Dernière étape de formation
pour 14 jésuites de 9 pays
en France pour l'année 2004
Au 3ème rang : Yves de Kergaradec - Pierre Clermidy – Hervé Le Houérou – Bernard Paulet - Olivier Lardinois (Belgique/Chine) - Bernard Carrière (Canada)
Au 2ème rang : Roland Cazalis – Sainfariste Derino (Canada/Haïti) - Jozsef Varga-Berta (Hongrie) Puis Eric Zimmer (Detroit)
Au premier rang de gauche à droite : Eric Vollen (Belgique) – Emmanuel Uwamungu (Rwanda) – Marc Rastoin - Damien de Preville – Olivier Barreau – Johnny Veramendi (Venezuela).
On s'étonne que les antiennes de Didier Rimaud reviennent si vite en mémoire ! Et l'on se souvient de ses funérailles si émouvantes à Lyon fin décembre lors de la session d'ouverture. Pour les Français, un parfum de noviciat plane sur ce début de 3ème An. Mais bientôt une messe où la consécration est chantée en créole haïtien signale qu'il s'agit d'autre chose. Le groupe est international, sept Français et sept étrangers : voyez la photo ci-dessous. Avec deux instructeurs, Yves de Kergaradec et le québécois Bernard Carrière. Leur connivence est bien réelle tout comme leur complémentarité. Leurs levers matinaux et leurs promenades vespérales nous donnent l'heure mieux que des horloges suisses. En revanche, si l'un est porté à photocopier des textes sur la spiritualité ignatienne, l'autre l'est beaucoup moins ! Devinez qui ? Ils sont la preuve vivante que la collaboration entre jésuites est possible et heureuse ! Coutumes liturgiques, habitudes de tables, vocabulaires, tout diffère !
De ce fait la vie commune comporte une dimension non négligeable de compromis et d'expériment. Pas toujours facile de partager dans un groupe de cette taille : à quatorze, les tours de table peuvent être longs ! Mais cela représente en miniature un vrai « corps apostolique international » (CG 34, D 21).
Bernard Carrière (Canada) et Johnny Veramendi (Venezuela)
Que dire de ce 3 ème An qui ne trahisse pas l'essentiel de ce qui se vit au cœur de chacun ? Un noviciat, oui en un sens, avec ses rythmes et usages, ses travaux et services, mais aussi un temps pour relire 15 ou 20 ans (eh oui, déjà !) de Compagnie. Le premier mois à Lalouvesc a permis de rendre grâce pour le chemin parcouru, les découvertes, les compagnons rencontrés… ; permis aussi, étape nécessaire et bienfaisante, de nommer certaines souffrances. Nous nous révélons ainsi plus ou moins blessés, heureusement surpris parfois d'être encore bien vivants par la grâce de Dieu. Les 30 jours viennent alors à leur place, la première, pour faire une offrande de plus grand prix et s'ouvrir à un Seigneur de miséricorde qui appelle toujours. Moments précieux pour approfondir cette intimité avec le Seigneur sans laquelle il n'est pas de vie jésuite possible. Lalouvesc se prête bien à ce silence. Certains se baladent longuement, d'autres s'occupent du jardin et retapent le potager ou vernissent les boiseries…
Yves de Kergaradec et le Provincial de France, François-Xavier Dumortier
Beaucoup d'entre nous se trouvent à un tournant de leur orientation apostolique : ce temps a été le bienvenu. Les Français ont eu la chance de rencontrer deux fois le Provincial, d'abord à la session de lancement à Noël, puis en juillet après les 30 jours. Dans nos échanges, repassent tant de situations où nous avons vu la faiblesse des institutions et des hommes. Nous le savons bien, rien ne remplace le fait d'être « très uni » au Seigneur. D'un autre côté, nous percevons mieux le lien des Exercices aux Constitutions pour que la Compagnie, selon une formule célèbre du P. Kolvenbach, ne soit pas une collection d'aventures individuelles mais bien un corps pour la mission. Quelles formes prendra demain la solidarité internationale entre les provinces de la Compagnie de plus en plus diverse culturellement ? Sur quels critères choisir des œuvres et s'essayer à un discernement communautaire ? A quelles conditions peut-on être « significativement présents » dans une institution donnée ? Questions peu faciles auxquelles la réponse varie selon les provinces et la sensibilité de chacun.
Beaucoup de l'esprit du 3 ème An se joue dans les moments de détente, plus nombreux que dans une communauté ordinaire mais tellement révélateurs : jouer à la pétanque sous la neige à Lalouvesc, au badminton à l'Arbalétière par 37° à l'ombre… Ajoutons que chacun manifeste ses talents cachés : l'un prépare des kilos d'excellentes confitures (espérons tout de même que les novices ne s'en lasseront pas trop vite !), l'autre cuisine des cookies just like Mum , un troisième se voue au travail herculéen de brûler tout le bois mort du parc du noviciat, certains partent dans de grandes virées à vélo où ne manquent ni crevaisons ni autres péripéties !
Marc Rastoin et Hervé Le Houérou et Bernard Carrière (Canada)
Fin juin, un « expériment vacances » imprévu d'une semaine révèle les tempéraments : Lalouvesc–Lyon à pied en demandant l'hospitalité, tour (et ascension !) du Ventoux, découverte de l'hospitalité de « l'enclave belge » de La Viale, séjour plus sédentaire sur la côte d'Azur ! En tout cas, ces groupes font écho à ceux des premiers compagnons autour de Vicence en 1537, « répartis en trois groupes et de telle manière qu'ils étaient toujours de nationalités diverses » (Récit 93).
Avant ou après la période commune, certains ont pu en outre se ménager un temps d'expériment proprement dit, dont Damien de Préville au CCU d'Alger, Bernard Paulet à la Réunion ou Emmanuel Uwamungu (RWB) à St-Denis (en France !).
Peut-on déjà parler de fruits ? Prématuré ! Le 3 ème An n'est pas clos et nous nous retrouvons début janvier au noviciat. Nos compagnons jugeront sur pièce ! Mais je pense que nous aurons pris une conscience plus vive et personnelle des mots de la 32 ème CG :
« Qu'est-ce qu'être Jésuite ? C'est se savoir, bien que pécheur,
appelé à être compagnon de Jésus ».
Se savoir pécheur, vulnérable et « pauvre en bonté »,
et vouloir néanmoins se rendre davantage disponible à Dieu
dans le corps de la Compagnie.
Marc RASTOIN
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