{\rtf1\ansi\ansicpg1252\uc1 \deff0\deflang1033\deflangfe1036{\fonttbl{\f0\froman\fcharset0\fprq2{\*\panose 02020603050405020304}Times New Roman;}{\f5\fswiss\fcharset0\fprq2{\*\panose 00000000000000000000}Helvetica{\*\falt Arial};}
{\f43\froman\fcharset238\fprq2 Times New Roman CE;}{\f44\froman\fcharset204\fprq2 Times New Roman Cyr;}{\f46\froman\fcharset161\fprq2 Times New Roman Greek;}{\f47\froman\fcharset162\fprq2 Times New Roman Tur;}
{\f48\froman\fcharset186\fprq2 Times New Roman Baltic;}}{\colortbl;\red0\green0\blue0;\red0\green0\blue255;\red0\green255\blue255;\red0\green255\blue0;\red255\green0\blue255;\red255\green0\blue0;\red255\green255\blue0;\red255\green255\blue255;
\red0\green0\blue128;\red0\green128\blue128;\red0\green128\blue0;\red128\green0\blue128;\red128\green0\blue0;\red128\green128\blue0;\red128\green128\blue128;\red192\green192\blue192;}{\stylesheet{\widctlpar\adjustright \lang1036\cgrid \snext0 Normal;}{\*
\cs10 \additive Default Paragraph Font;}{\s15\widctlpar\adjustright \lang2057\cgrid \sbasedon0 \snext15 Corps;}}{\info{\title Appendice III }{\author Thierry LAMBOLEY}{\operator Thierry LAMBOLEY}{\creatim\yr2002\mo2\dy21\hr15\min35}
{\revtim\yr2002\mo2\dy21\hr15\min48}{\version3}{\edmins6}{\nofpages5}{\nofwords3303}{\nofchars18829}{\*\company SPECC - Internet}{\nofcharsws0}{\vern89}}\paperw11906\paperh16838\margl1417\margr1417\margt1417\margb1417 
\deftab708\widowctrl\ftnbj\aenddoc\hyphhotz425\hyphcaps0\formshade\viewkind1\viewscale100\pgbrdrhead\pgbrdrfoot \fet0\sectd \linex0\headery709\footery709\colsx709\endnhere\sectdefaultcl {\*\pnseclvl1\pnucrm\pnstart1\pnindent720\pnhang{\pntxta .}}
{\*\pnseclvl2\pnucltr\pnstart1\pnindent720\pnhang{\pntxta .}}{\*\pnseclvl3\pndec\pnstart1\pnindent720\pnhang{\pntxta .}}{\*\pnseclvl4\pnlcltr\pnstart1\pnindent720\pnhang{\pntxta )}}{\*\pnseclvl5\pndec\pnstart1\pnindent720\pnhang{\pntxtb (}{\pntxta )}}
{\*\pnseclvl6\pnlcltr\pnstart1\pnindent720\pnhang{\pntxtb (}{\pntxta )}}{\*\pnseclvl7\pnlcrm\pnstart1\pnindent720\pnhang{\pntxtb (}{\pntxta )}}{\*\pnseclvl8\pnlcltr\pnstart1\pnindent720\pnhang{\pntxtb (}{\pntxta )}}{\*\pnseclvl9
\pnlcrm\pnstart1\pnindent720\pnhang{\pntxtb (}{\pntxta )}}\pard\plain \s15\widctlpar\adjustright \lang2057\cgrid {\f5\fs20 Appendice III 
\par 
\par Allocutions introductives du P\'e8re G\'e9n\'e9ral
\par 
\par 2. La mission et le corps de la Compagnie (6 janvier 1995)
\par 
\par 
\par \tab Notre confr\'e8re Pierre Teilhard de Chardin a exprim\'e9 \'e0 plusieurs reprises le d\'e9sir que la solennit\'e9 de ce jour change de nom, ou au moins de pr\'e9fixe. Pour souligner que nous c\'e9l\'e9brons le jour o\'f9 Notre Seigneur se r\'e9v\'e8
le en pleine transparence comme le fondement de tous et de tout, source et fin, alpha et om\'e9ga, on devrait parler de "dia-phanie" et non pas d' \'93\'e9piphanie". Car il s'agit moins d'une irruption soudaine dans l'histoire de Celui qui en est le Cr
\'e9ateur et le Sauveur que d'une myst\'e9rieuse et silencieuse "dia-phanie", par laquelle le Christ illumine le vrai fondement de tous les \'ea
tres, agissant en eux et par eux pour les conduire tous vers leur accomplissement, Dieu devenant tout en tous. Selon ses propres paroles, Teilhard ne lit pas l'histoire des mages comme une v\'e9rit\'e9 photographique, mais comme une v\'e9rit\'e9 qui nous 
\'e9claire sur Celui qui remplit l'univers de sa pr\'e9sence dynamique, sur Celui qui seul donne un sens \'e0 notre histoire, sur Celui qui, en tout et pour tous, est le Dieu toujours plus grand. 
\par 
\par \tab C'est cette "dia-phanie", cette transparence de Dieu dans "toutes les choses cr\'e9\'e9es" qui a \'e9bloui et boulevers\'e9 Ignace. Dans le myst\'e8re de ce jour, la recherche de Dieu passe par le livre et par l'\'e9toile; de m\'ea
me, lorsqu'il pose un "principe et fondement" \'e0 l'aventure dans l'Esprit \'e0 laquelle il nous invite, Ignace proclame qu'il n'y a pas pour l'homme d'authentique recherche de Dieu qui ne passe par une insertion dans le monde cr\'e9\'e9
, et que, d'autre part, toute solidarit\'e9 avec l'homme et tout engagement dans le monde cr\'e9\'e9 ne peuvent \'eatre authentiques sans une d\'e9couverte de Dieu. Conform\'e9ment \'e0
 cette vision, ses Constitutions s'appuient sur cette mystique de la pr\'e9sence de Dieu \'e0 son oeuvre, sur cette vis\'e9e "dia-phanique", ou tout simplement "th\'e9o-phanique", d'une cr\'e9ation qu'il faut de nouveau rendre juste et 
belle, vraie et pacifi\'e9e, unie et r\'e9concili\'e9e avec Dieu, comme au premier jour. 
\par 
\par \tab C'est dans cette perspective qu'est n\'e9e la Compagnie de J\'e9sus, dans cette conviction que servir Dieu qui se manifeste comme Dieu-avec-nous, c'est "ayudar a las almas", c'est aider les hommes et les femmes \'e0 se d\'e9
gager de l'image ternie et brouill\'e9e qu'ils ont d'eux-m\'eames pour se d\'e9couvrir, \'e0 la lumi\'e8re de Dieu, en pleine ressemblance avec Lui. C'est dans une m\'eame perspective qu'Ignace dans les Constitutions [814] rappelle que
 le meilleur moyen de glorifier Dieu notre Seigneur, "qui veut \'eatre glorifi\'e9 avec ce qu'il donne comme Cr\'e9ateur, qui est la nature, et avec ce qu'il donne comme auteur de la gr\'e2
ce, qui est le surnaturel", c'est de cultiver soigneusement les moyens naturels; \'e0 une condition toutefois: que nous ne mettions pas en eux notre confiance, mais que nous nous en servions pour coop\'e9rer \'e0 la gr\'e2ce divine. 
\par 
\par \tab Voil\'e0 "la voie du service divin que nous avons commenc\'e9 \'e0 suivre" [134]. Mais Ignace ne serait pas Ignace s'il ne consid\'e9rait pas "ce chemin vers Dieu" comme une voie que Dieu lui-m\'eame en Christ, qui est "la route", avait manifest\'e9
e en lui donnant la gr\'e2ce de "se mettre en route" (}{\i\f5\fs20 R\'e9cit}{\f5\fs20 , 11). 
\par 
\par \tab Mais revenons \'e0 l'\'e9vangile pour contempler les mages sur leur chemin. Des mages d'Orient! Voil\'e0 qui est d\'e9j\'e0 bouleversant et pour le moins inattendu. Matthieu a-t-il donc oubli\'e9 l'avertissement du L\'e9
vitique: "Ne vous tournez pas vers les spectres et ne recherchez pas les mages, ils vous souilleraient. Moi, je suis votre Dieu" (19, 31)? Ou alors Matthieu avait-il cette mentalit\'e9 moderne selon laquelle \'e0 l'Ouest il n'y a rien de nouveau \'e0 d
\'e9couvrir, tandis que de l'Orient vient une lumi\'e8re ensorcelante et exotique ? De toute mani\'e8re, ces mages bien insolites, grands scrutateurs du ciel, sont habit\'e9s de la m\'eame question qui poussera les premiers ap\'f4tres \'e0 demander: "Ma
\'eetre, o\'f9 demeures-tu ?" (Jn 1, 38). 
\par 
\par \tab Ce qui am\'e8ne \'e0 poser la question, c'est une \'e9toile qui ne fonctionne pas seulement comme moyen, mais comme objet de communion, pour parler comme Teilhard, comme instrument d'union, dans l'esprit d'Ignace. Dans l'\'e9vangile du jour nous d
\'e9couvrons que la parole de Dieu n'est pas confi\'e9e seulement aux \'e9critures et aux ex\'e9g\'e8tes : elle se manifeste aussi dans le livre ouvert de la nuit, qui chante la gloire de Dieu lorsqu'elle r\'e9pond \'e0
 l'attente du veilleur en devenant la lueur de l'aurore qui annonce un jour nouveau (Ps 130,6). 
\par 
\par \tab "Nous avons vu son astre \'e0 l'Orient et nous sommes venus adorer le Seigneur". Ce sont des mages, prototypes de l'\'c9glise issue du paganisme, qui forcent le peuple \'e9lu \'e0 ouvrir ses livres saints pour y d\'e9couvrir qu'au fond ils r\'e9v\'e8
lent le Christ avec la m\'eame transparence que le ciel montrant l'\'e9toile qui les a guid\'e9s. L'ouverture des livres sacr\'e9s, "afin que moi, H\'e9rode, j'aille aussi l'adorer", rend transparent m\'eame au coeur de l'usurpateur le d\'e9sir cach\'e9
 d'un r\'e8gne de justice et de v\'e9rit\'e9. Les mages pouvaient aider H\'e9rode \'e0 rencontrer le roi attendu par son peuple, m\'eame si cette reconnaissance impliquait le renoncement \'e0 sa royaut\'e9. Comme les mages, il aurait d\'fb
 prendre un autre chemin. Ce refus de prendre un autre chemin est aussi le fait des scribes qui, dans leur pitoyable aveuglement, ne voient pas dans les \'c9critures celui qui est venu non pas pour les supprimer mais pour leur donner la pl\'e9
nitude de leur sens divin. 
\par 
\par \tab Et voil\'e0 l'enfant avec sa m\'e8re. Ce n'est pas une Vierge \'e0 l'enfant ; c'est un enfant \'e0 la Vierge, reconnaissant que sa seule gloire sur la terre est d'\'eatre pleinement homme, \'e0 travers sa m\'e8re. Lorsqu'il propose ce myst\'e8
re de la vie du Christ \'e0 notre contemplation, Ignace redit quatre fois "adorer": venir pour adorer (}{\i\f5\fs20 Ex. Sp.,}{\f5\fs20  267), avant de retourner par un autre chemin. Cette adoration s'exprime concr\'e8tement par les pr\'e9
sents : l'or va au roi, l'encens au Dieu, la myrrhe au mortel en attente de l'immortalit\'e9. Mais si les mages n'avaient donn\'e9 que des pr\'e9sents, ils n'auraient rien donn\'e9. Dans l'adoration, ils se donneront eux-m\'ea
mes, faisant ainsi "des offrandes de plus grande valeur et de plus grande importance" (}{\i\f5\fs20 Ex. Sp.,}{\f5\fs20  97). Ces mages qui font m\'e9tier de scruter, de discerner, de voir, ne voient qu'un petit enfant, mais ils ont reconnu ce qui d\'e9
passe infiniment leur regard : dans la faiblesse de cet enfant transpara\'eet diaphaniquement - la gloire "de leur Roi \'e9ternel et Seigneur universel" (}{\i\f5\fs20 Ex. Sp., }{\f5\fs20 97). 
\par 
\par \tab Une \'e9toile, un livre, un enfant nouveau-n\'e9,... un roi, tent\'e9 par des richesses, comme cela arrive le plus souvent (}{\i\f5\fs20 Ex. Sp.,}{\f5\fs20  142) sous l'\'e9tendard de Lucifer, "mortel ennemi de notre nature humaine" (}{\i\f5\fs20 
Ex. Sp., }{\f5\fs20 136), et des scribes qui, dans leur obsession de pr\'e9server leur v\'e9rit\'e9 acquise, ne se d\'e9cident pas \'e0 l'abandonner pour aller \'e0 Dieu, se maintenant ainsi dans le deuxi\'e8me "binario" ignatien (}{\i\f5\fs20 Ex. Sp.,}{
\f5\fs20  154), et les mages qui, se convertissant, choisissent cet autre chemin qu'Ignace appelle dans les Constitutions "la voie du Christ notre Seigneur" [582] sur laquelle le compagnon de route "accepte et d\'e9
sire de toutes ses forces tout ce que le Christ notre Seigneur a aim\'e9 et embrass\'e9" [101]. 
\par 
\par \tab L'autre chemin, c'est, parmi d'autres qui conduisent \'e0 Dieu, celui qui doit guider cette Congr\'e9gation G\'e9n\'e9rale, si elle veut \'eatre celle de la Compagnie de J\'e9sus. Sommes-nous sur ce chemin d'une mani\'e8
re si transparente qu'il est clair pour tous ? Sur ce chemin, tra\'eenons-nous les pieds ou nous voit-on "aller de l'avant dans la voie du service divin" [260], et m\'ea
me "courir dans la voie du Christ notre Seigneur" [582]? Ou bien avons-nous perdu le chemin et ne savons-nous plus o\'f9 nous allons ? Comme chez les scribes de J\'e9rusalem, le capital d'intelligence et la capacit\'e9
 verbale dans la Compagnie sont tels que dans cette Congr\'e9gation G\'e9n\'e9rale les mots ne nous feront pas d\'e9faut pour mettre "le chemin du p\'e8lerin Ignace" en d\'e9crets et en paroles, en lois et en messages ; mais, \'e0
 la suite des mages, il s'agit de se mettre en route, de faire des choix et de refuser des d\'e9viations ; il s'agit de nous engager personnellement dans des actes concrets (}{\i\f5\fs20 Ex. Sp.,}{\f5\fs20  230). 
\par 
\par \tab Les mages s'aper\'e7oivent que ce chemin vers la demeure de l'enfant va \'e0 contre-courant. Car l'enfant est \'e0 peine n\'e9 que d\'e9j\'e0 un monde hostile tisse silencieusement mais efficacement autour de lui tout un r\'e9
seau d'alliances et de complots, d'accusations et d'inimiti\'e9s. Le panorama dress\'e9 par les tablo\'efdes r\'e9v\'e8le abondamment que notre chemin vers Dieu, comme celui du Christ, ne sera certes pas d\'e9termin\'e9, mais fortement marqu\'e9
 par les agissements du prince de ce monde et ses H\'e9rodes. Si le chemin sous l'\'e9tendard du Christ, balis\'e9 par la pauvret\'e9, l'humiliation et l'injustice (}{\i\f5\fs20 Ex. Sp.,}{\f5\fs20 
 147), rencontre la triade "richesses, honneurs, orgueil", ce n'est pas parce qu'il n'y a pas d'autre issue, mais parce que les compagnons de J\'e9sus, ses serviteurs et ses amis (}{\i\f5\fs20 Ex. Sp.,}{\f5\fs20 
 146) se mettent en route pour "aider tous les hommes" (}{\i\f5\fs20 Ex. Sp.,}{\f5\fs20  146), non pas dans un monde r\'eav\'e9 ou dans l'irr\'e9el, mais dans notre monde tel qu'il est et tel qu'il progresse vers sa perte, s'il est abandonn\'e9 \'e0 lui-m
\'eame. En cons\'e9quence, Ignace d\'e9sire que "dans la vigne si vaste du Christ notre Seigneur" la Compagnie aille choisir la r\'e9gion "qui en a le plus grand besoin ; ceci tant en raison du manque d'autres ouvriers que de la mis\'e8
re et des maladies du prochain qui se trouve l\'e0 et que du danger qu'il court..."[622]. "L\'e0 o\'f9 l'on se rendrait compte que l'ennemi du Christ notre Seigneur a sem\'e9 l'ivraie, et qu'il a sp\'e9cialement suscit\'e9 \'e0 l'\'e9
gard de la Compagnie une mauvaise opinion ou une mauvaise volont\'e9 pour emp\'eacher le fruit qu'elle pourrait faire, on devrait pareillement s'y engager davantage... "[622]. 
\par 
\par \tab Alors, dans un monde o\'f9 la production et la consommation, le march\'e9 et le profit s'imposent de plus en plus comme priorit\'e9s in\'e9luctables, notre chemin vers Dieu ne doit-il pas \'ea
tre celui des pauvres, nous engageant avec eux et pour eux, pour rappeler \'e0 tous que l'homme ne vit pas seulement de pain mais de cette parole du Christ qui exige pour toute personne humaine sans exception l'int\'e9grit\'e9 de son humanit\'e9
 et la destruction de toute structure de d\'e9shumanisation ? Dans un monde o\'f9 les particularismes religieux et culturels n'h\'e9sitent pas \'e0 recourir \'e0 la violence et \'e0
 la guerre pour s'affirmer et se consolider, notre chemin vers Dieu ne devrait-il pas t\'e9moigner d'une union des c\'9curs et des esprits o\'f9 la diversit\'e9 est voulue comme un enrichissement mutuel ? Dans un monde d\'e9sesp\'e9r\'e9ment en qu\'ea
te de bonheur et de plaisir, m\'fb par le d\'e9sir de la possession, de la s\'e9duction et du pouvoir, au m\'e9pris des droits des autres, notre chemin vers Dieu ne peut-il pas ouvrir les autres au sens des b\'e9atitudes ? Sans doute les 
mots pour dire le bien remplissent depuis des si\'e8cles des livres v\'e9n\'e9rables, mais l'annonce de la Bonne Nouvelle ne passe pas par des mots r\'e9p\'e9t\'e9s sans cesse mais par le t\'e9moignage d'une vie, par des t\'e9
moins de chair qui, vivant proph\'e8tiquement l'\'c9vangile du Christ, incarnent le chemin vers Dieu. Si nous regardons en nous-m\'eames et si nous regardons dans nos communaut\'e9s, pouvons-nous dire, selon les indications donn\'e9es par la 32\'e8
me Congr\'e9gation G\'e9n\'e9rale, que nous sommes des compagnons de J\'e9sus, que nous sommes engag\'e9s sous l'\'e9tendard de la croix, que nous sommes partie prenante de la lutte d\'e9cisive de notre \'e9
poque, qui est la lutte pour la foi et la lutte pour la justice qu'elle implique (32e CG, d. 2, n. 12) ? Allons plus loin: sommes-nous l\'e0 o\'f9 on nous attend pour \'eatre des t\'e9moins vivants de la Bonne Nouvelle ? Ce sera une grande gr\'e2
ce si nous sortons de cette Congr\'e9gation G\'e9n\'e9rale avec une r\'e9ponse personnelle et communautaire claire \'e0 ces questions fondamentales pour la f\'e9condit\'e9 de l'immense travail que fournit la Compagnie. 
\par 
\par \tab De retour dans leur pays, les mages ont-ils annonc\'e9 la Bonne Nouvelle ? Le r\'e9cit \'e9vang\'e9lique n'en dit rien. Ignace aurait observ\'e9: "ce qui, bien qu'on ne le dise pas dans l'Ecriture, est consid\'e9r\'e9 comme sous-entendu... car l'\'c9
criture suppose que nous avons de l'intelligence" (}{\i\f5\fs20 Ex. Sp.,}{\f5\fs20  299). En effet, il savait d'exp\'e9rience que lorsqu'on a rencontr\'e9 Dieu et qu'on s'est passionn\'e9 pour Lui, on ne peut que d\'e9sirer cette gr\'e2
ce pour les autres. Une fois enrichi de cette intimit\'e9 avec le Seigneur, on ne demande que de s'appauvrir pour enrichir les autres de cette richesse. C'est ce qu'avait saisi l'Orient chr\'e9
tien, qui, dans l'hymne bien connu de l'acathiste, chante au sujet des mages que "devenus porteurs de Dieu, ils retourn\'e8rent, accomplissant votre proph\'e9tie; en vous proclamant devant tous comme le Christ, ils laissent H\'e9
rode comme un sot incapable de chanter all\'e9luia". La rencontre avec le Seigneur a chang\'e9 quelque chose en eux. Dieu ne se manifeste vraiment qu'en bouleversant nos coeurs. Dans l'\'e9piphanie, ce n'est pas un message qui est communiqu\'e9
, un renseignement qui est \'e9chang\'e9. Il y a la rencontre du nouveau-n\'e9 avec ces mages, et cette reconnaissance r\'e9ciproque fait des mages des t\'e9moins vivants de la Bonne Nouvelle. Par leur \'eatre transform\'e9
, ils deviennent la Bonne Nouvelle et annoncent ainsi dans ce dialogue de vie la Lumi\'e8re des nations. Si par hasard en scrutant notre identit\'e9 de j\'e9suite nous nous apercevons que nous ne sommes plus ces t\'e9moins vivants de I'\'c9
vangile, la premi\'e8re cause en est notre manque personnel d'exp\'e9rience de Dieu, quelle que soit la forme qu'elle prend. 
\par 
\par \tab Parlant aux religieuses et religieux de l'Am\'e9rique Latine, il y a quatre ans, Jean Paul II remarquait qu' "il peut arriver parfois que le peuple de Dieu ne rencontre pas toujours l'appui souhait\'e9 chez les personnes consacr\'e9es parce que peut-
\'eatre elles ne refl\'e8tent pas dans leur vie un sens de Dieu assez fort, alors qu'elles devraient transmettre ce sens de Dieu". Il est vrai que tout ce qui concerne l'\'e9vang\'e9lisation - continuer l'\'e9piphanie, confi\'e9e \'e0 nos responsabilit
\'e9s - est en transition ou en crise. L'exigence d'\'e9vang\'e9lisation s'\'e9tend maintenant \'e0 toutes les parties du globe ; mais son urgence n'est plus sentie comme au temps des premiers j\'e9suites. L'\'e9vangile de ce jour prouve d\'e9j\'e0
 que personne ne peut \'eatre contraint \'e0 embrasser la foi malgr\'e9 lui, et, en rencontrant des mages d'une religion hors de l'alliance, Matthieu proclame l'\'e9piphanie \'e0 tous les hommes et \'e0 tout l'homme, sans pourtant nier que cette recon
naissance devrait venir d'abord du peuple \'e9lu. 
\par 
\par \tab En face de cette r\'e9alit\'e9, ancienne et nouvelle, notre terminologie a perdu sa certitude, et une th\'e9ologie qui rende compte de la volont\'e9 de Dieu de se manifester comme Sauveur de tous, transcendant l'unique vocation de l'\'c9
glise et de l'\'c9vangile irrempla\'e7ables, se cherche en balbutiant. Cette h\'e9sitation autour de l'\'e9vang\'e9lisation, voire cette confusion, n'a pas seulement laiss\'e9 un sentiment d'ins\'e9curit\'e9
 dans tout ce domaine de la manifestation du Seigneur au monde ; elle a entam\'e9 et comme \'e9touff\'e9 l'esprit missionnaire qui caract\'e9
risait depuis toujours la Compagnie. Parce que le corps apostolique de la Compagnie n'a pas d'autre fin que de s'engager "sp\'e9cialement en ce qui concerne les missions" (}{\i\f5\fs20 passim}{\f5\fs20  dans les Constitutions), laisser s'\'e9
teindre cet esprit serait en m\'eame temps priver chacun de nous de sa vocation et de sa mission. Tout en ouvrant la plus large diversit\'e9 de moyens et de chemins, les Constitutions demeurent pourtant tr\'e8s claires en ce qui concerne
 la fin de ces missions : "aider les personnes \'e0 rencontrer le Christ, \'e9piphanie de Dieu". Aupr\'e8s du candidat \'e0 la Compagnie, aujourd'hui encore, nous devons nous assurer qu'il d\'e9sire "le z\'e8le du salut des \'e2
mes et pour cela l'attachement \'e0 notre institut qui est directement ordonn\'e9 \'e0 les aider et \'e0 les disposer pour qu'elles obtiennent leur fin derni\'e8re de la main de Dieu notre Cr\'e9ateur et Seigneur" [156]. Notre mission, qui est notre cons
\'e9cration au Christ, est celle d'aider "les \'e2mes de notre prochain \'e0 atteindre la fin pour laquelle elles ont \'e9t\'e9 cr\'e9\'e9es" 13071, plus clairement encore: "obtenir la b\'e9atitude" [163]. 
\par 
\par \tab Ces paroles qui au premier abord semblent v\'e9tustes, n'ont-elles pas retrouv\'e9 une urgence nouvelle ? A travers les postulats, la Compagnie a donn\'e9 une ampleur nouvelle \'e0 cette mission de venir en aide et \'e0 ce refus de conqu\'e9
rir. Il y a un rejet du colportage et de la publicit\'e9, du pros\'e9lytisme et de la comptabilit\'e9, et un \'e9lan vers la rencontre et le dialogue interreligieux, vers la large collaboration avec tous les hommes de bonne volont\'e9
, vers la promotion de la justice et la d\'e9fense de la paix, des droits de l'homme et de l'environnement, par le dialogue de la vie et par la recherche commune de la v\'e9rit\'e9, par l'insertion en des milieux diffic
iles et par l'enfouissement qui fait de notre vie une simple interrogation, par le t\'e9moignage aussi de Celui qui inspire tous ces aspects de sa mission parmi les hommes et par la c\'e9l\'e9bration de la vitalit\'e9 chr\'e9
tienne. Toute une gamme nouvelle se pr\'e9sente \'e0 nous pour vivre pleinement cet id\'e9al que le P. Arrupe r\'e9sumait en ces quelques mots d' "hommes pour les autres", traduisant ainsi l' "ayudar a las almas" des Constitutions. En nous appelant \'e0
 une nouvelle \'e9vang\'e9lisation, Jean Paul II nous demande de nous ing\'e9nier \'e0 d\'e9couvrir et \'e0 mettre en pratique un nouveau langage, une nouvelle approche et un chemin nouveau pour r\'e9pondre aux nouveaux d\'e9
fis et aux nouveaux enjeux de l'humanit\'e9 qui a besoin d'\'eatre aid\'e9e \'e0 devenir dans la r\'e9alit\'e9 de notre temps ce qu'elle est \'e0 l'image et \'e0 la ressemblance de Dieu, tel qu'il s'est manifest\'e9 en ce jour de l'\'c9piphanie. 
\par 
\par \tab Le P. Arrupe osait le dire d'une mani\'e8re mystique lorsqu'il affirmait : "l'homme, premier mot des Exercices Spirituels et point de d\'e9part de l'exp\'e9rience spirituelle qu'Ignace a v\'e9cue et enseign\'e9e, est aussi - port\'e9 \'e0 sa pl\'e9
nitude par voie de d\'e9passement et d'approfondissement - le tout ultime de la vie con\'e7ue comme contemplation" (}{\i\f5\fs20 \'c9crits pour \'e9vang\'e9liser}{\f5\fs20 , p. 430). Cette vision ne fait que r\'e9pondre \'e0 la convi
ction de Jean Paul II redite maintes fois : "l'homme est la route de l'\'c9glise, la route oblig\'e9e pour l'\'c9glise.... et l'homme est la route de l'\'c9glise... parce que l'homme - tout homme sans aucune exception - ... a \'e9t\'e9 rachet\'e9
 par le Christ, parce que le Christ s'est en quelque sorte uni \'e0 l'homme..." (}{\i\f5\fs20 Redemptor Hominis}{\f5\fs20 , 14). 
\par 
\par \tab Les paroles des Constitutions n'ont-elles pas trouv\'e9 en ces perspectives une nouvelle vitalit\'e9 qui nous interpelle ? Il est heureux que nous soyons \'e0 la recherche d'une nouvelle terminologie missionnaire et d'une nouvelle motivation th\'e9
ologique, mais elle d\'e9pendra d'une reprise de notre \'e9lan missionnaire, car d'une diminution de cet esprit on ne peut attendre que la mort de la Compagnie. Dans la pratique de la Compagnie d\'e8s ses origines, cet esprit s'est exprim\'e9
 dans une disponibilit\'e9 universelle. Nous nous identifions volontiers \'e0 des envoy\'e9s, mais le r\'e9cit de l'\'e9piphanie, comme par ailleurs l'histoire de tant de figures bibliques, nous apprend qu'un envoy\'e9 doit partir l\'e0 o\'f9 la missio
n l'appelle. Il doit alors \'eatre capable de quitter ce qui lui est familier dans tous les sens du mot et d'abandonner ses certitudes et ses habitudes pour s'immerger v\'e9ritablement dans des situations p\'e9
nibles pour vivre la vie des hommes, surtout celle des malheureux auxquels l'\'c9vangile est annonc\'e9 en priorit\'e9. 
\par 
\par \tab Cette disponibilit\'e9 universelle suppose sans doute un engagement et un don de soi, mais aujourd'hui davantage encore - et c'est un aspect de la nouvelle \'e9vang\'e9lisation - le courage de recevoir, de se laisser transformer en pleine gratuit\'e9
, afin que la Bonne Nouvelle devienne et puisse devenir transparente. Sans cette disponibilit\'e9 universelle, concr\'e8tement v\'e9cue dans la mobilit\'e9 et dans le choix des priorit\'e9s, la Compagnie n'est plus en mesure d'aider les autres \'e0
 aller de l'avant sur le chemin qui est le leur, vers le Seigneur. "Dans son histoire, la Compagnie de J\'e9sus s'est toujours distingu\'e9e, \'e0 travers les formes multiples et vari\'e9es de son minist\'e8re apostolique, par la mobilit\'e9
 et par le dynamisme que son fondateur lui a infus\'e9s et qui l'ont rendue capable de saisir les signes des temps et par l\'e0 d'\'eatre \'e0 l'avant-garde du renouveau voulu par l'\'c9glise" (Jean Paul II aux Provinciaux, n. 6). Il est compr\'e9
hensible que cette t\'e2che nous plonge dans des difficult\'e9
s douloureuses, dans la tentation de nous contenter d'assurer le pain des hommes et d'abandonner l'urgence de leur donner aussi le pain de vie, dans des efforts pour ouvrir de nouveaux champs d'apostolat et fermer ce qui ne correspond plus \'e0 not
re mission aujourd'hui, l\'e0 o\'f9 la diminution quantitative et qualitative de nos possibilit\'e9s en hommes et en ressources risque d'\'e9puiser les \'e9nergies d\'e9j\'e0
 indispensables pour le simple maintien. Nous pouvons faire semblant de partir d'une position de force et de s\'e9curit\'e9, et il ne fait gu\'e8re de doute que la Compagnie a aujourd'hui de quoi \'eatre fi\'e8re de sa surprenante activit\'e9
 un peu partout dans le monde. Le fait est ind\'e9niable, mais il n'a un sens que si toute cette activit\'e9 est l'expression de la fin pour laquelle elle devrait \'eatre commenc\'e9e. 
\par 
\par \tab La Congr\'e9gation G\'e9n\'e9rale aura \'e0 prendre la temp\'e9rature de notre vitalit\'e9 spirituelle, de la vie dans l'Esprit de la Compagnie, car, nous rappelle Ignace dans les Constitutions, "pour maintenir et d\'e9velopper non seul
ement le corps, c'est-\'e0-dire l'ext\'e9rieur de la Compagnie, mais aussi son esprit, et pour parvenir \'e0 ce qu'elle recherche, qui est d'aider les \'e2mes \'e0 atteindre leur fin supr\'eame et surnaturelle, les moyens qui unissent l'instrument \'e0
 Dieu... sont plus efficaces que ceux qui le disposent \'e0 l'\'e9gard des hommes ; telles sont la droiture et la vertu, sp\'e9cialement la charit\'e9, la pure intention de servir Dieu, la familiarit\'e9
 avec Dieu notre Seigneur, dans les exercices spirituels de d\'e9votion, le z\'e8le sinc\'e8re des \'e2mes, sans avoir d'autre int\'e9r\'eat que la gloire de Celui qui les a cr\'e9\'e9es et rachet\'e9es" [813]. 
\par 
\par \tab Dans les Exercices Spirituels, Ignace avait raison de concentrer tout le myst\'e8re de l'\'c9piphanie sur l'adoration des mages : ils ne voient qu'un pauvre enfant et ils se mettent \'e0 genoux ou bien, \'e0
 l'orientale, ils se prosternent. Cet enfant pauvre est demeur\'e9 le pauvre de Dieu tout en \'e9tant le Seigneur ressuscit\'e9. Et alors la question est pos\'e9e \'e0 nous tous : "Et vous, qui dites-vous que je suis ?" (Mt 16, 15). Cette Congr\'e9
gation G\'e9n\'e9rale a la responsabilit\'e9 de ne pas donner une r\'e9ponse toute faite, fournie par un de nos d\'e9crets ; elle doit se mettre en pr\'e9sence de cet enfant et avec Ignace "faire un colloque : comment de cr\'e9ateur, il en est venu \'e0
 se faire homme..." (}{\i\f5\fs20 Ex. Sp.,}{\f5\fs20  53), sachant de nouveau que dire qui Il est, c'est dire ce que nous sommes en tant que compagnons de J\'e9sus pour la vie du monde. Participant \'e0 cette Congr\'e9gation G\'e9n\'e9
rale, au seuil du troisi\'e8me mill\'e9naire, qui suis-je, "faisant des demandes selon ce que l'on sentira en soi, afin de suivre et d'imiter davantage notre Seigneur ainsi tout nouvellement incarn\'e9" (}{\i\f5\fs20 Ex. Sp.,}{\f5\fs20  109). 
\par 
\par }{\lang1036 
\par }}
