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 | Nous, citoyens d'Europe ? comporte dans le titre de ce recueil d'articles et conférences un point d'interrogation. Ce n'est pas celui du doute, c'est celui de l'évolution multiple des choses : on ne passe pas, en notre temps, de la nation (ou de l'Etat) à « l'Europe » comme à une autre nation, un autre Etat, plus grands seulement. On ne passe d'ailleurs pas seulement à l'Europe, en ce temps d'ouverture plus large encore des frontières. L'un des termes dont le changement de sens est probablement le plus fort est celui de « communauté ». Ou bien, on peut se demander comment il y a encore communauté quand celle-ci n'est plus tellement ethnique, religieuse, culturelle. Il y a encore ce que bâtissent les écoles... Internet ? Voilà, assurément, qui interroge bien davantage que le simple passage d'Etat-nation à Etat-continent. Sur l'Etat-Europe, d'autre part, Balibar nous interroge aussi fortement. C'est là qu'aujourd'hui l'on trace, renforce et sécurise les frontières. Mais n'est-ce pas une recolonisation du monde, le rétablissement de la différence coloniale entre les avancés-civilisés et un indigénat ? Ces nouvelles frontières sont grosses de violence. Les voulons-nous vraiment ? Ne faut-il pas reconsidérer ces barbelés si nous ne voulons pas la re-division de style colonial ? On voit combien le sujet est « riche », diront certains ; il est plutôt grave, malgré toute l'incertitude, et dépasse de beaucoup nos petites rages d'identité ou d'« exception ».Jean-Yves Calvez |