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34 e CG -Décret 1 :  Unis avec le Christ en mission
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Introduction du décret 1
1.   La tâche de la 34ème Congrégation Générale. La tâche principale de cette 34ème Congrégation Générale a été la mise à jour de notre droit et l'orientation de notre mission pour aujourd'hui, Le premier projet se proposait deux buts: offrir un texte remis à jour de nos Constitutions capable d'influer positivement sur la vie actuelle de la Compagnie et mettre à la disposition de tous des Normes complémentaires aux Constitutions tirées en grande partie de nos Congrégations Générales - afin de permettre aux jésuites une mise en oeuvre actualisée du caractère et de la mission de la Compagnie. L'orientation de notre mission pour aujourd'hui apparaît spécialement dans le décret Serviteurs de la mission du Christ et dans les trois autres décrets connexes : Notre mission et la justice, Notre mission et la culture et Notre mission et le dialogue interreligieux.
2.   Tout en se concentrant sur ces deux buts principaux, cette Congrégation Générale a abordé aussi bon nombre d'aspects importants de notre vie de jésuites et de notre mission. Le résultat final a pris la forme de décrets ou de recommandations. D'autres aspects importants de notre vie jésuite - la vie spirituelle, la formation, l'obéissance, la vie communautaire, le supérieur local - ont été traités dans les Congrégations Générales récentes. On les retrouvera dans les Normes Complémentaires, et ils sont confiés au Gouvernement ordinaire de la Compagnie.
3.   Serviteurs de la Mission du Christ. Les travaux de cette 34ème Congrégation Générale sont en continuité et en accord avec l'esprit des trois Congrégations Générales précédentes. A l'instar de ses devancières, la 34ème Congrégation Générale invite la Compagnie à poursuivre le renouvellement de sa vie spirituelle et communautaire ainsi que ses efforts pour faire face aux défis et aux possibilités propres au monde moderne. L' "État de la Compagnie" (De Statu Societatis) nous a, bien sûr, révélé nos limites et nos faiblesses, nos zones d'ombre et de lumière et nos péchés. Mais il nous a fait aussi découvrir beaucoup de sagesse et de bien, surtout dans l'effort vigoureux de tant d'entre nous au service de la foi et pour la promotion de la justice que cette foi implique. En considérant les grâces reçues au cours de ces dernières années nous avons expérimenté une nouvelle fois l'action de la "main toute- puissante du Christ, notre Dieu et Seigneur"(1). Pleins de reconnaissance pour le bien accompli et pour tant de pardons reçus, nous suivons ce Christ, Seigneur crucifié et ressuscité, en pèlerinage et au travail. Nous considérons la mise à jour de notre droit propre et le renouveau de notre vie et de notre travail apostoliques comme une seule et unique réalité: la confirmation de notre union, en tant que serviteurs de la mission du Christ.

(1) Constitutions, [812].
4.   Pèlerinage et Travail. La 34ème Congrégation Générale invite la Compagnie entière à lire et à méditer notre droit révisé ainsi que l'orientation de notre mission aujourd'hui. Les images ignatiennes de pèlerinage et de travail peuvent nous guider dans cette lecture méditée.
5.   Pèlerin, Ignace fit l'expérience que "Dieu le traitait comme un maître d'école se comporte avec un enfant : il l'enseignait"(2). Général et maître spirituel, il poursuivit de la même façon son voyage vers la découverte toujours plus profonde de Dieu. C'est ce pèlerinage intérieur qui l'a uni au Christ et l'a conduit à choisir la pauvreté avec le Christ pauvre et à entrer plus profondément dans le mystère de la Passion et de la Résurrection du Christ. De cette quête incessante de la présence et de la volonté de Dieu, Ignace a développé une manière de procéder. Cette manière de procéder se retrouve dans le pèlerinage des Exercices Spirituels qui conduit de l'état de pécheur, aimé et pardonné, à celui de disciple appelé à travailler dans la vigne et à souffrir avec le Christ. Elle est en œuvre dans le pèlerinage des Constitutions, depuis la première question de l'Examen Général sur la Compagnie jusqu'à l'acceptation mûrie de la responsabilité pour la Compagnie telle qu'elle apparaît dans les Ve-Xe Parties. C'est la même manière de procéder qui structure aussi l'examen personnel de vie, par lequel chaque jésuite trouve sa propre voie vers Dieu, ainsi que notre récit commun de ces trente dernières années de renouveau et de réorientation. A l'instar de celle d'Ignace, notre manière de procéder est à la fois un pèlerinage et un travail dans le Christ, compatissant et soucieux du pauvre, du marginalisé, du laissé-pour-compte, lui dont le désir ardent est de réconcilier tous les hommes et toutes les femmes avec le Père dans l'amour de l'Esprit.

(2) Récit, 27.
 . Dans le Récit, l'action créatrice de la grâce transforme Ignace en un homme attentif et ouvert aux besoins des autres. C'est ce souci d'aider les autres qui conduit Ignace à entreprendre des études, à rassembler autour de lui des compagnons et finalement à fonder la Compagnie de Jésus. C'est ce même souci d'aider les autres qui continue à inspirer aujourd'hui encore la Compagnie. La mise à jour de notre droit ainsi que les décrets et recommandations de cette Congrégation Générale sont animés par le désir d'aider tous les hommes comme le Christ les a aidés. Les documents de cette Congrégation font explicitement référence à des groupes particuliers : les pauvres, les laïcs et les croyants des autres religions. Ils focalisent aussi l'attention sur des oeuvres particulières: écoles, paroisses, centres de recherches. Mais un point commun les unit: le désir ignatien d'aider les hommes dans le Christ. Les documents de cette Congrégation nous appellent aussi à nous laisser aider par les autres : comment être pauvre, comment voir l'Église s'enrichir de la direction des laïcs, comment écouter l'expérience des femmes aujourd'hui, comment découvrir Dieu dans les traditions religieuses d'hommes appartenant à d'autres croyances, comment établir avec eux un dialogue respectueux, comment nous laisser rejoindre par l'univers culturel nouveau de la communication et comment laisser la jeunesse nous donner de l'espoir et des rêves pour l'avenir.
7.   Ignace nous présente un Christ toujours en mouvement : il va de synagogue en synagogue, de village en village pour prêcher le Royaume, et rejoint les hommes dans leur milieu de vie et leurs activités. Cette identification contemplative avec Jésus en mission est liée dans les Exercices à l'élection. Lors du discernement apostolique communautaire qui a conduit à la fondation de la Compagnie de Jésus, Ignace et ses compagnons ont vu là leur appel et leur charisme : choisir d'être avec le Christ comme serviteurs de sa mission, d'être avec les hommes là où ils vivent, travaillent et luttent, d'apporter l'Évangile au coeur de leur vie et de leurs travaux (3).

(3) Délibération de 1539, dans Ignace de Loyola, Écrits, pp. 277-281.
8.   Étant pèlerins avec le Christ en mission, nous sommes prêts à être dispersés "dans la vigne du Christ pour travailler dans la partie de celle-ci et dans l'oeuvre qui nous sont confiées"(4). Cette Congrégation se rend compte de la diversité des situations culturelles et apostoliques de la Compagnie universelle. Dans certaines parties de la Compagnie, nos effectifs diminuent et vieillissent. Dans d'autres, ils sont jeunes, se sentent participants d'une conscience nationale en genèse et commencent à exercer une influence dans la Compagnie. Certains d'entre nous vivent dans des pays qui ne sont plus chrétiens que de nom et qui sont de plus en plus sécularisés. D'autres encore vivent dans des nations profondément religieuses mais où les chrétiens sont très peu nombreux. D'autres travaillent dans des pays où la foi chrétienne reste vive chez beaucoup, spécialement parmi les pauvres, mais rencontre toutefois les défis de l'injustice et du sécularisme. D'autres sortent de décennies d'un gouvernement totalitaire et sont en train de relancer la vie et les oeuvres de la Compagnie. Quoi qu'il en soit, tous, nous sommes appelés à être les serviteurs de la mission universelle du Christ dans l'Église et dans le monde d'aujourd'hui, et à adapter les priorités apostoliques de la Compagnie à nos situations culturelles et à notre manière de procéder.

(4) Constitutions, [603].
9.   Dans le Christ Jésus nous pouvons accepter l'ampleur de ce défi: travailler à l'intégration de la foi et de la justice, mieux saisir comment doit être inculturé l'Évangile, nous engager avec un zèle nouveau dans le dialogue interreligieux, continuer à unir nos capacités professionnelles et pastorales à notre manière ignatienne de procéder. Le Christ crucifié nous rappelle que l'amour de Dieu peut briller puissamment dans la faiblesse et la vulnérabilité. Le Christ ressuscité nous rappelle que notre espérance repose dans son pouvoir sur la mort et dans son identification permanente avec ceux qui portent son nom.
10. Amis dans le Seigneur. Un certain nombre de postulats ont demandé davantage de directives sur la vie spirituelle et communautaire. Nos tentatives et nos efforts pour satisfaire cette demande nous ont ramenés au décret 11 de la 32ème Congrégation Générale sur "L'union des esprits et des coeurs dans la Compagnie de Jésus". Ce décret est toujours actuel. A ce titre, il constitue un de ces décrets appartenant au patrimoine de la Compagnie et qui n'attendent que d'être effectivement mis en oeuvre.
11. Par ailleurs, la mise à jour de notre droit est toute inspirée par le souci des personnes, par le souci de mettre le droit au service de l'expérience vécue des jésuites, et d'aider le corps entier de la Compagnie à être plus uni dans son travail et dans son témoignage de l'Evangile. Les documents sur la chasteté, la pauvreté et la promotion des vocations montrent comment nous pouvons, dans notre vie de communauté, témoigner que vivre dans le Christ peut rendre des hommes heureux et comblés, capables de vivre et d'exprimer leur foi de façon adulte, de s'entraider mutuellement et de rivaliser de zèle les uns avec les autres. Pour ce faire, il est nécessaire que les jésuites soient en dialogue les uns avec les autres et créent un vrai climat d'écoute et d'échange dans le discernement. Le décret sur la collaboration avec les laïcs nous invite aussi à l'écoute et à l'échange avec ces partenaires décisifs dans notre service du Christ et de son Église. Bien que le terme ait été rarement utilisé, la 34ème Congrégation Générale traite de la vertu chrétienne de l'hospitalité en nous invitant à faire de la Compagnie un lieu d'accueil - du pauvre, des laïcs, de tous ceux qui cherchent un sens à leur vie ou de tous ceux qui veulent parler en profondeur des problèmes religieux. Toutefois, aucune vie communautaire ne sera possible, aucun renouveau ne sera vraiment fructueux si chaque jésuite ne garde pas "le regard fixé d'abord sur Dieu, ensuite sur la nature de son Institut qui est un chemin vers lui"(5). Par sa vocation, tout jésuite est appelé à trouver des moments et des espaces privilégiés de prière avec le Christ, parlant avec lui comme un ami avec un ami, et à apprendre de cette rencontre avec le Christ comment être serviteur de sa mission. Cette amitié personnelle dans le Christ, soutenue par notre communion eucharistique, nous rend disponibles pour réaliser l'union des esprits et des cœurs dont il est question dans la Ville Partie de nos Constitutions.

(5) Formule de l'Institut, 1.
12. Conclusion. Dans son discours aux délégués, le Pape Jean Paul Il a appelé la Compagnie de Jésus à discerner sa contribution particulière "à la nouvelle évangélisation au seuil du troisième millénaire"(6). Au moment où nous présentons notre droit remis à jour et l'orientation de la mission de la Compagnie pour aujourd'hui, la Congrégation Générale est, avant tout, pleine de reconnaissance pour tous ces jésuites qui se sont efforcés d'incarner de manière éminente les idéaux ignatiens d'amour et de service. Des hommes qui ont vécu sans bruit ou ignorés, d'autres qui ont eu le renom de savants, de prédicateurs, d'enseignants; des hommes qui ont donné leur vie à cause de l'Evangile, de l'Église et des pauvres; des hommes qui ont vécu simplement et fidèlement au milieu d'un monde qui n'a jamais compris le sens de leur pauvreté, de leur chasteté et de leur obéissance; des hommes qui ont porté la Compagnie jusqu'à ce Moment. Pour eux tous, nous rendons grâce à Dieu.

(6) Jean Paul II, Discours à la 34ème Congrégation Générale, 5 janvier 1995, n. 2 ; cf. Appendice II.
13. Ensuite, nous sommes encouragés par nos jeunes compagnons qui prendront la relève de nos apostolats. Nous rendons grâce à Dieu pour leur attachement aux valeurs ignatiennes, pour leur compétence dans les divers ministères, pour leur disponibilité à assumer les responsabilités apostoliques. Nous leur demandons de voir leur formation à la lumière de notre droit remis à jour, de sorte qu'avec la Compagnie tout entière, ils puissent reconnaître dans les Constitutions, avec une affection renouvelée, l'expression privilégiée du charisme et de la spiritualité de la Compagnie, en un mot l'identité du jésuite.
14. Enfin, la Compagnie de Jésus est une œuvre mystérieuse de Dieu qui nous appelle à vivre et à travailler dans la vigne du Christ, notre Seigneur. Nous pouvons et devons être des instruments efficaces par le renouvellement de notre vie et de nos ministères (7). Mais surtout, nous devons faire nôtre l'espérance avec laquelle Ignace clôt les Constitutions, confiant que Dieu soutiendra cette Compagnie qui porte le nom de son Fils Bien-aimé (8). Nous louons ce Dieu de notre Seigneur Jésus- Christ et demandons à son Esprit d'être notre guide lorsque nous tenterons de vivre ce que nous avons écrit ici en cheminant avec confiance et humilité, en serviteurs de la mission du Christ.

(7) Constitutions, [813].
(8) lbid., [812].
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Introduction du décret 1