des moments très favorables pour souligner leur rôle dans le développement du caractère universel de la Compagnie.

(5) 31e CG. d. 48, n. 8, 1°b.

13. Développer les réseaux de collaboration régionale et mondiale. La structure officielle du gouvernement de la Compagnie, - le Père Général, son conseil, et les Supérieurs Majeurs à travers le monde - constitue un cadre pour le développement d'un grand nombre de formes différentes de collaboration et de réseaux au niveau mondial et régional, depuis, par exemple, les noviciats interprovinciaux jusqu'au Service Jésuite des Réfugiés.
14.

Réseaux de collaboration universelle : Il existe déjà de nombreux réseaux régionaux et internationaux ; mais pour exploiter plus pleinement les possibilités que nous donne le fait d'être un corps international, d'autres réseaux de caractère mondial et régional doivent être créés. Réseaux de personnes et d'institutions, ils doivent être capables d'aborder des problèmes universels par le soutien mutuel, l'échange d'informations, la planification et l'évaluation, ou par la réalisation de projets difficilement réalisables dans le cadre d'une Province. La possibilité existe de réseaux de spécialistes ayant des compétences et des perspectives différentes mais des préoccupations communes, ainsi que de réseaux de départements d'université, de centres de recherche, de revues savantes et de groupes régionaux d'action militante. La possibilité existe aussi d'une collaboration dans et par des agences internationales, es organisations non-gouvernementales et d'autres associations nouvelles d'hommes et de femmes de bonne volonté. L'initiative et le soutien de ces diverses formes de réseaux doivent venir de tous les niveaux de la Compagnie, mais les divers secrétariats de la Curie généralice doivent continuer à jouer un rôle important dans leur formation. Sous bien des aspects, l'avenir de cette collaboration internationale demeure mal exploré. Il faut nous tenir prêts, avec une imagination créatrice, ouverture et humilité, à collaborer avec tous ceux qui travaillent à un développement intégral et à la libération des hommes.

15.

Jumelages : Le jumelage, se substituant au concept traditionnel de "pays de mission", est devenu un instrument de plus en plus efficace d'échanges mutuellement enrichissants entre Provinces à travers le monde. Une évaluation soigneuse de cette pratique du jumelage est recommandée, en vue d'en redéfinir les buts et les fonctions, de manière à pouvoir réaliser une plus grande solidarité et une meilleure répartition des ressources selon les besoins. Les Procures des Missions sont invitées à participer à cette évaluation, pour qu'elles puissent élargir leurs fonctions en y faisant entrer le souci d'une plus grande collaboration et d'une efficacité plus grande.

16.

Les Conférences de Supérieurs Majeurs. La 34ème Congrégation Générale confirme l'institution des Conférences de Supérieurs Majeurs, recommandées par la 31ème Congrégation Générale comme moyen structurel de collaboration interprovinciale et supraprovinciale ; elle recommande fortement au Père Général de promouvoir le développement de ces Conférences.

17. Diversité : On reconnaît que, pour plusieurs raisons, il existe des différences significatives dans le degré de développement de ces Conférences dans les diverses régions de la Compagnie. Plutôt que de rechercher l'uniformité, l'organisation et le mode de fonctionnement des différentes Conférences de Supérieurs Majeurs refléteront les différences culturelles et régionales.
18.

Objectifs : Malgré leurs différences, en vue de parvenir à une cohérence nécessaire entre les Conférences, il est recommandé à toutes de viser les objectifs suivants : a) ouvrir la Compagnie d'une région donnée à la dimension universelle de la Compagnie; b) aider les Supérieurs Majeurs à avoir davantage conscience de leur responsabilité à l'égard de la Compagnie et de l'Église dans toute la région; c) faciliter parmi les Supérieurs Majeurs l'unité, la communication, une vision commune et un gouvernement efficace; d) établir des priorités, prévoir et coordonner des actions communes.

19.

Composition : La composition des Conférences est fixée par le Père Général après consultation, en tenant compte des facteurs géographiques et culturels, en vue d'assurer une collaboration significative et féconde entre les Provinces concernées. Il peut être nécessaire de restructurer certaines Conférences existantes, en sorte que les Provinces qui en font partie aient davantage d'intérêts communs.

20.

Conditions d'efficacité : Lorsque les Conférences deviennent plus structurées, une collaboration interprovinciale et supraprovinciale réelle et efficace requiert la direction effective d'un Modérateur en même temps que des statuts approuvés par le Père Général.

21.

Les Modérateurs des Conférences de Supérieurs Majeurs. Le Modérateur doit faciliter la mise en place d'une vision commune pour la région et pour toute la Compagnie et guider les efforts en vue de l'établissement de priorités, de la planification et de la prise de décisions. Comme exécutif de la Conférence, il met en oeuvre les décisions et les programmes à réaliser et supervise les activités communes, telles que les œuvres, projets et services communs. Il promeut aussi les différentes formes de collaboration entre les jésuites des Provinces de la Conférence et leurs oeuvres apostoliques.

22.

Autorité du Modérateur : Le Modérateur d'une Conférence doit avoir l'autorité nécessaire pour appeler les Supérieurs Majeurs de la Conférence à rechercher, prévoir et établir les priorités, et ensuite à réaliser les actions requises, régionalement et à l'intérieur des Provinces. Les Supérieurs Majeurs demeurent collectivement responsables de la mise en oeuvre des actions décidées et ont la responsabilité de fournir aux oeuvres communes les ressources nécessaires. Les pouvoirs et responsabilités respectifs du Modérateur et des Supérieurs Majeurs de la Conférence et les procédures de prise de décision seront spécifiés dans les statuts approuvés par le Père Général.

23.

Œuvres communes : Lorsqu'une oeuvre commune est sous l'autorité d'une Conférence, toute division, au niveau du Supérieur Majeur, entre la responsabilité apostolique de l'œuvre et la cura personalis des jésuites qui y sont affectés de manière permanente sera évitée autant qu'il sera possible, de manière à sauvegarder les conditions normales nécessaires pour un gouvernement ignatien authentique.

24.

Personnel pour les œuvres communes : Des normes précises et des critères objectifs régleront la nomination des hommes des Provinces et Régions. Lorsqu'il est demandé à un Supérieur Majeur de mettre un jésuite à la disposition d'une oeuvre commune, il doit, normalement, donner à cette demande une priorité au moins égale à celle qu'il accorde aux besoins de sa Province ou de sa Région.

25.

Réunions des Modérateurs : Les Modérateurs seront réunis annuellement par le Père Général, a) pour que s'élève le sens qu'ils ont du caractère universel de la Compagnie, b) pour qu'ils acquièrent une meilleure intelligence des priorités universelles de la Compagnie et c) pour travailler avec le Père Général à superviser et à encourager la poursuite du développement de la collaboration régionale et universelle. La stabilité plutôt que des changements fréquents des membres de ce groupe des Modérateurs permettra à ces rencontres d'avoir la continuité qui rendra celles-ci plus efficaces.

26.

Communication : Il faut encourager la communication entre Modérateurs, spécialement lorsque le développement des priorités régionales ou universelles le demandera. De plus, une communication régulière entre les Modérateurs et leurs Assistants régionaux permettra à chacun de servir plus efficacement la Compagnie. Les Assistants régionaux pour les Provinces concernées par une Conférence seront invités aux réunions de celle-ci.

27.

Participation aux rencontres : Tous les Modérateurs, y compris ceux qui ne sont pas Provinciaux, participeront ex officio aux Congrégations Générales et aux Réunions des Provinciaux.

28.

Priorités. Le Père Général, dans ses contacts directs réguliers avec les Provinciaux et les Modérateurs des Conférences, discernera avec eux et avec ses collaborateurs les besoins les plus grands de l'Église universelle, et établira des priorités, universelles et régionales. Ces priorités devront être prises en considération lorsque les Conférences et les Provinces détermineront leurs propres priorités. Les lettres de charge annuelles évalueront l'efficacité apostolique à partir de ces priorités.

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