Michel WINOCK
Les Voix de la liberté
Les écrivains engagés au XIXe siècle. Le Seuil, 2001, 680 pages, 149 F.

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On savait Michel Winock maître dans l'art des portraits. Il campe ici des personnalités tonitruantes (Chateaubriand, Lamartine, Lamennais, George Sand, Flaubert, Marx, Vallès...), mais selon un fil conducteur, le désir de la liberté, l'action concrète et argumentée pour la liberté (de la presse, de la chaire, de la femme, de l'ouvrier...). Tout commence avec les Cent Jours, traverse 1848, l'Empire, la Commune, pour finir avec les funérailles somptueuses, mythiques, de Victor Hugo, la voix qui répercute le siècle et, en France, le domine. Chez lui, comme chez les autres, la spontanéité romantique, si aisément et faussement tournée en ridicule, se révèle fermeté résolue, qui ne défaille pas, dans l'idée d'une humanité « autre », fondée sur l'idée bien trompeuse du progrès, sur un optimisme que justifierait une sorte de raison dans l'histoire. Cela est bien loin d'être méprisable, même si tout cet édifice semble fragile. La liberté, l'égalité et la fraternité ne seront-elles jamais que des rêves ? Ce livre captivant fait en quelque sorte toucher au rêve à partir de questions concrètes évidentes. Il lui manque peut-être de faire entendre ceux qui ont douté de tout cela - les poètes et, plus que tous, Mallarmé -, totalement acquis à la modernité, mais jamais dupes de sa prétendue nouveauté, certains que les acquis socio-politiques sont une chose, mais qu'ils ne sont pas grand-chose s'il n'y a pas d'autre mesure que la quantité, laquelle est essentielle, mais dissimule sa face noire. Mais peu importe ces aveuglements. Bourré de citations expressives, ce livre se lit avec grand plaisir, comme s'il parlait d'une générosité disparue ou devenue surannée, une illusion, la grande illusion.

Guy Petitdemange

Juil.-Août 2001 : Revue des Livres - Choix de Disque - Sommaire du numéro

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