Pour commander
 | Après d'autres, O. Todd a entrepris de cerner le « petit tas de secrets » qu'a pu dissimuler un destin flamboyant pour les uns, dérisoire pour d'autres. Tant qu'à prendre à bras le corps le problème du rapport de l'oeuvre et de la vie - rapport essentiel dans le cas de Malraux, qui a voulu façonner sa vie aussi comme une oeuvre d'art -, il fallait le faire sérieusement. Le contrat semble honoré. La fascination comme la distance sont avouées. Le recul du temps et un long travail de patience ont permis bien des choses. Sur la jeunesse, l'aventure indochinoise, la guerre d'Espagne, la Résistance, les relations avec les proches comme avec les grands de ce monde, l'enquête dissipe des zones d'ombre. Elle respecte aussi l'essentiel : le foyer obscur où s'alimente, en fin de compte, la flamme d'une vie. La psychanalyse même n'en peut mais. Emerge une figure plausible, bourrée de contradictions autant que de tics. O. Todd la restitue par petites touches souvent ironiques, parfois répétitives, jamais fielleuses. Ceux qui n'aiment pas Malraux, ceux qui ne veulent voir en lui qu'un mythomane surdoué, croiront trouver là leur compte. Les autres ne seront pas déçus. L'ouvrage leur rendra un Malraux plus touchant, moins intimidant, plus fraternel. L'ouverture des Antimémoires avait prévenu : « Il n'y a pas de grandes personnes. » Certes, Malraux a trompé et s'est trompé, comme tant d'autres. Ses théories sur l'art peuvent être, à l'occasion, loufoques. Mais il fut un incomparable montreur d'images. Romans, essais, cinéma, musées : il a peuplé l'imaginaire français du XXe siècle. Son oeuvre et sa vie rendent palpable le tragique de notre temps.Dominique Salin |