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34 e CG -Décret 14:
La Compagnie et la situation des femmes dans l'Eglise et dans la société civile |
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Introduction La 33ème Congrégation Générale a mentionné brièvement la "situation injuste et l'exploitation dont les femmes sont victimes"(1). Cela faisait partie d'une liste d'injustices dans un contexte de situations et de besoins nouveaux auxquels les jésuites étaient appelés à répondre dans l'accomplissement de leur mission. Nous voulons examiner cette question d'une manière plus spécifique et substantielle. Et cela principalement parce que, soutenus par le mouvement général de prise de conscience de cette question, nous sommes plus conscients qu'auparavant de ce qu'il y a vraiment là une préoccupation centrale pour toute mission qui cherche aujourd'hui à intégrer la foi et la justice. La question a une dimension universelle en ce sens qu'elle concerne les hommes et les femmes en tous lieux. Elle dépasse dans une mesure de plus en plus grande les barrières de classes et de cultures. Et c'est un souci personnel pour ceux qui travaillent avec nous dans notre mission, spécialement les femmes, qu'elles soient laïques ou religieuses. (1) 33e CG, d. 1, n. 45. |
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La situation La domination des hommes dans leurs relations avec les femmes s'est traduite de multiples manières. Cela a inclus la discrimination à l'encontre des femmes en matière de chances d'éducation, le fardeau disproportionné qu'elles sont appelées à porter dans la vie familiale, le paiement de salaires moindres à tâche égale, l'accès limité aux postes de pouvoir dans la vie publique et, chose triste mais hélas trop fréquente, la violence dont on use carrément contre les femmes. Cette violence inclut encore, dans certaines parties du monde, l'excision, la mise à mort pour une dot impayée, et l'assassinat d'enfants de sexe féminin indésirables. Les femmes sont traitées communément comme des objets dans la publicité et les médias. Dans des cas extrêmes, par exemple dans la promotion du tourisme sexuel international, les femmes sont considérées comme des marchandises dont on fait trafic. |
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.Cette situation a cependant commencé à évoluer, principalement à cause de l'éveil d'une conscience critique et d'une attitude de protestation courageuse chez les femmes elles-mêmes. Mais beaucoup d'hommes, également, se sont joints aux femmes pour rejeter des comportements qui offensent la dignité aussi bien des hommes que des femmes. Pourtant nous portons encore avec nous l'héritage d'une discrimination systématique contre les femmes. Celui-ci est solidement ancré dans les structures économiques, sociales, politiques, religieuses et même linguistiques de nos sociétés. Souvent, il fait partie d'un ensemble de préjugés et de stéréotypes culturels plus profonds. Beaucoup de femmes, en vérité, estiment que les hommes ont été lents à reconnaître la pleine humanité des femmes. Elles font souvent l'expérience d'une réaction de défense de la part des hommes quand elles attirent leur attention sur cet aveuglement. |
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Le préjugé contre les femmes, évidemment, prend des formes variées selon les différentes cultures. Une certaine sensibilité est nécessaire pour éviter de recourir à une manière unique de définir ce qui est discrimination. Mais c'est néanmoins une réalité universelle. De plus, dans de nombreuses parties du monde, les femmes qui sont déjà cruellement victimes de la guerre, de la pauvreté, des migrations, ou de la race, souffrent souvent d'être doublement défavorisées, justement parce qu'elles sont des femmes. Il existe une "féminisation de la pauvreté" et, très nettement, "un visage féminin de l'oppression". |
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L'Eglise fait face à la situation L'enseignement social de l'Église, spécialement pendant les dix dernières années, a fortement réagi contre cette persistante discrimination et ce préjugé. Le Pape Jean Paul Il, en particulier, a demandé à tous les hommes et à toutes les femmes de bonne volonté, spécialement aux catholiques, de faire de l'égalité fondamentale des femmes une réalité vécue. Ceci est un authentique "signe des temps"(2). Nous devons nous joindre aux groupes interconfessionnels et interreligieux pour faire avancer cette transformation sociale. (2) Jean Paul II, Lettre apostolique Mulieris Dignitatem et Exhortation apostolique Christifideles Laici ; Message pour la Journée Mondiale de la Paix, 1er janvier 1995. |
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L'enseignement de l'Église promeut assurément le rôle des femmes au sein de la famille, mais elle souligne également la nécessité de leur contribution dans l'Église et dans la vie publique. Il s'appuie sur le texte de la Genèse, qui parle d'hommes et de femmes créés à l'image de Dieu (Gn 1, 27), et sur la pratique prophétique de Jésus dans ses relations avec les femmes. Ces sources nous appellent à changer nos attitudes et à travailler à un changement des structures. Le plan originel de Dieu voulait une relation d'amour et de respect, d'échanges et d'égalité entre hommes et femmes, et nous sommes appelés à le réaliser. Le ton de cette réflexion de l'Église sur l'Écriture indique clairement qu'il y a urgence à relever le défi de traduire la théorie en pratique, non seulement hors de l'Église, mais aussi au sein de celle-ci. |
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Le rôle et la responsabilité des jésuites La Compagnie de Jésus relève ce défi et accepte la responsabilité qui est la nôtre de faire ce que nous pouvons en tant qu'hommes et en tant qu'ordre religieux masculin. Nous ne prétendons pas parler au nom des femmes. Nous parlons, cependant, à partir de ce que nous avons appris des femmes sur nous-mêmes et sur nos relations avec elles. |
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En réagissant ainsi, à la lumière des prises de conscience de notre temps, nous sommes fidèles à notre mission, le service de la foi dont la promotion de la justice est une exigence absolue. Nous réagissons aussi parce que nous reconnaissons l'influence, limitée mais significative, que nous avons comme jésuites et comme membres d'un ordre religieux masculin au sein de l'Église. Nous sommes conscients du dommage causé au Peuple de Dieu, dans certaines cultures, par l'aliénation des femmes qui ne se sentent plus chez elles dans l'Église, et qui ne sont plus à même de transmettre intégralement les valeurs chrétiennes à leurs familles, à leurs amis ou à leurs collègues. |
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Conversion En réponse à cette interpellation nous, jésuites, demandons d'abord à Dieu la grâce de la conversion. Nous avons fait partie d'une tradition civile et ecclésiale qui a offensé les femmes. Comme beaucoup d'hommes, nous avons tendance à nous convaincre qu'il n'y a là aucun problème. Fût-ce sans la vouloir, nous avons souvent participé à une forme de cléricalisme qui a renforcé la domination masculine en l'accompagnant d'une sanction prétendument divine. Par cette déclaration, nous voulons réagir personnellement et collectivement, et faire ce que nous pouvons pour changer cette situation regrettable. |
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Reconnaissance Nous savons que le développement de notre propre foi et une grande part de notre ministère seraient considérablement amoindris sans le dévouement, la générosité et la joie que des femmes apportent dans nos écoles, nos paroisses et d'autres champs d'apostolat dans lesquels nous travaillons ensemble. Cela est particulièrement vrai de l'apport des femmes, laïques et religieuses, parmi les pauvres, en milieu urbain ou rural, souvent dans des situations très difficiles et pleines de défis. De plus, beaucoup de congrégations religieuses de femmes ont adopté les Exercices Spirituels et nos Constitutions comme base de leur propre spiritualité et de leur gouvernement, devenant ainsi une famille ignatienne élargie. Des laïques et des religieuses sont devenues, ces dernières années, expertes dans la manière de donner les Exercices. En dirigeant des retraites, en particulier les Exercices dans la vie courante, elles ont enrichi la tradition ignatienne et l'intelligence que nous avons de nous-mêmes et de notre ministère. De nombreuses femmes ont contribué à renouveler notre tradition théologique d'une manière qui a libéré à la fois les hommes et les femmes. Nous voulons dire ici que nous apprécions cette généreuse contribution des femmes, et nous espérons que cette collaboration dans le ministère pourra se poursuivre et se développer. |
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Comment avancer Nous souhaitons préciser plus concrètement au moins quelques façons pour nous, jésuites, de n-deux répondre à ce défi dans nos vies et notre mission. Nous ne supposons pas qu'il y ait un modèle unique de relations entre homme et femme qui doive être recommandé, encore moins imposé, pour le monde entier ou même dans une culture donnée. Nous soulignons plutôt la nécessité de beaucoup de tact dans notre réponse. Nous devons veiller à ne pas intervenir d'une manière incompatible avec la culture; nous devons plutôt nous efforcer de faciliter un processus plus organique de changement. Nous devons être spécialement attentifs à adopter une pédagogie qui ne mène pas à une plus grande séparation entre hommes et femmes, celles-ci étant déjà, dans certaines circonstances, soumises aux énormes pressions d'autres forces culturelles et socio-économiques sources de division. |
| 12. | En tout premier lieu, nous invitons tous les jésuites à se mettre sérieusement et courageusement à l'écoute de l'expérience des femmes. Beaucoup de femmes sentent que les hommes tout simplement ne les écoutent pas. Rien ne peut remplacer cette écoute. Plus que toute autre chose, c'est elle qui apportera le changement. Sans écoute, toute action dans ce domaine, quelque bien intentionnée qu'elle soit, passera probablement à côté des préoccupations réelles des femmes, confirmera la condescendance masculine, et renforcera la domination des hommes. L'écoute, dans un esprit de partenariat et d'égalité, est la réponse la plus concrète que nous puissions donner, et le fondement même de notre partenariat pour la réforme des structures injustes. |
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En second lieu, nous invitons tous les jésuites, individuellement et à travers leurs institutions, à s'impliquer dans la solidarité avec les femmes. Les moyens concrets de le faire varieront selon les lieux et les cultures. Mais de nombreux exemples viennent aisément à l'esprit : 13.1. - l'enseignement explicite dans nos ministères, spécialement dans nos écoles, collèges et universités, de l'égalité essentielle entre hommes et femmes ; 13.2. - un soutien donné aux mouvements de libération qui s'opposent à l'exploitation des femmes et encouragent leur entrée dans la vie politique et sociale ; 13.3. - une attention spéciale au phénomène de la violence exercée contre les femmes ; 13.4. - une présence adaptée de femmes dans les ministères et les institutions jésuites, sans exclure la formation ; 13.5. - la participation authentique de femmes dans les instances de consultation et de prise de décision dans nos ministères ; 13.6. - une collaboration pleine de respect avec nos collègues femmes dans les projets communs ; 13.7. - l'emploi du langage "inclusif" qui convient dans les discours et les documents officiels ; 13.8. - la promotion de l'éducation des femmes et, en particulier, l'élimination de toute forme de discrimination injustifiée entre garçons et filles dans le processus d'éducation. Beaucoup de ces façons de faire, nous sommes heureux de le dire, sont déjà pratiquées dans diverses parties du monde. Nous confirmons leur valeur et recommandons qu'elles soient plus universellement mises en oeuvre, d'une manière chaque fois adaptée. |
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Il serait vain de prétendre que toutes les réponses aux questions touchant aux relations nouvelles, plus justes, entre femmes et hommes ont été découvertes, ou sont satisfaisantes pour tous. En particulier, on peut imaginer que certaines autres questions relatives au rôle des femmes dans la société civile et dans l'Église vont sans doute mûrir avec le temps. Grâce à une recherche décidée et persévérante, grâce à un contact prolongé avec différentes cultures et grâce aussi à notre réflexion sur l'expérience, nous espérons, comme jésuites, aider à clarifier ces questions et à faire avancer les problèmes de justice sous-jacents.Le changement de sensibilité que cela comporte aura, inévitablement, des implications pour l'enseignement et la pratique de l'Église. Dans ce contexte nous demandons aux jésuites de vivre, comme toujours, avec la tension qu'implique le fait d'être fidèles aux enseignements de l'Église et d'essayer en même temps de lire avec exactitude les signes des temps. |
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Conclusion La Compagnie rend grâces pour tout ce qui a déjà été accompli, souvent au prix d'une lutte difficile, pour de plus justes relations entre hommes et femmes. Nous remercions les femmes pour l'exemple qu'elles ont donné et continuent à donner. Nous remercions tout spécialement les religieuses, auxquelles nous nous sentons particulièrement liés et qui ont été des pionnières de tant de manières dans leur contribution irremplaçable à la mission pour la foi et la justice. Nous sommes reconnaissants aussi pour la contribution que la Compagnie et des jésuites individuels ont apportée à ce nouveau type de relations, qui est une source de grand enrichissement pour les hommes aussi bien que pour les femmes. |
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Surtout nous voulons engager la Compagnie d'une manière plus formelle et plus explicite à considérer cette solidarité avec les femmes comme faisant partie intégrante de notre mission. Par ce moyen nous espérons que la Compagnie tout entière considérera cette tâche de réconciliation entre hommes et femmes sous toutes ses formes comme faisant partie intégrante de son interprétation pour notre temps du décret 4 de la 32ème Congrégation Générale. Nous savons qu'un engagement réfléchi et soutenu pour faire advenir cette réconciliation pleine de respect ne peut venir que de notre Dieu d'amour et de justice, qui réconcilie toutes choses et promet un monde dans lequel "il n'y a plus ni Juif, ni Grec; il n'y a plus ni esclave, ni homme libre; il n'y a plus l'homme et la femme; car tous, vous n'êtes qu'un en Jésus Christ" (Gal 3, 28). |
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