Pierre ROSANVALLON | ![]() |
![]() | Cette réflexion sur l'histoire de la souveraineté du peuple en France vient éclairer les questions qui se posent aujourd'hui à propos de la démocratie. L'auteur nous fait voir comment dès l'origine, c'est-à-dire dès les travaux de la première Assemblée constituante en 1789, la notion de souveraineté recèle plusieurs équivoques non dissipées. Comment la concilier avec un régime représentatif ? S'agit-il d'un pouvoir populaire directement et continûment exercé ou d'une souveraineté-principe, relativement passive ? Répond-elle principalement à un désir d'autonomie des individus (conception libérale) ou à un projet de participation au pouvoir politique (conception jacobine) ? Se manifeste-t-elle seulement aux moments fondateurs ou de crise ou aussi dans les circonstances ordinaires ? Il n'est pas étonnant que la démocratie en France ait mis longtemps à se stabiliser, oscillant entre ses bords extrêmes : l'insurrection, le libéralisme et l'ordre capacitaire, le gouvernement direct, le césarisme. P. Rosanvallon montre comment ces différentes figures du politique sont apparues au cours du XIXe siècle. Une stabilisation a lieu avec la IIIe République, régime représentatif qui met l'accent sur la souveraineté du tout (de la nation) et non sur celle de la multitude désordonnée. Mais très vite d'autres éléments, en particulier le social, entrent en ligne de compte. Entre les deux guerres, la démocratie se présente surtout comme la négation des totalitarismes qui se développent sur ses bords. L'auteur estime qu'aujourd'hui, des voies nouvelles de la souveraineté du peuple peuvent s'ouvrir, au-delà des illusions de la mondialisation, du souverainisme et de la communication immédiate, si l'on s'attache à démultiplier et à universaliser le processus de l'émancipation des hommes.Jean Weydert |