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34 e CG -Décret 16:
La dimension intellectuelle de l'apostolat des jésuites |
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| 1. |
Depuis ses origines, la Compagnie a tenu en haute estime le travail intellectuel, comme une contribution significative à la découverte de l'œuvre créatrice de Dieu et à la reconnaissance de la légitime autonomie de l'activité humaine. Cette tradition de la Compagnie est particulièrement importante aujourd'hui face aux questions urgentes que nous rencontrons dans notre mission. C'est pourquoi la 34ème Congrégation Générale tient à réaffirmer l'importance particulière de la qualité intellectuelle de chacun de nos apostolats. Cette dimension de notre apostolat acquiert une valeur fondamentale dans la période actuelle, caractérisée par des transformations aussi rapides que radicales. |
| 2. |
La raison humaine est ignorée ou dévalorisée quand le piétisme et le fondamentalisme conjuguent leurs efforts pour rabaisser les capacités de l'homme. A l'inverse, spécialement dans les pays marqués par le sécularisme ou ceux qui sont récemment sortis du marxisme athée, certains semblent assimiler la foi à ces "superstitions" que le progrès humain toujours plus rapide se chargera d'éliminer peu à peu. Mais la liberté et la raison sont des attributs spécifiques de l'être humain créé à l'image de Dieu et sont étroitement liées à la foi authentique. C'est pourquoi, quels que soient les lieux et les circonstances, une tradition intellectuelle demeure d'une importance fondamentale pour la vitalité de l'Église et pour la compréhension des cultures qui marquent en profondeur les façons de penser et de vivre de chaque personne. Nous éprouvons tous le besoin de "rendre raison de l'espérance" qui nous habite (cf. 1P 3, 15) et la préoccupation de reconnaître "tout ce qu'il y a de vrai, de noble, de juste, de pur, d'aimable, d'honorable, tout ce qu'il peut y avoir de bon dans la vertu et la louange humaines" (Ph 4, 8). |
| 3. |
.C'est pourquoi la 34ème Congrégation Générale tient à encourager une vigoureuse formation spirituelle et intellectuelle des jeunes jésuites et la formation permanente, spirituelle et intellectuelle, de chaque jésuite. La Compagnie, sensible aux besoins et aux défis actuels, doit insister sur la nécessité pour chacun non seulement de l'acquisition continue du savoir, mais aussi du développement continu de sa capacité personnelle d'analyser et d'évaluer la mission reçue dans le contexte de mutation rapide qui est le nôtre. Rien ne peut remplacer le travail personnel assidu et bien souvent solitaire. Ces capacités sont indispensables s'il l'on veut intégrer la promotion de la justice à l'annonce de la foi et se montrer efficace dans l'action pour la paix, dans le souci de protéger la vie et l'environnement, dans la défense des droits de chaque homme, de chaque femme et de peuples entiers. Une recherche intellectuelle sérieuse et active doit aussi marquer notre engagement dans l'évangélisation intégrale. Ceci suppose des connaissances de base sur les structures économiques, sociales et politiques dans lesquelles nos contemporains se trouvent plongés ; et on ne peut ignorer l'évolution des cultures traditionnelles et modernes ni les effets de la culture de la communication en train de naître. Pour l'efficacité de l'évangélisation s'imposent à la fois la rigueur dans les connaissances, l'analyse critique et le respect d'autrui dans le dialogue interculturel. |
| 4. |
La formation et la compétence professionnelles, dans les apostolats plus directement intellectuels, doivent s'accompagner de la légitime autonomie et de la liberté responsables requises pour progresser dans l'enseignement et la recherche. En outre, il est essentiel, aujourd'hui plus que jamais auparavant, de reconnaître la spécificité de chaque discipline spécialisée, y compris la science et la technique. Nous devons aider nos contemporains à respecter cette autonomie et cette liberté et à reconnaître ces spécificités. Le refus par les croyants de la "légitime autonomie de la science"(1) peut conduire aux drames que l'histoire des derniers siècles nous a rendu familiers. Nous qui avons appris à prier devant "L'Eternel Seigneur de toutes choses" (2) devons donc veiller spécialement à éviter la répétition de telles erreurs sous de nouvelles formes. (1) Vatican II, Gaudium et Spes, 36, 2. |
| 5. |
La dimension intellectuelle de tout apostolat suppose encore que chaque jésuite sache rester, dans l'action, en communion avec d'autres compagnons. Ceux qui sont engagés dans la vie intellectuelle connaissent des moments d'exaltation et de doute, de reconnaissance et de mise à l'écart, d'intense satisfaction et d'épreuve douloureuse. Plus que d'autres, la mission intellectuelle requiert d'être humblement capable de recevoir des louanges comme d'affronter contestations et polémiques. Car elle est constamment exposée au jugement d'autrui dans les conversations, les publications savantes et les médias. Accepter ces conditions simplement et sans tricher est une manière d'être "serviteur de la mission du Christ", du Christ qui continue de vivre en nous son mystère pascal. |
| 6 . |
Ces défis caractéristiques de l'apostolat intellectuel demandent de chacun de nous qu'il acquière la capacité de vivre la tension créatrice entre une insertion profonde dans les détails de son travail et une attitude ouverte et critique envers d'autres points de vue et d'autres positions culturelles ou confessionnelles. Accepter de vivre cette tension ne doit pas affaiblir, cependant, le témoignage de notre engagement personnel au service de l'Église dans sa marche vers le Royaume de Dieu. |
| 7. |
Parmi les moyens de s'engager dans l'apostolat intellectuel au service du Royaume de Dieu, la recherche et la réflexion théologiques tiennent une place spéciale et méritent une mention particulière. Le Père Arrupe rangeait la réflexion théologique parmi l'un des quatre apostolats prioritaires de la Compagnie(3). Parmi les problèmes urgents de notre temps qui nécessitent une réflexion théologique, il mentionnait : l'humanisme, la liberté, la culture de masse, le développement économique et la violence. Le décret 4 de la 32ème Congrégation Générale a rappelé et confirmé l'insistance du Père Arrupe sur la réflexion théologique, et a invité aussi à l'analyse sociale des causes structurelles des injustices contemporaines(4) et à un discernement ignatien sur la réponse apostolique appropriée à de telles injustices. La 34ème Congrégation Générale confirme à nouveau la nécessité de cette réflexion théologique et ajoute aux problèmes qu'elle doit traiter la manière de comprendre aujourd'hui la promotion de la justice, en y incluant l'inculturation et le dialogue interreligieux. Réflexion théologique, analyse sociale et discernement sont les phases d'un processus que le Pape Jean XXIII et Vatican Il appelaient "lecture des signes des temps".(5) Il s'agit de l'effort pour discerner la présence et l'activité de Dieu dans les événements de l'histoire présente en vue de décider ce qu'il faut faire comme serviteurs de la Parole. Ceci amènera les sources intarissables de la théologie catholique à éclairer les expériences - individuelles et collectives - vécues par les membres de la communauté de foi qu'est l'Église, spécialement leur expérience de la pauvreté et de l'oppression ; et cela met la théologie catholique en relation avec les disciplines profanes - particulièrement la philosophie, l'analyse sociale et les sciences naturelles - en vue de discerner, d'éclairer et d'interpréter les occasions offertes et les problèmes posés par la vie contemporaine. (3) Pedro Arrupe, Allocution à la Congrégation des Procureurs,
5 octobre 1970 ; Lettre aux Supérieurs Majeurs, 8 septembre 1972, AR 15
(1972), pp. 908-909. |
| 8. |
Quand la réflexion théologique est entreprise avec le sérieux de la recherche et la créativité de l'imagination qu'elle mérite, au sein du large éventail de la théologie catholique et au cœur des circonstances variées dans lesquelles les jésuites vivent et travaillent, elle peut faire,naître des théologies spécifiques qui incarnent le message de l'Evangile en des lieux et des temps différents. La recherche et la réflexion théologiques au service de l'Evangile peut ainsi permettre de répondre aux plus grandes questions que se pose l'esprit humain et aux plus profondes aspirations du coeur humain. |
| 9. |
Ce n'est pas seulement dans nos ministères, mais aussi dans notre manière personnelle de voir et d'interpréter les situations individuelles, sociales, culturelles et politiques, et jusque dans notre vie spirituelle, que nous pourrons être guidés par une telle réflexion. Elle sera plus riche en fruits dans la mesure où elle s'enracinera dans une foi personnelle vécue et exprimée dans la communauté des chrétiens. Elle doit être attentive aux questions que la réalité pose aux croyants, hommes et femmes. Et le jésuite engagé dans une telle réflexion doit savoir comment unir l'attention aux situations contemporaines et l'écoute attentive de la voix de Dieu dans la prière personnelle. |
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