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Paul de Montgolfier
Des urgences
aux prisons,
en passant par la prévention...

 

Interview réalisée par Tuan Nguyen, jésuite à Marseille, à l'occasion de l'arrivée de Paul de Montgolfier à Marseille comme nouveau directeur du CCM, le centre culturel médical

Tuan : Après le Bac, tu voulais faire médecine. Alors pourquoi es-tu entré chez les jésuites ?

Paul : Médecine m'attirait car c'est un métier qui me semblait assez relationnel. Chez les jésuites je voyais une grande ouverture : ils vont dans tous les pays et font des choses très diverses. Voulant être prêtre, j'appréciais cette dimension universelle.

Devenir prêtre ouvrier en étant ambulancier

Tuan : A la fin de tes études jésuites, comment t'est venu l'idée de devenir ambulancier ?

Paul : Au terme de ma formation jésuite, avec mes supérieurs religieux, nous avons décidé que je travaillerai dans ce qu'on appelle « la mission ouvrière ». C'est une mission où nous rejoignons les gens non pas en leur enseignant quelque chose (de religieux ou de profane) mais en vivant avec eux, en partageant les choses importantes de la vie, principalement le travail et l'habitat. Je suis devenu ce qu'on appelle un « prêtre ouvrier ». J'ai commencé par le début : la recherche d'un emploi salarié. Et le chômage : c'est dur ! L'ANPE m'a proposé un poste d'ambulancier à Vitrolles qui, alors que j'avais accepté du bout des lèvres, m'a bien plu. Ensuite, j'ai eu l'occasion de devenir ambulancier au SAMU de Grenoble pendant huit ans : une fameuse expérience !

Tuan : Qu'as-tu appris dans cette expérience d'ambulancier ?

Paul : L'importance de la relation humaine qui s'appuie sur une bonne technique. Bien connaître son métier, c'est important. Mais l'essentiel se joue souvent dans la relation. Comme ambulancier de Samu j'ai apprécié un métier nécessitant des connaissances, de bonnes techniques et surtout beaucoup de relationnel aussi bien avec les patients qu'avec l'équipe soignante. Le travail en équipe avec les collègues ambulanciers et les médecins urgentistes est ce qu'il y a de mieux pour soigner dans le cadre d'une urgence avec son risque de panique.

A 40 ans, choisir d'être infirmier en prison

Tuan : A quarante ans, pourquoi entreprendre les études d'infirmier ?

Paul : Comme jésuite, je savais que je serai, tôt ou tard, appelé à quitter Grenoble. Avec un métier d'infirmier il me sera plus facile de retrouver une équipe de travail qui me convienne.

Tuan : Tu as donc été infirmier à l'hôpital, puis aux Baumettes : pourquoi ce choix du monde carcéral ?

Paul : Je suis allé en prison pour rejoindre des personnes en situation difficile. Je suis resté huit ans dans cet univers pénitentiaire car j'y ai trouvé un milieu où, paradoxalement, je pouvais avoir plus d'initiatives et d'influence pour redonner un peu de dignité et de bien-être là il y a beaucoup de souffrances physiques et morales.

Tuan : Comment tu t'y prenais ?

Paul : En fait j'ai fait… rentrer en prison le plus de gens possible ! Mais, rassure-toi, ils ressortaient le soir. Ainsi, avec l'accord du directeur de la maison d'arrêt, j'ai organisé la venue de médecins bénévoles de Médecins du Monde pour soigner les détenus. Cet appoint était tout à fait utile, à l'époque, dans la grande misère des soins médicaux en milieu carcéral. Mais je me suis aperçu d'un autre bienfait : le regard de ces personnes extérieures au système pénitencier faisait baisser la violence derrière les murs. Ainsi, par exemple, les auteurs d'abus de pouvoir ne pouvaient plus agir sans que cela soit su par quelqu'un d'extérieur : le médecin verra les traces de coup. Certes le détenu dira : « Je suis tombé de mon lit ». – Tout monde sait qu'on tombe de son lit sur l'œil ! Donc pour éviter les traces visibles, il faut diminuer les coups.

Tuan : C'est heureux d'entendre ça ! Et la qualité du cadre de vie des détenus ?

Paul : Là aussi, j'ai pu organiser des stages pour des élèves infirmières. Elles venaient faire travailler des petits groupes de détenus sur la manière de ne pas trop abîmer sa santé en prison. Elles apportaient des connaissances théoriques sur les divers sujets tels : l'alimentation, le sport, la dermato, etc. Les détenus expliquaient les conditions concrètes. Ainsi étaient produites des petites séquences filmées qui étaient ensuite diffusées dans toutes les cellules par le circuit intérieur de télévision. Cela valait bien un film porno ou de gangster ! Là aussi il y avait un bénéfice collatéral non négligeable : il suffit qu'une jeune fille mignonne dise avec une vilaine moue que cela sent bien mauvais dans cette pièce, pour que les surveillants la fassent récurer à fond, chose qu'on m'avait assuré être impossible !

Travailler auprès des toxicomanes et des alcooliques

Tuan : Ensuite tu as quitté l'infirmerie des Baumettes pour soigner les toxicomanes en ville, pourquoi ?

Paul : J'ai voulu travailler plus en amont, dans la prévention. Par ailleurs, je souhaitais retrouver une équipe de Médecins du Monde qui envisageait d'ouvrir un Centre de Méthadone. Avec la substitution (Subutex et Méthadone), nous avions deux objectifs :

•  Offrir l'accès aux soins à une population marginalisée. En particulier faire de la prévention du VIH et de l'hépatite C.

•  Permettre une réinsertion sociale. Libéré de la peur du manque, le patient peut commencer à consacrer son temps et son énergie dans la recherche du travail, du logement, des relations sociales, etc…

Tuan : Pourquoi, à St Etienne, es-tu passé à la prévention et au soin de l'alcoolisme ?

Paul : Parce que l'alcool est la drogue la plus dangereuse et la plus répandue ! C'est la toxicomanie qui tue le plus et fait le plus de dégâts dans les familles. En France, et pas seulement dans notre hexagone, l'alcoolisme est socialement assez bien admis. L'alcoolisme féminin est beaucoup moins accepté, mais il est de plus en plus répandu.

Etre religieux jésuite dans toutes ces missions

Tuan : J'ai remarqué qu'au cours de ta carrière de prêtre ouvrier, tu es passé de l'univers de l'urgence à celui de la prison, puis à celui de la prévention. Qu'en as-tu retenu ?

Paul : Soigner une personne et la prendre en charge ne se résument pas à donner la bonne molécule ni à faire le geste technique parfait ! Certes, c'est très important. Mais la molécule seule ne soigne pas. Il faut aussi une bonne qualité de relation humaine. Le soin n'est pas une activité individuelle. C'est un travail d'équipe. Chacun y a sa place, y compris le patient lui-même.

Les patients que j'ai contribué à soigner n'ont pratiquement jamais su que j'étais prêtre catholique. Nous avons vécu ensemble des moments forts où chacun y mettait le sens qu'il voulait.

Les personnels soignants, par contre, oui toujours, mais pas d'entrée de jeu : j'ai préféré être connu comme Paul, avant d'avoir une étiquette sur le dos. J'ai aimé, comme prêtre et donc représentant un peu l'Eglise Catholique, apprendre d'eux et avec eux un certain nombre de choses sur notre humanité, sur ce qui fait sa grandeur et ses misères. Nous étions ensemble affrontés à des problèmes qui nous dépassent tous : le prix de la vie, la souffrance, la mort, l'injustice, etc. Que de discussions, en dehors des heures de travail où nous nous retrouvions pour l'amitié mais aussi le partage sur des questions nées de nos suées communes, qui valent, me semble-t-il, un sermon ou un cours de théologie. En tout cas, j'y suis plus à l'aise, et probablement pas le seul !

Tuan : Et ta nouvelle mission au CCM ?

Paul : Ma venue au CCM est assez inattendue pour moi. De fait, ayant eu 60 ans en 2003, je suis à la retraite professionnelle. Mais, chez les jésuites, il n'y a pas de retraite. Dans ma communauté il y en a un qui rend encore des services à plus de 90 ans ! Pour moi, la « retraite » a commencée par six années à l'Ile Maurice. Tous mes collègues m'ont envié : une destination de rêve ! Sauf que je n'y allais pas bronzer sur les magnifiques plages, mais participer aux missions jésuites : j'ai donc principalement donné des formations au « counseling » et à l'écoute empathique.

De retour à Marseille, on me propose d'animer la communauté jésuite et le CCM. Je découvre progressivement cette petite usine nommée CCM qui tourne avec une équipe compétente et appréciée, me semble-t-il. Ma mission consiste à la soutenir pour un meilleur service des étudiants dans la vision propre au CCM. Nous voulons rendre un réel service d'aide aux jeunes qui affrontent des études exigeantes en leur permettant de vivre des valeurs humaines et spirituelles qui leur seront particulièrement utiles dans l'exercice de leur profession : l'écoute et l'attention aux autres, le sens de l'équipe, le dévouement avec un peu d'humour. Le chômage ne nous guette pas !

 

 

Voir aussi :

> Le CCM à Marseille

> Le blog de l'apostolat social ignatien

> Les jésuites à l'Ile Maurice

> Devenir jésuite

> La formation d'un jésuite