Etienne BALIBAR
Nous, citoyens d'Europe ? Les frontières, l'Etat, le peuple
La Découverte, 2001, 324 p., 135 F.

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Revue des Livres

C'est dans le cadre de l'Etat nation que s'est développée en Europe (et plus largement en occident), du XIXe au XXe siècle, la citoyenneté démocratique. Fondée sur la liberté et l'égalité des individus, elle se voulait universelle. Elle impliquait en principe la préséance du droit et la primauté du politique sur les communautés particulières et sur l'économie. Dans la pratique, les choses ont toujours été plus nuancées. Plus fondamentalement, E. Balibar donne à voir que la formation des Etats nations n'est pas allé sans phénomènes d'exclusion à l'intérieur et de domination à l'extérieur (la colonisation). Aujourd'hui, il diagnostique le déclin de l'institution stato-nationale qui a porté la citoyenneté et qu'elle a contribué à légitimer. L'Etat nation était souverain à l'extérieur, car il disposait d'une autonomie qui avait pour garantie l'équilibre relatif des puissances militaires et diplomatiques. De nos jours, cet équilibre est en ruine par suite des événements qui ont marqué l'histoire du XXe siècle : crise et fin de l'impérialisme, constitution et effondrement de la division en blocs, mondialisation qui efface les différences entre opérations de « police » et opérations de « guerre ». L'Etat nation était aussi souverain à l'intérieur. Il ne peut plus ignorer le renouveau des liens de communauté et l'impact de la globalisation sur les économies nationales. La souveraineté du peuple coïncidait avec celle de l'Etat. Ce n'est plus le cas maintenant. L'Europe, qui, dans le passé, avait mis le monde en révolution, est devenue le lieu par excellence où se cristallisent les problèmes du monde entier. Il n'existe pas encore de citoyenneté européenne, mais elle est à construire à partir même des obstacles qui s'y opposent. Il faut inventer une citoyenneté sociale axée non plus sur la défense des situations acquises mais sur la lutte contre l'exclusion ; une citoyenneté politique capable de surmonter les divisions persistantes entre l'Ouest et l'Est ; une démocratisation qui donne leur place et leurs droits aux résidents d'origine étrangère comme citoyens de l'Europe. « Si l'Europe (c'est-à-dire les Européens réels, les résidents de l'Europe) parvient ainsi à déplacer à nouveau le moteur de l'action politique, elle ne sera pas sans doute ce tout autosuffisant que promettent les Traités et les Sommets, mais – en tant que nom d'un peuple à venir – elle pourra devenir quelque chose. »

Jean Weydert

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