Xavier TILLIETTE
Les Philosophes lisent la Bible
Cerf, 2001, 198 pages, 140 F.

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Les philosphes...
La Bible dans la philosophie occidentale, serait-ce la répétition du couple mythologie-discours en monde grec, une sorte de source confuse et aisément égarante qui s'évanouit dans le cristal d'un divin sans image ? Non, le texte biblique est infiniment plus récalcitrant. Les philosophes lisent la Bible, le phénomène est évidemment frappant en monde protestant. Il y a ceux qui la tiennent prudemment à distance ou lui trouvent une fonction générale (Descartes, Spinoza), ceux qui la prennent au mot (Kant, Kierkegaard) ou pour l'ébauche souveraine du Livre absolu (Schlegel, Novalis...), ceux qui la parodient avec brio et fureur, ceux qui découvrent en elle une lettre toujours énigmatique (les philosophes juifs surtout - Kafka, Freud, Levinas, Bloch...), ceux, enfin, que l'auteur range sous la bannière de l'exégèse lyrique au XIXe, illuminés mais passionnants (Saint-Martin, Lamennais, Ballanche, Lequier, Leroux). Les philosophes lisent donc, en empruntant, en contournant, en détournant, mais la Bible brûle au loin, très loin parfois, buisson ardent. Dans ce livre qui fait suite au Christ des philosophes, le P. Tilliette procède par exploration des thèmes repris souvent et explicitement en philosophie : la création, Caïn, Abraham, Job, la sagesse ; et, pour le Nouveau Testament, la nativité et la tentation du Christ. Cette vision panoramique est dense, inspirée, bruissante d'échos et d'allusions, avec peut-être aussi la blessure d'une sorte de fidélité déchirée, celle à deux sources de sens et de paroles, inséparables mais irréductibles, surtout incomparables. Faut-il le dire, le P. Tilliette lit, lui aussi : de splendides citations s'allument comme mille feux sur la lande grise du récit de la pure pensée.

Guy Petitdemange

Septembre 2001 : Revue des Livres - Sommaire du numéro

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