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« CE SERA MADRID » « Ce sera, ... hem ... ce sera Madrid... » C'est par ces mots que le Père Provincial, François-Xavier Dumortier, m'apprenait, en mai 2007, ma destination pour l'année universitaire 2007-2008. Je quittai Paris quelques semaines plus tard, une fois les examens de la deuxième année de cycle intégré achevés. Le voyage vers l'Espagne se fit par étapes. La première fut un camp Plein Vent (avec les Scouts de France) dans la Sarthe avec des jeunes de Sarcelles : huit jours inoubliables d'itinérance en vélo sous la pluie. Je retrouvai ensuite Henri Michardière, jésuite à Bordeaux, pour accompagner un équipage de jeunes professionnels à Vie en mer. Le camp partait de Hendaye pour passer tout de suite du côté du pays basque espagnol : première reprise de contact avec un pays dont l'évocation me renvoyait jusqu'à présent à l'adolescence. Mon père enseigne l'espagnol. J'avais effectué plusieurs séjours linguistiques l'été dans des familles espagnoles en Andalousie jusqu'en 1997, avant de mettre entre parenthèses la pratique de cette langue. Les premières escales furent assez courtes et nous passions par des petits ports basques où nous étions très tranquilles le soir. En Cantabrie, à l'escale de Castro Urdiales, commencèrent à remonter des sensations déjà connues : l'odeur de tabac et de tapas des bars, la chaleur étouffante qui invite à la sieste après le déjeuner, l'intensité sonore des conversations et les cris des enfants qui jouent à plonger depuis la digue du port.
Deux jours plus tard, je découvrais Loyola. A l'entrée dans la basilique me frappait un grand portrait du P. Arrupe déployé à l'occasion de son anniversaire. Son visage allait accompagner toute l'année. Après Vie en Mer, avec Henri nous rejoignîmes Vinh, un autre jésuite, à Salamanque pour le cours de langue proposé par des scolastiques des provinces d'Espagne. La communauté jésuite de Salamanque est immense. Elle comporte une infirmerie, un centre spirituel, le juvénat, les locaux du 3ème An : c'est dans ces derniers que nous fûmes logés pendant le cours. Celui-ci me permit de reprendre contact avec le castillan de façon plus approfondie et de commencer à connaître plusieurs scolastiques destinés à Comillas pour les études.
En septembre, je retrouvais le Père Arrupe lors de la retraite : ses textes accompagnaient la progression dans les Exercices. Tout de suite après, nous nous retrouvions en communauté au théologat. Nous sommes 17 jésuites de 10 nationalités : 2 Italiens, 2 Portugais, 2 Chiliens, 1 Cubain, 2 Portoricains, 4 Castillans (2 formateurs + 2 étudiants), 1 Américain, 1 Salvadorien, 1 Tchadien – au total 11 nouveaux. La moyenne d'âge est de 34 ans et 10 ans de Compagnie. La perspective est l'ordination sacerdotale à la fin du cycle de théologie. La communauté d'Yves durant son séjour à Madrid Tout de suite, je sens que nous ne partageons pas à 100% la même conception implicite de la vie commune. Par contre, il y a la foi que les différences peuvent se dépasser à partir de l'Evangile. Après avoir rêvé de pouvoir tout faire comme un espagnol, je réalise que je serai toujours français. Cela ne m'empêche ni de m'épanouir à Madrid, ni de partager en profondeur ce que je vis avec des jésuites d'autres nationalités. Malgré les différences de culture et d'histoire personnelle, quelle surprise et quelle joie de se découvrir à travers le dialogue franc, les conversations spirituelles et la prière commune, profondément unis dans la recherche de la volonté du Seigneur !
Les cours débutent le 1er octobre à Comillas. Inscrit comme étudiant “extraordinaire” de la faculté de théologie, j'y suis des cours d'un peu tous les côtés : 1ère et 2ème année de théologie, 3ème de philosophie. Le campus, à proprement parler, est à l'extérieur de Madrid. Petit à petit, je m'installe dans le train-train de la vie étudiante : cours de 9h à 13h, vie de communauté (déjeuner 14h, messe à 21h et dîner ensuite), activité apostolique le vendredi : dans ce cadre, j'entraîne deux équipes de foot dans un centre éducatif de la Compagnie dans le quartier.
Ce quartier est comme un village dans Madrid ; par le type d'habitat et de population il tranche avec d'autres quartiers limitrophes. Il est semblable à Saint-Denis ou Wazemmes : périphérie urbaine en recomposition avec un mélange important de populations : beaucoup d'immigrés latinos ou du Maroc. La Compagnie y dispose de trois œuvres : paroisse, collège et centre socio-éducatif qui permettent une vraie proximité avec les habitants. A l'heure d'écrire cet article (déjà en mai !), c'est d'abord le désir de rendre grâce qui m'anime. Au fil de l'été, puis de l'année, plusieurs personnes m'ont aidé à me confronter à la culture espagnole (1). Ce qui aura été l'occasion de retrouver plusieurs des raisons fondamentales pour lesquelles je suis entré dans la Compagnie. « Au final, celui qui veut être disciple du Christ, [...] n'a qu'une seule tâche à laquelle se consacrer, [...] apprendre de celui qui est doux et humble de cœur. Aucun type de savoir mondain, de techniques professionnelles ou d'activités philanthropiques ne peut remplacer cette écoute absolument fondamentale» (2). Loué soit Dieu pour cette année et pour ses dons. Ses grâces ont souvent été accompagnées de surprises et d'inattendu, marques propres de sa venue dans nos vies. Yves VENDÉ 1- Merci notamment aux compagnons d'études de Comillas et aux professeurs du cours de langue. 2- Pedro Arrupe sj Jesus, el unico modelo. A los Maestros de novicios, 5 de Junio de 1970 (Voir le site de la Province du Chili www.jesuitas.cl/ où de nombreux textes sont en ligne.)
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Jésuites : serviteurs
de la mission du Christ - © Compagnie de Jésus |