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| Etudiant
et jésuite :
le temps du premier cycle |
| Lorsqu'il quitte le noviciat … |
| Lorsqu'il quitte le noviciat, le jeune jésuite
est envoyé à Paris. Peu après son arrivée,
il prononcera les voeux d'obéissance, de pauvreté et de chasteté,
et promettra d'entrer dans la Compagnie de Jésus : le novice, devenu
" scolastique ", autrement dit " étudiant ", entre
dans la période de formation du premier cycle. Ces 4 ans vont être
avant tout un temps d'intégration progressive
à la Compagnie, certes fortement orienté par les études qu'il
fait, mais qui ne se réduit pas à celles-ci. Le scolastique entre
dans une " expérience " dont les dimensions sont tout
à la fois intellectuelle, apostolique, et religieuse. |
| Une expérience intellectuelle |
| Si l'on regarde son emploi du temps, le scolastique
est en premier lieu un étudiant, à temps plein aux Facultés
Jésuites de Paris, le Centre Sèvres. Les études de
philosophie et de théologie dans le premier cycle ne sont pas
spécialisées, mais posent des bases. Le parcours, commun pour
tous les scolastiques, permet d'entrer dans
l'ensemble de la tradition théologique et dans les grandes questions
de la philosophie. A la différence de la formation habituelle
des séminaires, qui fait succéder à la philosophie la théologie,
le choix des jésuites français a été, au début des années 70,
de construire un parcours " intégré ", où on aborde ensemble philosophie
et théologie, l'articulation se faisant par le choix des thèmes
d'année : en première année, Expérience
et Langage, en seconde année, La
question de Dieu, en troisième année, L'homme
en questions, en quatrième année, L'existence
croyante.
| S'il suit des cours
et participe à des séminaires, le scolastique consacre une
bonne moitié de son temps au travail
personnel. Cela passe par la lecture, où il se confronte
à de grandes oeuvres de la tradition philosophique ou théologique
; par le travail d'écriture aussi : en quatrième année, un
mémoire achève cet effort. |
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Le premier
cycle constitue vraiment pour le scolastique-étudiant une
expérience : il est invité à se confronter à
de grandes questions de l'existence humaine (comme l'énigme
du mal) et de la foi chrétienne. Expérience signifie approfondissement
des convictions personnelles immédiates, éventuellement
leur remise en cause, construction de repères forts parce
que vérifiés, élaboration d'un jugement solide allié à une
liberté intérieure. |
C'est l'occasion pour le scolastique de mieux
percevoir son intérêt propre, les
quelques questions qui l'habitent, lui personnellement, et qui
vont " colorer " sans doute son orientation apostolique, à tout
le moins l'aider à y réfléchir. Un exemple : tel scolastique,
engagé avec ATD Quart-Monde ou auprès de SDF, choisira de réfléchir
pour son mémoire sur la notion de " personne ", tant philosophiquement
que théologiquement.
Si le scolastique caractérise à sa manière et
selon son goût le parcours commun, il ne joue pas cavalier seul : il
bénéficie de l'aide d'un enseignant appelé " tuteur ". Au début,
le tuteur fournit une aide concrète pour entrer dans le style
pédagogique propre à cette formation intellectuelle, mais, peu
à peu, les entretiens avec l'enseignant-tuteur deviennent un lieu
de discernement, proprement intellectuel. Le scolastique élargit
ainsi sa pratique du discernement
à l'ensemble de son existence. Ce qui vaudra aussi
pour son engagement apostolique. |
| Une expérience apostolique |
| Les jésuites représentent un peu moins de
40% des étudiants du Premier Cycle au Centre Sèvres... Dans le
même parcours, ils côtoient des jeunes religieux et religieuses,
des laïcs, hommes et femmes, de leur âge ou un peu plus âgés.
C'est dire que le premier lieu où ils vivent, comme religieux,
en relation avec d'autres, c'est le Centre Sèvres dont l'agora
se prête on ne peut mieux aux échanges informels. Mais
il y a des occasions plus structurées de se confronter à plusieurs
sur une question difficile : les groupes de travail entre étudiants,
les séminaires, des initiatives informelles à plusieurs, autant
de moments où l'on s'exerce à débattre et à argumenter, ce qui
est essentiel à la formation du jugement. Par là aussi passe l'apprentissage
à la parole publique, brève ou plus construite.
Faire des études s'inscrit ainsi d'entrée de
jeu dans un ensemble de relations
qui permettent d'approfondir l'intelligence et le partage de la
foi. C'est une dimension d'Eglise qui est ainsi vécue, même si
l'activité n'est pas explicitement pastorale. Le scolastique peut
aussi s'engager dans une aumônerie de lycée ou d'étudiants, faire
partie d'une équipe de CVX ou d'un autre mouvement, accompagner
des retraites de jeunes, collaborer à une oeuvre jésuite. Tel
autre travaille avec une association (les Scouts de France, par
exemple), donne un coup de main dans un centre d'accueil (SDF,
sida). Le choix de l'activité apostolique suppose un goût pour
tel engagement, et peut changer au cours des quatre années du
premier cycle.
Un regard en arrière sur les six premières années
passées dans la Compagnie, sur les engagements qu'il a pris, sur
les questions qu'il a choisi de travailler, ainsi que la confrontation
de ses qualités propres avec les appels adressés à la Compagnie,
préparent le discernement d'une orientation
pour l'étape qui suivra le premier cycle : un travail apostolique
à plein temps, durant les deux années de la " régence ". |
| Une expérience de
vie religieuse |
| La
communauté de la rue Blomet compte
une quarantaine de membres, dix jésuites formés, trente scolastiques,
dont plus de la moitié d'étrangers. La
vie quotidienne y est rythmée par l'eucharistie, célébrée
au milieu de la journée, et une prière du soir, au retour des
cours. Le français est la langue du quotidien et des études (lire...
et écrire !). C'est un effort ! La même expérience est si possible
offerte aux scolastiques français, lorsqu'ils vont passer un semestre
dans un autre centre de formation en Europe.
C'est à travers les échanges courants, les réactions
quotidiennes, les discussions à table ou après un film, un dimanche
après-midi passé ensemble, que l'on prend peu à peu conscience
de la variété des cultures jésuites, des différentes façons de
se représenter l'essentiel : la pratique des voeux, le désir de
servir le Christ et l'Eglise, et ce que cela engage dans des contextes
culturels différents. Les réunions de communauté (le lundi matin)
et les groupes de partage (une réunion par mois, trois week-end
par an, des repas pris ensemble) sont les lieux où se partagent,
avec discrétion et simplicité, les convictions qui construisent
les repères de la vie jésuite. Il
s'agît aussi, à travers cette vie communautaire, de vérifier notre
capacité à nous faire proches les uns des autres, pour devenir
des compagnons, des " amis dans le Seigneur ".
Il n'y a rien de si joyeux que les " gaudiosa
" de fin d'année (comment traduire ? soirée de variétés ? revue
de cabaret ?) - tant avec l'ensemble des étudiant(e)s du Centre
Sèvres, à la fin de l'année, qu'en communauté à la rue Blomet
- pour entendre résonner sur le mode délicat de la plaisanterie
ce qui fait les années du premier cycle : un
étrange mélange d'efforts intellectuels, de découvertes
apostoliques, de liens tissés profondément au-delà des cultures.
C'est la joie qui domine : celle d'une année qui a fait faire
un pas dans la vocation jésuite. |
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