Jean-Marc FERRY et Justine LACROIX | ![]() |
![]() | On assiste depuis plusieurs années à une renaissance de la philosophie politique qui conduit à dépasser l'opposition entre un individualisme radical, souvent jugé comme seul moderne, et une approche communautaire, considérée comme archaïque. N'est-on pas amené, à la suite d'Isaiah Berlin, à distinguer deux formes de liberté moderne ? La liberté négative met en avant les droits de l'individu dans un système de libertés individuelles égales pour tous. La liberté positive résulte de l'ensemble des actions réciproques et des pratiques coopératives possibles à l'intérieur d'une communauté d'individus. L'accent est mis, d'un côté, sur la justice et les droits de l'homme, de l'autre, sur la recherche de la vie bonne. J.-M. Ferry et J. Lacroix portent d'abord leur attention sur le débat nord-américain entre John Rawls, représentant de l'approche individualiste et les « communautariens », Michaël Sandel, Michaël Walzer et Charles Taylor. Les critiques de ces derniers pointent vers un malaise de la modernité dû essentiellement au désenchantement du monde, à la prévalence de la raison instrumentale et à la montée d'un individualisme possessif. La deuxième partie du livre enchaîne sur la crise de la modernité telle que l'ont analysée Sigmund Freud, Max Weber, Karl Marx et Jürgen Habermas. Suit une considération intermédiaire sur l'arrière plan théologique de l'imaginaire politique moderne, qui suggère une articulation possible entre la souveraineté populaire et la représentation. La troisième partie du livre est consacrée aux fondements philosophiques de la pensée politique contemporaine, illustrés par l'analyse d'auteurs tels que Kant, Hegel, Tocqueville et Stuart Mill. En conclusion sont évoqués trois modèles de démocratie : le modèle contractualiste, le modèle individualiste libéral, le modèle criticiste. C'est à ce dernier, particulièrement représenté par les écoles de Vienne et de Francfort, que vont les préférences des auteurs, parce que, à la différence du premier, trop subjectif (volonté générale), et du second, trop objectif (ordre naturel du marché), il a son fondement dans la force universalisante des arguments publiquement échangés. Sans nécessairement partager cette préférence, on appréciera la remarquable mise en lumière des grands courants de la pensée politique contemporaine et de leur interaction.Michel Taillefer |