Jan van RUUSBROEC
Ecrits IV
Prés. et trad. A. Louf. Abbaye de Bellefontaine,
coll. « Spiritualité occidentale », 1999, 391 p., 140 F.

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Les sept degrés de l'échelle d'amour spirituel
Prés. et trad. C.-H. Rocquet. Desclée de Brouwer, coll. « Les carnets », 2000, 106 p., 62 F.

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Lectures spirituelles

Ouvrage-fleuve, Les douze béguines, qui couvre la majeure partie du quatrième volume des Ecrits, est considéré comme le testament de Ruusbroec (1293-1381). On retrouve ici, déployée à l'extrême, sa manière proprement étourdissante de classer, déclasser, pour mieux reclasser étapes, modes et degrés, montrant par là combien il est complexe d'emprunter, pour qui se consacre à Dieu au quotidien, la voie de la vraie simplicité. A peine a-t-il énuméré les douze comportements typiques de l'épouse devant l'Epoux, qu'il s'empresse de les intégrer aux quatre modes de la vie contemplative.
Le premier mode, à l'abord des noces mystiques, relève de la seule expérience : tout sentiment, toute sensation doivent être considérés, avec humilité et reconnaissance, comme venant de Dieu. En la simple présence de la lumière, l'épouse, au deuxième mode, peut alors percevoir Dieu dans la nudité de sa substance. Changement radical au troisième mode, puisque c'est Dieu qui réclame à l'épouse de l'examiner jusqu'à ce qu'elle défaille. Dans cette épreuve de force, l'épouse doit se dégager de toute image, de tout repère spatio-temporel, pour saisir ce « mouvement immobile » où Dieu se donne. Qu'elle y parvienne, et elle n'aura plus d'autre occupation que d'aimer Dieu. Au quatrième mode, tout sensible est déjà transfiguré.
A ce stade ultime, Ruusbroec insiste lourdement sur la simplicité imposée par Dieu pour le connaître et sur la cruauté de son amour consumant. Expérience paradoxale qui oblige notre auteur à longuement dénoncer les illusions des « faux contemplatifs ». Illusion que de vouloir demeurer pauvres en Dieu, alors que la participation à la vie théologale suppose que l'épouse ne lâche jamais complètement prise ; illusion encore que de croire en une essence éternelle indépendante de la Trinité, au risque d'instrumentaliser chacune des trois Personnes... Ce disant, Ruusbroec se désolidarise des excès, à ses yeux, d'une Marguerite Porète ou d'un Maître Eckhart. Mais, à travers ses violentes critiques visant la corruption des hommes d'Eglise, on devine qu'il y avait également lieu, à l'époque, de désespérer de toute action apostolique.
Claude-Henri Rocquet, auteur d'une biographie sur l'ermite de Groenendael (cf. Christus, n° 182, p. 217), hérite de toute une tradition d'écrivains galvanisés par l'écriture ruusbrochienne. Sa manière de traduire, fort élégante, contraste avec celle de dom Louf, plus rugueuse. Il est vrai que Les sept degrés de l'échelle d'amour spirituel se prête à merveille à l'adaptation littéraire, puisque ce traité est aussi un long poème à la gloire de l'Esprit Saint, véritable orchestrateur de chants multiples que le monde n'en finit pas d'entonner.

Yves Roullière