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CANTABILE ... Je suis allé étudier à l'université grégorienne à Rome dans le cadre de la 3ème année du cycle intégré de philosophie et de théologie. Si l'on compte le mois d'août durant lequel j'ai appris l'italien avec les nouveaux membres de la communauté, j'ai passé pratiquement un an au collège international du Gesù. J'y suis d'ailleurs arrivé l'année des quarante ans de sa fondation par le P. Arrupe.
Le “collegio internazionale” occupe une partie du 2ème et du ème étage du 45, Piazza del Gesù. Les pièces historiques (les “camerette”) de Saint Ignace sont au 1er. Elles accueillent chaque jour un nombre impressionnant de visiteurs, sous l'œil attentif d'un jésuite en formation, souvent assis dans un coin avec un bon livre de théologie, « comme un petit pauvre » ! Ma première impression ne s'est jamais démentie : ici, les souvenirs de St Ignace et du P. Arrupe sont bien présents ! Je pense par exemple à ce Père Spirituel qui, en nous racontant certains épisodes animés de la vie des premiers compagnons, pointait le doigt en direction des “camerette” à chaque fois qu'il prononçait le nom d'Ignace ! Je me souviens aussi d'un jésuite qui faisait partie d'une des premières promotions de jésuites du collège : il m'a rapporté que le P. Arrupe s'était souvent rendu disponible certains mercredis soirs, pour parler avec eux et se détendre ainsi lui-même. La communauté du collège international rassemblait en 2008cette année 50 membres : le P. Recteur et le P. Ministre, 2 Pères Spirituels, le Doyen de la faculté de théologie, 2 Frères, et 43 jésuites en formation parmi lesquels 4 jeunes prêtres en spécialisation, le reste d'entre nous étudiant, généralement la théologie, à la “gregoriana”. En tout, 20 provinces différentes. Entre nous, la joie est tangible, les échanges sont riches. De plus, la communauté est largement ouverte aux hôtes, compagnons d'études notamment.
La prière et la convivialité forment un tout : chacun anime à tour de rôle un quart d'heure de prière avant le repas de midi, et la messe communautaire du vendredi donne le la d'une soirée qui se poursuit naturellement par le repas et par ce que j'aimais appeler… “l'heure sociale”, bien que ce moment se prolonge jusqu'à tard dans la nuit ! Il est régulièrement précédé d'une communication du P. Recteur ou du P. Ministre, voire de la présentation d'une de nos provinces. En outre, certains vendredis sont réservés aux “gruppi misti”, que nous appellerions chez nous “groupes de partage”. Avec mon groupe, donc, j'ai découvert quelques cinémas et restaurants romains. Mais je suis aussi allé en excursion à Castelgandolfo et à Subiaco. Nous avons même été reçus durant un week-end par les jésuites de Venise.
Je reviens un instant au 45, Piazza del Gesù. La maison, dont le centre était un jardin composé d'essences rapportées par des compagnons missionnaires de tous les continents, maintenant transformé en terrain de sport, a une autre entrée au 16 via degli Astalli. C'est à la fois l'entrée de la Maison provinciale et d'une autre communauté, dont de nombreux membres travaillent au service de l'église du Gesù, tout particulièrement au ministère de la confession… On confesse même aux heures des messes, ce qui vaut parfois des problèmes aux chefs de chœur et aux organistes ! On trouve aussi, au 2ème étage, une infirmerie dont s'occupe une communauté de sœurs. Via degli Astalli se trouve encore une librairie et surtout l'un des centres d'accueil du Jesuit Refugee Service, l'une des œuvres auxquelles tenait tout particulièrement le P. Arrupe. Pour le repas de midi, les réfugiés arrivent chaque jour de tout Rome, et font des queues presque interminables : je crois que je ne peux plus penser à la parabole des invités au festin du Royaume sans revoir ces populations s'acheminer en ce lieu. Parmi les réalités sociales les plus préoccupantes de l'Italie, celle des réfugiés et des jeunes sans travail me sont apparues cruciales.
Quelques étudiants jésuites effectuent leur apostolat dans le centre d'accueil des réfugiés. Quant à moi, les supérieurs m'avaient proposé, parmi d'autres choses possibles, une activité en lien avec l'église Saint-Louis-des-Français. Je suis profondément heureux de ce que j'ai vécu avec le groupe de confirmands que j'ai suivi de plus près. La collaboration avec les séminaristes du séminaire français de Rome, avec de jeunes prêtres de la communauté de Saint-Louis-des-Français ou d'ailleurs, avec des mères de familles, a été l'occasion de mettre en œuvre des projets communs à partir de manières de faire sensiblement différentes. Aidés par l'Esprit Saint, j'en suis sûr, ces différences ont été un réel enrichissement pour tous. J'ai particulièrement apprécié la confiance et la sincérité des questions des adolescents touchant à leur place dans l'Eglise ou à la morale sexuelle. J'ai constaté leur soif de connaître les réalités d'une foi qui les transforme mais dont pratiquement personne ne leur a parlé : toutes ces questions, tellement concrètes, qui appelaient des réponses simples et précises, furent un complément nécessaire de mes études en cycle intégré. Ce que je retiens, avant tout, de cette année à Rome, ce sont les rencontres que j'y ai faites : compagnons jésuites avec qui j'ai découvert la réalité internationale de la Compagnie ; compagnons de la Province résidant à Rome, et qui sont tous connus pour la qualité du travail qu'ils y accomplissent depuis plusieurs années ; proches et amis de passage. Bien sûr, j'ai apprécié les échanges avec les délégués de la Congrégation croisés ici ou là. Je me souviens de discussions, principalement en anglais, avec les six délégués qui logeaient dans notre communauté, et, parmi d'autres, de la soirée où nous avions invité le Provincial de Chine et deux compagnons de cette province. Arrivant à Rome, j'y ai remarqué la présence d'un nombre important de “pierres ignatiennes” qui disent l'histoire de la Compagnie , depuis ses origines, dans la Ville Eternelle. Mais j'ai été marqué tout autant par le dynamisme intérieur de cette Compagnie, fidèle à la nécessité, qui l'anime depuis toujours, de réunir ses délégués pour écouter, pendant deux mois, les questions des hommes de ce monde et les appels de l'Esprit. Pour moi qui ai accompagné à l'orgue les moments festifs de la Congrégation , le meilleur souvenir reste la profondeur du recueillement de la messe du 19 janvier, juste avant l'élection du Père Nicolás.
J'ai été saisi par les contrastes de la ville de Rome, pas seulement parce que les ruines des temples antiques jouxtent les églises baroques, mais aussi parce que toutes sortes d'expressions religieuses côtoient au même lieu les signes d'une société “sécularisée”. Les quotidiens relatent régulièrement la présence de délégations de chrétiens d'autres églises qui se laissent interroger par l'unité de la foi catholique, ou les avancées des différents dialogues, exigeants et patients, que les conseils pontificaux, les ambassades et d'autres instances – comme la très dynamique communauté de Sant'Egidio – entretiennent à des niveaux divers, caractérisés par la recherche authentique de la vérité et la mise en pratique d'actions concrètes. En outre, j'ai été frappé par les foules de pèlerins et de touristes qui viennent écouter chaque mercredi le cycle de catéchèses de Benoît XVI sur les Pères de l'Eglise : le Pape répond là à une quête actuelle de connaissance intellectuelle, historique, spirituelle, qui s'articule avec le désir et le don de la foi. Rome, c'est aussi, entre beaucoup d'autres merveilles, le quartier de Sainte-Marie-Majeure, la Via Appia , les catacombes de Saint-Calixte, la Basilique Saint-Clément, les “pins de Rome” à la Villa Borghèse ! Malgré le cadre enchanteur, l'année ne fut pas de tout repos. Pourtant, je ne regrette pas les efforts que j'ai eu à fournir. « Chi va piano va sano», dit le proverbe ; aussi, même dans un « ritmo sostenuto », j'ai recherché l'expression générale d'un « cantabile » ! En terminant ces lignes, ma pensée et ma reconnaissance vont à ceux qui m'ont envoyé et accueilli à Rome, à ceux qui furent mes professeurs, à tous ceux que j'ai eu le bonheur de croiser. Noël COUCHOURON
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Jésuites : serviteurs
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