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Appendice III de la 34 ème CG
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Allocutions introductives du Père Général : 2. La mission et le corps de la Compagnie (6 janvier 1995) |
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Notre confrère Pierre Teilhard de Chardin a exprimé à plusieurs reprises le désir que la solennité de ce jour change de nom, ou au moins de préfixe. Pour souligner que nous célébrons le jour où Notre Seigneur se révèle en pleine transparence comme le fondement de tous et de tout, source et fin, alpha et oméga, on devrait parler de "dia-phanie" et non pas d' "épiphanie". Car il s'agit moins d'une irruption soudaine dans l'histoire de Celui qui en est le Créateur et le Sauveur que d'une mystérieuse et silencieuse "dia-phanie", par laquelle le Christ illumine le vrai fondement de tous les êtres, agissant en eux et par eux pour les conduire tous vers leur accomplissement, Dieu devenant tout en tous. Selon ses propres paroles, Teilhard ne lit pas l'histoire des mages comme une vérité photographique, mais comme une vérité qui nous éclaire sur Celui qui remplit l'univers de sa présence dynamique, sur Celui qui seul donne un sens à notre histoire, sur Celui qui, en tout et pour tous, est le Dieu toujours plus grand. |
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C'est cette "dia-phanie", cette transparence de Dieu dans "toutes les choses créées" qui a ébloui et bouleversé Ignace. Dans le mystère de ce jour, la recherche de Dieu passe par le livre et par l'étoile; de même, lorsqu'il pose un "principe et fondement" à l'aventure dans l'Esprit à laquelle il nous invite, Ignace proclame qu'il n'y a pas pour l'homme d'authentique recherche de Dieu qui ne passe par une insertion dans le monde créé, et que, d'autre part, toute solidarité avec l'homme et tout engagement dans le monde créé ne peuvent être authentiques sans une découverte de Dieu. Conformément à cette vision, ses Constitutions s'appuient sur cette mystique de la présence de Dieu à son oeuvre, sur cette visée "dia-phanique", ou tout simplement "théo-phanique", d'une création qu'il faut de nouveau rendre juste et belle, vraie et pacifiée, unie et réconciliée avec Dieu, comme au premier jour. |
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C'est dans cette perspective qu'est née la Compagnie de Jésus, dans cette conviction que servir Dieu qui se manifeste comme Dieu-avec-nous, c'est "ayudar a las almas", c'est aider les hommes et les femmes à se dégager de l'image ternie et brouillée qu'ils ont d'eux-mêmes pour se découvrir, à la lumière de Dieu, en pleine ressemblance avec Lui. C'est dans une même perspective qu'Ignace dans les Constitutions [814] rappelle que le meilleur moyen de glorifier Dieu notre Seigneur, "qui veut être glorifié avec ce qu'il donne comme Créateur, qui est la nature, et avec ce qu'il donne comme auteur de la grâce, qui est le surnaturel", c'est de cultiver soigneusement les moyens naturels; à une condition toutefois: que nous ne mettions pas en eux notre confiance, mais que nous nous en servions pour coopérer à la grâce divine. |
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Voilà "la voie du service divin que nous avons commencé à suivre" [134]. Mais Ignace ne serait pas Ignace s'il ne considérait pas "ce chemin vers Dieu" comme une voie que Dieu lui-même en Christ, qui est "la route", avait manifestée en lui donnant la grâce de "se mettre en route" (Récit, 11). |
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Mais revenons à l'évangile pour contempler les mages sur leur chemin. Des mages d'Orient! Voilà qui est déjà bouleversant et pour le moins inattendu. Matthieu a-t-il donc oublié l'avertissement du Lévitique: "Ne vous tournez pas vers les spectres et ne recherchez pas les mages, ils vous souilleraient. Moi, je suis votre Dieu" (19, 31)? Ou alors Matthieu avait-il cette mentalité moderne selon laquelle à l'Ouest il n'y a rien de nouveau à découvrir, tandis que de l'Orient vient une lumière ensorcelante et exotique ? De toute manière, ces mages bien insolites, grands scrutateurs du ciel, sont habités de la même question qui poussera les premiers apôtres à demander: "Maître, où demeures-tu ?" (Jn 1, 38). |
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Ce qui amène à poser la question, c'est une étoile qui ne fonctionne pas seulement comme moyen, mais comme objet de communion, pour parler comme Teilhard, comme instrument d'union, dans l'esprit d'Ignace. Dans l'évangile du jour nous découvrons que la parole de Dieu n'est pas confiée seulement aux écritures et aux exégètes : elle se manifeste aussi dans le livre ouvert de la nuit, qui chante la gloire de Dieu lorsqu'elle répond à l'attente du veilleur en devenant la lueur de l'aurore qui annonce un jour nouveau (Ps 130,6). |
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"Nous avons vu son astre à l'Orient et nous sommes venus adorer le Seigneur". Ce sont des mages, prototypes de l'Église issue du paganisme, qui forcent le peuple élu à ouvrir ses livres saints pour y découvrir qu'au fond ils révèlent le Christ avec la même transparence que le ciel montrant l'étoile qui les a guidés. L'ouverture des livres sacrés, "afin que moi, Hérode, j'aille aussi l'adorer", rend transparent même au coeur de l'usurpateur le désir caché d'un règne de justice et de vérité. Les mages pouvaient aider Hérode à rencontrer le roi attendu par son peuple, même si cette reconnaissance impliquait le renoncement à sa royauté. Comme les mages, il aurait dû prendre un autre chemin. Ce refus de prendre un autre chemin est aussi le fait des scribes qui, dans leur pitoyable aveuglement, ne voient pas dans les Écritures celui qui est venu non pas pour les supprimer mais pour leur donner la plénitude de leur sens divin. |
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Et voilà l'enfant avec sa mère. Ce n'est pas une Vierge à l'enfant ; c'est un enfant à la Vierge, reconnaissant que sa seule gloire sur la terre est d'être pleinement homme, à travers sa mère. Lorsqu'il propose ce mystère de la vie du Christ à notre contemplation, Ignace redit quatre fois "adorer": venir pour adorer (Ex. Sp., 267), avant de retourner par un autre chemin. Cette adoration s'exprime concrètement par les présents : l'or va au roi, l'encens au Dieu, la myrrhe au mortel en attente de l'immortalité. Mais si les mages n'avaient donné que des présents, ils n'auraient rien donné. Dans l'adoration, ils se donneront eux-mêmes, faisant ainsi "des offrandes de plus grande valeur et de plus grande importance" (Ex. Sp., 97). Ces mages qui font métier de scruter, de discerner, de voir, ne voient qu'un petit enfant, mais ils ont reconnu ce qui dépasse infiniment leur regard : dans la faiblesse de cet enfant transparaît diaphaniquement - la gloire "de leur Roi éternel et Seigneur universel" (Ex. Sp., 97). |
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Une étoile, un livre, un enfant nouveau-né,... un roi, tenté par des richesses, comme cela arrive le plus souvent (Ex. Sp., 142) sous l'étendard de Lucifer, "mortel ennemi de notre nature humaine" (Ex. Sp., 136), et des scribes qui, dans leur obsession de préserver leur vérité acquise, ne se décident pas à l'abandonner pour aller à Dieu, se maintenant ainsi dans le deuxième "binario" ignatien (Ex. Sp., 154), et les mages qui, se convertissant, choisissent cet autre chemin qu'Ignace appelle dans les Constitutions "la voie du Christ notre Seigneur" [582] sur laquelle le compagnon de route "accepte et désire de toutes ses forces tout ce que le Christ notre Seigneur a aimé et embrassé" [101]. |
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L'autre chemin, c'est, parmi d'autres qui conduisent à Dieu, celui qui doit guider cette Congrégation Générale, si elle veut être celle de la Compagnie de Jésus. Sommes-nous sur ce chemin d'une manière si transparente qu'il est clair pour tous ? Sur ce chemin, traînons-nous les pieds ou nous voit-on "aller de l'avant dans la voie du service divin" [260], et même "courir dans la voie du Christ notre Seigneur" [582]? Ou bien avons-nous perdu le chemin et ne savons-nous plus où nous allons ? Comme chez les scribes de Jérusalem, le capital d'intelligence et la capacité verbale dans la Compagnie sont tels que dans cette Congrégation Générale les mots ne nous feront pas défaut pour mettre "le chemin du pèlerin Ignace" en décrets et en paroles, en lois et en messages ; mais, à la suite des mages, il s'agit de se mettre en route, de faire des choix et de refuser des déviations ; il s'agit de nous engager personnellement dans des actes concrets (Ex. Sp., 230). |
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Les mages s'aperçoivent que ce chemin vers la demeure de l'enfant va à contre-courant. Car l'enfant est à peine né que déjà un monde hostile tisse silencieusement mais efficacement autour de lui tout un réseau d'alliances et de complots, d'accusations et d'inimitiés. Le panorama dressé par les tabloïdes révèle abondamment que notre chemin vers Dieu, comme celui du Christ, ne sera certes pas déterminé, mais fortement marqué par les agissements du prince de ce monde et ses Hérodes. Si le chemin sous l'étendard du Christ, balisé par la pauvreté, l'humiliation et l'injustice (Ex. Sp., 147), rencontre la triade "richesses, honneurs, orgueil", ce n'est pas parce qu'il n'y a pas d'autre issue, mais parce que les compagnons de Jésus, ses serviteurs et ses amis (Ex. Sp., 146) se mettent en route pour "aider tous les hommes" (Ex. Sp., 146), non pas dans un monde rêvé ou dans l'irréel, mais dans notre monde tel qu'il est et tel qu'il progresse vers sa perte, s'il est abandonné à lui-même. En conséquence, Ignace désire que "dans la vigne si vaste du Christ notre Seigneur" la Compagnie aille choisir la région "qui en a le plus grand besoin ; ceci tant en raison du manque d'autres ouvriers que de la misère et des maladies du prochain qui se trouve là et que du danger qu'il court..."[622]. "Là où l'on se rendrait compte que l'ennemi du Christ notre Seigneur a semé l'ivraie, et qu'il a spécialement suscité à l'égard de la Compagnie une mauvaise opinion ou une mauvaise volonté pour empêcher le fruit qu'elle pourrait faire, on devrait pareillement s'y engager davantage... "[622]. |
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Alors, dans un monde où la production et la consommation, le marché et le profit s'imposent de plus en plus comme priorités inéluctables, notre chemin vers Dieu ne doit-il pas être celui des pauvres, nous engageant avec eux et pour eux, pour rappeler à tous que l'homme ne vit pas seulement de pain mais de cette parole du Christ qui exige pour toute personne humaine sans exception l'intégrité de son humanité et la destruction de toute structure de déshumanisation ? Dans un monde où les particularismes religieux et culturels n'hésitent pas à recourir à la violence et à la guerre pour s'affirmer et se consolider, notre chemin vers Dieu ne devrait-il pas témoigner d'une union des cœurs et des esprits où la diversité est voulue comme un enrichissement mutuel ? Dans un monde désespérément en quête de bonheur et de plaisir, mû par le désir de la possession, de la séduction et du pouvoir, au mépris des droits des autres, notre chemin vers Dieu ne peut-il pas ouvrir les autres au sens des béatitudes ? Sans doute les mots pour dire le bien remplissent depuis des siècles des livres vénérables, mais l'annonce de la Bonne Nouvelle ne passe pas par des mots répétés sans cesse mais par le témoignage d'une vie, par des témoins de chair qui, vivant prophètiquement l'Évangile du Christ, incarnent le chemin vers Dieu. Si nous regardons en nous-mêmes et si nous regardons dans nos communautés, pouvons-nous dire, selon les indications données par la 32ème Congrégation Générale, que nous sommes des compagnons de Jésus, que nous sommes engagés sous l'étendard de la croix, que nous sommes partie prenante de la lutte décisive de notre époque, qui est la lutte pour la foi et la lutte pour la justice qu'elle implique (32e CG, d. 2, n. 12) ? Allons plus loin: sommes-nous là où on nous attend pour être des témoins vivants de la Bonne Nouvelle ? Ce sera une grande grâce si nous sortons de cette Congrégation Générale avec une réponse personnelle et communautaire claire à ces questions fondamentales pour la fécondité de l'immense travail que fournit la Compagnie. |
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De retour dans leur pays, les mages ont-ils annoncé la Bonne Nouvelle ? Le récit évangélique n'en dit rien. Ignace aurait observé : "ce qui, bien qu'on ne le dise pas dans l'Ecriture, est considéré comme sous-entendu... car l'Écriture suppose que nous avons de l'intelligence" (Ex. Sp., 299). En effet, il savait d'expérience que lorsqu'on a rencontré Dieu et qu'on s'est passionné pour Lui, on ne peut que désirer cette grâce pour les autres. Une fois enrichi de cette intimité avec le Seigneur, on ne demande que de s'appauvrir pour enrichir les autres de cette richesse. C'est ce qu'avait saisi l'Orient chrétien, qui, dans l'hymne bien connu de l'acathiste, chante au sujet des mages que "devenus porteurs de Dieu, ils retournèrent, accomplissant votre prophétie; en vous proclamant devant tous comme le Christ, ils laissent Hérode comme un sot incapable de chanter alléluia". La rencontre avec le Seigneur a changé quelque chose en eux. Dieu ne se manifeste vraiment qu'en bouleversant nos coeurs. Dans l'épiphanie, ce n'est pas un message qui est communiqué, un renseignement qui est échangé. Il y a la rencontre du nouveau-né avec ces mages, et cette reconnaissance réciproque fait des mages des témoins vivants de la Bonne Nouvelle. Par leur être transformé, ils deviennent la Bonne Nouvelle et annoncent ainsi dans ce dialogue de vie la Lumière des nations. Si par hasard en scrutant notre identité de jésuite nous nous apercevons que nous ne sommes plus ces témoins vivants de I'Évangile, la première cause en est notre manque personnel d'expérience de Dieu, quelle que soit la forme qu'elle prend. |
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Parlant aux religieuses et religieux de l'Amérique Latine, il y a quatre ans, Jean Paul II remarquait qu' "il peut arriver parfois que le peuple de Dieu ne rencontre pas toujours l'appui souhaité chez les personnes consacrées parce que peut-être elles ne reflètent pas dans leur vie un sens de Dieu assez fort, alors qu'elles devraient transmettre ce sens de Dieu". Il est vrai que tout ce qui concerne l'évangélisation - continuer l'épiphanie, confiée à nos responsabilités - est en transition ou en crise. L'exigence d'évangélisation s'étend maintenant à toutes les parties du globe ; mais son urgence n'est plus sentie comme au temps des premiers jésuites. L'évangile de ce jour prouve déjà que personne ne peut être contraint à embrasser la foi malgré lui, et, en rencontrant des mages d'une religion hors de l'alliance, Matthieu proclame l'épiphanie à tous les hommes et à tout l'homme, sans pourtant nier que cette reconnaissance devrait venir d'abord du peuple élu. |
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En face de cette réalité, ancienne et nouvelle, notre terminologie a perdu sa certitude, et une théologie qui rende compte de la volonté de Dieu de se manifester comme Sauveur de tous, transcendant l'unique vocation de l'Église et de l'Évangile irremplaçables, se cherche en balbutiant. Cette hésitation autour de l'évangélisation, voire cette confusion, n'a pas seulement laissé un sentiment d'insécurité dans tout ce domaine de la manifestation du Seigneur au monde ; elle a entamé et comme étouffé l'esprit missionnaire qui caractérisait depuis toujours la Compagnie. Parce que le corps apostolique de la Compagnie n'a pas d'autre fin que de s'engager "spécialement en ce qui concerne les missions" (passim dans les Constitutions), laisser s'éteindre cet esprit serait en même temps priver chacun de nous de sa vocation et de sa mission. Tout en ouvrant la plus large diversité de moyens et de chemins, les Constitutions demeurent pourtant très claires en ce qui concerne la fin de ces missions : "aider les personnes à rencontrer le Christ, épiphanie de Dieu". Auprès du candidat à la Compagnie, aujourd'hui encore, nous devons nous assurer qu'il désire "le zèle du salut des âmes et pour cela l'attachement à notre institut qui est directement ordonné à les aider et à les disposer pour qu'elles obtiennent leur fin dernière de la main de Dieu notre Créateur et Seigneur" [156]. Notre mission, qui est notre consécration au Christ, est celle d'aider "les âmes de notre prochain à atteindre la fin pour laquelle elles ont été créées" [307], plus clairement encore: "obtenir la béatitude" [163]. |
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Ces paroles qui au premier abord semblent vétustes, n'ont-elles pas retrouvé
une urgence |
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Le P. Arrupe osait le dire d'une manière mystique lorsqu'il affirmait : "l'homme, premier mot des Exercices Spirituels et point de départ de l'expérience spirituelle qu'Ignace a vécue et enseignée, est aussi - porté à sa plénitude par voie de dépassement et d'approfondissement - le tout ultime de la vie conçue comme contemplation" (Écrits pour évangéliser, p. 430). Cette vision ne fait que répondre à la conviction de Jean Paul II redite maintes fois : "l'homme est la route de l'Église, la route obligée pour l'Église.... et l'homme est la route de l'Église... parce que l'homme - tout homme sans aucune exception - ... a été racheté par le Christ, parce que le Christ s'est en quelque sorte uni à l'homme..." (Redemptor Hominis, 14). |
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Les paroles des Constitutions n'ont-elles pas trouvé en ces perspectives une nouvelle vitalité qui nous interpelle ? Il est heureux que nous soyons à la recherche d'une nouvelle terminologie missionnaire et d'une nouvelle motivation théologique, mais elle dépendra d'une reprise de notre élan missionnaire, car d'une diminution de cet esprit on ne peut attendre que la mort de la Compagnie. Dans la pratique de la Compagnie dès ses origines, cet esprit s'est exprimé dans une disponibilité universelle. Nous nous identifions volontiers à des envoyés, mais le récit de l'épiphanie, comme par ailleurs l'histoire de tant de figures bibliques, nous apprend qu'un envoyé doit partir là où la mission l'appelle. Il doit alors être capable de quitter ce qui lui est familier dans tous les sens du mot et d'abandonner ses certitudes et ses habitudes pour s'immerger véritablement dans des situations pénibles pour vivre la vie des hommes, surtout celle des malheureux auxquels l'Évangile est annoncé en priorité. |
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Cette disponibilité universelle suppose sans doute un engagement et un don de soi, mais aujourd'hui davantage encore - et c'est un aspect de la nouvelle évangélisation - le courage de recevoir, de se laisser transformer en pleine gratuité, afin que la Bonne Nouvelle devienne et puisse devenir transparente. Sans cette disponibilité universelle, concrètement vécue dans la mobilité et dans le choix des priorités, la Compagnie n'est plus en mesure d'aider les autres à aller de l'avant sur le chemin qui est le leur, vers le Seigneur. "Dans son histoire, la Compagnie de Jésus s'est toujours distinguée, à travers les formes multiples et variées de son ministère apostolique, par la mobilité et par le dynamisme que son fondateur lui a infusés et qui l'ont rendue capable de saisir les signes des temps et par là d'être à l'avant-garde du renouveau voulu par l'Église" (Jean Paul II aux Provinciaux, n. 6). Il est compréhensible que cette tâche nous plonge dans des difficultés douloureuses, dans la tentation de nous contenter d'assurer le pain des hommes et d'abandonner l'urgence de leur donner aussi le pain de vie, dans des efforts pour ouvrir de nouveaux champs d'apostolat et fermer ce qui ne correspond plus à notre mission aujourd'hui, là où la diminution quantitative et qualitative de nos possibilités en hommes et en ressources risque d'épuiser les énergies déjà indispensables pour le simple maintien. Nous pouvons faire semblant de partir d'une position de force et de sécurité, et il ne fait guère de doute que la Compagnie a aujourd'hui de quoi être fière de sa surprenante activité un peu partout dans le monde. Le fait est indéniable, mais il n'a un sens que si toute cette activité est l'expression de la fin pour laquelle elle devrait être commencée. |
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La Congrégation Générale aura à prendre la température de notre vitalité spirituelle, de la vie dans l'Esprit de la Compagnie, car, nous rappelle Ignace dans les Constitutions, "pour maintenir et développer non seulement le corps, c'est-à-dire l'extérieur de la Compagnie, mais aussi son esprit, et pour parvenir à ce qu'elle recherche, qui est d'aider les âmes à atteindre leur fin suprême et surnaturelle, les moyens qui unissent l'instrument à Dieu... sont plus efficaces que ceux qui le disposent à l'égard des hommes ; telles sont la droiture et la vertu, spécialement la charité, la pure intention de servir Dieu, la familiarité avec Dieu notre Seigneur, dans les exercices spirituels de dévotion, le zèle sincère des âmes, sans avoir d'autre intérêt que la gloire de Celui qui les a créées et rachetées" [813]. |
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Dans les Exercices Spirituels, Ignace avait raison de concentrer tout
le mystère de l'Épiphanie sur l'adoration des mages : ils ne voient qu'un
pauvre enfant et ils se mettent à genoux ou bien, à l'orientale, ils se
prosternent. Cet enfant pauvre est demeuré le pauvre de Dieu tout en étant
le Seigneur ressuscité. Et alors la question est posée à nous tous : "Et
vous, qui dites-vous que je |