Paul LADRIÈRE
Pour une sociologie de l'éthique
PUF, coll. Sociologie aujourd'hui, 2001, 452 pages, 199 F.

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Juil.-Août 2001 :
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La question éthique est un souci aussi constant que divers dans notre présent, qu'il s'agisse de problèmes d'environnement, de bioéthique, de business ethics, et tant d'autres occurrences, y compris la volonté d'apurer le politique de pratiques peu adéquates. Mais, à la mesure de la complexité du monde, un tel souci ne se traduit que difficilement en décisions d'action assurées. Parmi beaucoup d'exemples récents, celui de la taxe de pollution est significatif : elle est souhaitée en principe par tous, mais en pratique son coût paraît exorbitant aux plus grandes entreprises, de sorte que les Etats-Unis refusent de signer l'accord. De fait, il est souvent très difficile de problématiser efficacement une situation donnée. C'est pourquoi la parole éthique énonce plus souvent la crainte que l'espérance. Reste, pour nourrir celle-ci, une hypothèse d'horizon indéterminé : le développement économique régulé par ses lois propres fera « naturellement » place, un jour, à un monde plus juste. Mais, pour l'essentiel, ce qui a trait à l'agir se distingue de l'éthique. La raison décidée, celle que les « Lumières » voulaient rendre accessible, est devenue inutile. C'est contre cette assertion, et contre les fatalités en tous genres qu'elle induit, que Paul Ladrière a depuis longtemps engagé un combat exigeant, sans concession, obstiné. Ce livre en réunit des étapes déterminantes, celles qui mettent en évidence qu'à certaines conditions, de réflexion, d'attention, d'argumentation, l'éthique demeure bien encore une dimension de l'action : le souci éthique reste l'exigence qu'il a toujours été pour le sociologue, de Weber à Habermas, en passant par Durkheim et Bourdieu. Mais la question éthique est bien sûr, d'abord, une question philosophique, celle qui, précisément, se rapporte à une problématique de l'action. C'est là un héritage que le sociologue - quoi qu'il en soit, par ailleurs, de la dimension empirique de son travail - ne peut ignorer. La première partie du livre est la lecture de ces sources trop souvent placées dans le magasin des accessoires par les « philosophes d'entreprise ». Une seconde partie peut alors affronter les apories liées à la complexité du social, en les redéployant par des outils appropriés. Ce qui est perçu comme système autonome produisant des contraintes objectives (les lois régissant l'économie, par exemple) l'est-il vraiment ? Les décisions qui engagent le développement économique échappent-elles à toute donnée exogène ? Paul Ladrière sait montrer qu'une articulation existe entre puissance d'agir et raison d'agir, que la raison décidée reste une possibilité et qu'elle est alors facteur d'espérance. Le propos est sérieux. Il est aussi solitaire, à tout le moins discordant, dans un monde qui se résigne trop souvent aux violences que, par ailleurs, il dénonce. Il importe de lui donner un écho actif.

Pascale Gruson

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Ethique et gouvernabilité - 24 €


© Etudes Juil.-Août 2001