Jean-Paul KAUFFMANN | ![]() |
Septembre 2001 : | La publication de cet ouvrage a été saluée par la critique et on ne peut que lui donner raison. Voici, en effet, un très beau livre, singulier, profond. La simplicité classique de l'écriture se met au service d'une enquête rigoureuse et passionnante, à laquelle l'intérêt du lecteur s'accroche dès les premières pages. Le décor : l'église Saint-Sulpice et, plus particulièrement, la chapelle des Saints-Anges ; les personnages principaux : Eugène Delacroix et Jean-Paul Kauffmann lui-même ; le sujet : les fresques exécutées par le peintre dans cette chapelle, et notamment La Lutte de Jacob avec l'Ange. En musardant parmi les lieux fréquentés par l'artiste, à travers ses écrits et ceux de ses commentateurs (Baudelaire, bien entendu, mais aussi René Huyghe ou Maurice Barrès...), J.-P. Kauffmann suit la longue et difficile genèse de l'oeuvre, les moments d'exaltation et les abîmes de découragement, l'attrait vertigineux pour un thème biblique mystérieux qui renvoie chacun, tôt ou tard, à sa propre lutte avec lui-même, avec le mal, avec Dieu. Pour Delacroix, l'exécution de la commande de Saint-Sulpice fut un dur chemin, où les embûches techniques et les interrogations esthétiques s'entremêlèrent. Pour J.-P. Kauffmann, le parcours dans les origines, la vie et l'oeuvre d'un peintre admiré et aimé présente les signes discrets d'une vaste culture personnelle et peu soucieuse des modes, en même temps que d'une attention délicate à la magnifique fragilité de la création artistique. Au delà, ses déambulations répétées et toujours surprenantes dans l'église, véritable ville secrète au coeur de la capitale, avec ses rumeurs, ses odeurs, ses « habitants » réguliers et ses visiteurs occasionnels, manifestent une liberté littéraire tranquille et sensuelle qui éclaire chaque ligne. Grâce à l'évocation de l'ambiance religieuse assoupie qui baigna ses années d'enfance, au récit des visites amoureuses qu'il rend aujourd'hui aux obscurs musées provinciaux et à leurs trésors méconnus, ou encore à l'analyse lucide de l'image envahissante d'ancien otage que notre société « étiqueteuse » lui assigne, l'auteur livre, sans ostentation ni fausse pudeur, quelques clefs de sa quête personnelle de la beauté et de l'harmonie, altérée par le souvenir du « royaume des ombres ». Elle suscite notre affection tout autant que notre admiration.Emmanuelle Giuliani |
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© Etudes Septembre 2001