George STEINER
Préface à la Bible hébraïque
Traduit de l'anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat.
Albin Michel, coll. Bibliothèque Idées, 2001, 134 pages, 89 F.

Retour à la page d'accueil

Pour commander
CLIQUER ICI


Septembre 2001 :
Revue des Livres
Sommaire du numéro

Accueil

A l'heure où la sensibilité aux rapports entre Bible et littérature se manifeste à travers de nombreux ouvrages, généralement traduits de l'anglais ou de l'américain (N. Frye, R. Alter...), en attendant la nouvelle traduction de la Bible en français avec la collaboration paritaire d'exégètes et d'écrivains, il faut particulièrement apprécier cette « Préface » : elle pose une question cruciale, celle qui est au coeur de notre réception et de notre intelligence de la Bible, la question du rapport entre l'hébreu, langue qui « appartient à la branche cananéenne de la famille des langues sémitiques du Nord-Ouest », et une langue européenne, en l'occurrence « cette magnifique langue de l'époque de Jacques Ier » (p. 55) qui fit la King James Version, qui fut à la langue anglaise ce que la traduction de Luther fut à la langue allemande. Or, précise Steiner, il ne s'agit pas seulement du décalque d'une langue sur l'autre, avec une plus ou moins grande rigueur ou fidélité (ce sur quoi reposent pas mal d'illusions quant à une traduction « scientifique » ou définitive de la Bible) ; il s'agit surtout de ce que la langue de traduction peut nous transmettre du texte original. Même si la question rebondit pour Steiner avec celle-ci : « La Bible appartient-elle à la littérature ? », et même si, à cette inévitable « question épineuse », il retient deux réponses antithétiques qu'il ne fait pas siennes pour autant, il y a pour lui, dans la Bible, une oeuvre de provocation qui, depuis vingt siècles, n'a cessé d'éclairer et de nourrir cette culture multiforme qu'est la culture européenne. Et même s'il achève son essai sur le constat de « la Bible hébraïque » qui, de tous les livres, « est celle qui pose le plus de questions à l'homme », Steiner nous donne là un des plus percutants essais sur la Bible comme « livre », et comme livre « reçu » dans une très riche culture. Gageons que sa « préface » nous confirmera dans l'espérance que l'aventure n'est pas prête de s'achever.

Pierre Gibert


© Etudes Septembre 2001