Albert ROUET
La Chance d'un christianisme fragile
Entretiens avec Yves de Gentil-Baichis. Bayard, 2001, 192 pages, 120 F.

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Nous sommes actuellement sous le régime de la liberté, mais dans une prison dorée. Car, pour Albert Rouet, le libéralisme ne stimule pas l'homme au delà de lui-même, mais l'enferme dans le refus d'un horizon utopique. Nous vivons, dit-il, dans un monde plein qui ne supporte pas le vide. Saint Paul était, lui aussi, arrivé dans un monde assez semblable : « Plein de règles du côté des Juifs, plein de dieux du côté des Grecs. » L'Eglise doit donc refuser les règles qui ligotent et les faux dieux qui nourrissent l'illusion. Elle doit être moins une Eglise instituée et davantage une Eglise instituante, en ne cachant pas qu'elle est fragile, qu'elle ne sait pas tout et qu'elle avance avec des questions peu banales. Son rôle, insiste l'auteur, n'est pas d'être « l'Aumônier du libéralisme mondial », bénissant la liberté d'entreprendre, s'agitant dans des actes de générosité pour compenser les désordres qui s'engendrent à partir de prétendues lois. Car le problème n'est pas de compenser, mais de créer. Comment refuser la course aux abîmes, en apprenant aux gens à peser leur vie de la « densité de l'Evangile, pour en goûter eux-mêmes la bonté » ? Foi et justice sont à conjuguer ensemble, dans une certaine solitude, puisque tout le monde veut être avec l'Evêque, « à condition qu'il ne soit pas avec les autres ». Mais le message pour tous est de savoir à la fois refuser l'inacceptable et de construire ce qui est acceptable. On se rappellera que, dans l'histoire de l'Eglise, « les plus graves déviances ne se sont pas produites à la suite d'écarts, mais par durcissement de la fidélité ». Constance et fidélité ne sont donc pas à confondre. La vie n'est-elle pas une sorte de « naissance inachevée », puisque nous naissons pour naître à nous-mêmes ? La sécularisation actuelle nous renvoie à nos propres responsabilités, pour faire de la terre une terre que Dieu nous confie. Le Royaume n'est pas « la définition de l'au-delà, mais de l'ici autrement ». Albert Rouet sait nourrir son monde de paroles fortes, pétries d'expérience. Avec elles, il invite à une dégustation, autre nom de la méditation croyante.

Henri Madelin

Juil.-Août 2001 : Revue des Livres - Choix de Disque - Sommaire du numéro

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